Manche : le rêve brisé d'une étudiante haïtienne

Shylone Bissereth, étudiante haïtienne de 26 ans, aurait dû poursuivre ses études en BTS notariat au lycée Alexis de Tocqueville de Cherbourg. Faute de visa étudiant, qui lui a été refusé par les autorités françaises, elle est aujourd'hui dans l'impossibilité de quitter son pays.

"Les conditions de séjour sont incomplètes ou ne sont pas fiables." Voilà les termes du motif de refus que Shylone Bissereth découvre lorsqu'elle se présente à l'ambassade de France en Haïti, le vendredi 17 septembre, pour récupérer son visa étudiant. En un mot : non, elle ne pourra pas se rendre à Cherbourg pour poursuivre ses études. "Ça n’a pas été facile pour moi, j’étais effondrée, je me préparais tellement à pouvoir étudier en France", confie la jeune femme. 

Selon elle, toutes les conditions étaient pourtant réunies pour que son visa étudiant lui soit délivré par les autorités françaises. "Je ne comprends pas pourquoi on me l'a refusé. J'ai tout fourni : une attestation bancaire, une lettre de projet d'études accompagnée d'une attestation sur l'honneur, une attestation d'admission du lycée...", explique Shylone Bissereth.

De démarches administratives en recherches immobilières

Après avoir essuyé sept refus sur sept vœux formulés via Campus France, un organisme d'Etat chargé de promouvoir l'enseignement supérieur français à l'étranger, l'étudiante reçoit "de justesse" une réponse positive de la plateforme Parcours Sup. "J’ai eu la réponse en juin pour étudier en BTS notariat au lycée Alexis de Tocqueville de Cherbourg. J'ai tout de suite constitué mon dossier pour obtenir un visa étudiant."

Pour la jeune femme, ce n'est que le début des démarches administratives pour préparer son arrivée en France. Une fois la question de la formation supérieure réglée, demeurre la nécessité de trouver un logement étudiant à Cherbourg. L'immobilier est un vrai enjeu dans la région où, ces dernières années, le nombre d'appartements disponibles se réduit comme peau de chagrin. 

Une maire de la Manche à son secours 

C'est justement au cours de sa recherche de logement que l'étudiante haïtienne croise le chemin de Sonia La Dune, maire de Liesville-sur-Douve dans la Manche, très engagée pour le respect des droits civiques. Cette dernière est contactée par Shylone car elle loue un appartement à Saint-Lô. "Comme j'habite en Haïti, je ne me rendais pas compte que c'était aussi loin de Cherbourg", explique l'étudiante.

De cette première prise de contact par messenger naissent des échanges réguliers. Shylone Bissereth détaille sa situation à Sonia La Dune. L'élue décide de lui venir en aide : "J’ai pris contact avec des agences immobilières et des particuliers à Cherbourg. J’ai vite vu que ça n’allait pas aboutir même en me portant garant. Alors j'ai changé mon fusil d'épaule", raconte-t-elle, "j’ai visité des biens et j’ai décidé d'en acheter un pour le louer à Shylone."

Elle a fait des études de droit en Haïti, elle est intelligente, elle est brillante. Mais on la bloque, on lui brise son avenir.

Sonia La Dune, maire de Liesville-sur-Douve (Manche)

L'aide de Sonia La Dune est précieuse. Elle permet à l'étudiante de consolider son dossier de demande de visa en y ajoutant un contrat de location. Mais ces pièces justificatives ne sont pas suffisantes. Le 17 septembre, la requête de Shylone Bissereth est rejetée par les services consulaires français. "Le soir du refus, j’ai contacté l’ambassade", explique Sonia La Dune, "ils m'ont précisé qu'ils ne commentaient pas les décisions de refus de visa." A titre personnel, l'élue ne compte pas s'arrêter là. "J'ai fait appel à la Commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France (CRRV) à Nantes. J’ai aussi  fait appel au député de la Manche Philippe Gosselin et au sénateur Philippe Bas. Si on n'a pas de visa, j'envisage même d'adopter Shylone".

Maintenant on est trop liées, on se parle tous les soirs, je me suis vraiment attachée à elle et j’aimerais qu’elle vienne étudier en France.

Sonia La Dune, maire de Liesville-sur-Douve (Manche)

"Etudier en Haïti, c'est le parcours du combattant"

Venir étudier en France était le rêve de Shylone, mais aussi son "unique perspective" à l'heure où la stabilité sociale, politique et économique d'Haïti vacille. "La conjoncture n’est  pas favorable pour nous, étudiants, car les universités ferment souvent à cause des manifestations", indique la jeune femme. Alors qu'elle a commencé à suivre les cours de son BTS notariat en ligne, elle fait reposer ses derniers espoirs dans le recours qu'a porté Sonia La Dune à la commission nantaise. Le Lycée Alexis de Tocqueville lui a accordé un délais d'inscription jusqu'au 4 octobre.

 

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