Plein feu sur le Cotentin : rencontre avec quelques amoureux des phares

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Écrit par Pauline Comte

Dans la Manche, les phares font partie du paysage. Les techniques optiques ont bien évolué, mais ces imposantes tours de granit n’ont pas bougé et regorgent de souvenirs. Cap sur quatre phares du Cotentin, pour rencontrer ceux qui entretiennent une relation particulière avec ces édifices.

Ils dessinent le littoral du Cotentin. De Carteret à Barfleur, en passant par le cap de la Hague et le Val de Saire, coup de projecteur sur quatre phares. L'occasion de découvrir quelques Manchois qui côtoient ces impressionnants monuments.

Elle a appris à marcher dans les 365 marches du phare de Gatteville. Maryvonne Perrotte a neuf mois lorsque son père est nommé gardien de phare sur la pointe de Barfleur, en 1947. Pendant une dizaine d’années, elle vit au phare avec ses parents, sa sœur et les cinq autres familles de gardiens.

Pour un enfant, c’est « un terrain de jeu incroyable », constate la septuagénaire qui s’amuse encore à slalomer entre les rochers à marée basse, au pied du phare. « On se baignait ici, on allait pêcher des coques là. On ne savait pas quoi manger le soir, on allait dans les rochers ramasser des bigorneaux. On vivait au rythme des marées et des tempêtes », se souvient les yeux pétillants Maryvonne Perrotte.

Elle se remémore ses parties de cache-cache avec les autres enfants de gardiens dans les ateliers ou près de la forge. Car à Gatteville, les gardiens « devaient savoir tout faire », pour assurer l’entretien et le bon fonctionnement du phare, explique-t-elle.

A chaque phare son langage

L’édifice est automatisé depuis 1984. Mais pendant des décennies les gardiens se relaient chaque nuit au sommet des 11 000 blocs de granit pour veiller au bon fonctionnement des feux.

 

Le phare de Gatteville a été électrifié en 1893.

Maryvonne Perrotte, fille de gardien du phare de Gatteville et auteure de "Le phare de Gatteville-Barfleur"

Le phare de Gatteville est équipé d’une double optique. Celle-ci tourne sur une cuve de mercure à un rythme régulier. Car chaque phare a son propre langage. Le rythme des faisceaux lumineux « permet aux bateaux de savoir à quel endroit ils sont », détaille Maryvonne Perrotte, passionnée par le fonctionnement de ces bâtiments et auteure de l’ouvrage Le phare de Gatteville-Barfleur.

En cas de brouillard, il existait aussi des sirènes de brume avec des sonorités propres à chaque phare.

 

Le phare comme allié contre les puissants courants marins

Sur le cap de la Hague, le brouillard et les tempêtes s’invitent régulièrement. Près du phare de Goury, le raz Blanchard sévit. C’est l’un des plus puissants courants marins d’Europe.

La zone a triste réputation, car avant la mise en service du phare en 1837, 27 navires ont chaviré en une année. L’édifice, campé en mer à 800 mètres des côtes d’Auderville, a été construit pour protéger les marins des conditions de navigation hostiles.

Alors dès 1871, une station SNSM trouve sa place. Avant l’apparition des GPS sur les bateaux, le phare est un allié précieux pour les sauveteurs bénévoles de Goury.

Aujourd’hui, il reste malgré tout « un repère pour rentrer à la station », reconnaît le patron du canot de sauvetage Yoann Sanson, avant d’ajouter : « quand on rentre d’intervention et qu’on a le phare en visuel, c’est bon signe ».

Le gardien de phare « constamment en guet »

« Mon père, c’était le phare avant tout ! » L’investissement jour et nuit du gardien, Jean Leparmentier s’en souvient. Son père, Félix Leparmentier, était en poste au phare de Carteret entre 1942 et 1964.

Consciencieux et rigoureux, il astiquait la moindre trace de doigt sur la lanterne, prenait des notes quotidiennement à minuit et gardait toujours un œil ouvert. « La nuit, il n’y avait jamais un volet qui devait être fermé, parce que de son lit il voyait passer les rayons du phare », précise Jean Leparmentier, ému de revenir dans la pièce qui était la chambre de ses parents. « Mon père était constamment en guet », conclut-il.

 

Quand je regarde le prisme la-haut, je vois mon père avec un chiffon à la main. Ma mère l'appelait "Monsieur Miror" !

Jean Leparmentier, fils de gardien du phare de Carteret, se souvient du caractère consciencieux de son père.

Désormais, ce sont les visiteurs et l’équipe de l’office de tourisme qui font vivre le phare de Carteret. Adeline Fressard, chargée de mission au phare assure les visites du bâtiment, ouvert au public depuis 2016.

Des environnements sauvages au pied des phares

Si les phares attirent les visiteurs, l’environnement qui les entoure vaut aussi le détour. Car ces tours de granit sont installées au cœur d’environnements sauvages.

Au phare du cap Lévi, le panorama sur les eaux turquoises et la balade des lapins entre les ajoncs en fleurs ont de quoi étonner.

Dans le val de Saire, ce phare trône dans un espace naturel sensible (ENS). Le conservatoire du littoral a pour rôle de protéger les espèces du site.

William Ardley est garde du littoral. Il est fasciné par l’œillet marin, qui s’épanouit tout près du phare. Cette espèce végétale a su s’adapter aux vents et aux embruns. « Il faut vraiment être tenace pour pousser là où très peu d’autres plantes y arrivent », s’étonne encore William Ardley.

Cet amoureux de la nature connaît la faune et la flore par cœur. Depuis 30 ans, il bichonne ce petit bout de littoral, pour accroître la biodiversité. « Au pied du phare, c’est magique. C’est un coin de paradis ! », se réjouit William Ardley.