Qui veut planter une haie bocagère ? "Elles permettent de lutter contre le dérèglement du climat"

Elles ont jadis été massivement arrachées : les haies nous rappellent aujourd'hui combien elles étaient précieuses pour l'environnement. Comme chaque année désormais, le Parc naturel régional Normandie Maine invite les citoyens, les agriculteurs et les communes à replanter. Le coût est pris en charge à 80 %, mais il faut des candidats. La nature l'exige.

Les dégâts sont là. Les grandes vagues de remembrement n'ont pas seulement modifié le paysage en profondeur. Elles ont aussi affaibli la biodiversité et fragilisé les sols. C'est comme s'il avait fallu qu'elles disparaissent pour que leur utilité nous saute aux yeux...

Le remembrement et le "progrès"

Entre les années 1950 et les années 1990, le bocage a été considérablement aéré. La suppression des haies avait pour objectif d'accompagner la modernisation de l'agriculture. La création de grandes parcelles a facilité la vie des cultivateurs équipés de machines toujours plus grosses et plus performantes. Les prairies en herbe ont ainsi pu être labourées pour privilégier la grande culture.

"Le bocage a diminué de moitié depuis 1945"

La haie est pourtant parée de vertus pour contrer les effets du dérèglement climatique :  "Outre l’accueil de la biodiversité et l’aspect anti-érosion, les haies apportent de l’ombre et du fourrage pour le bétail, de la matière organique dans les sols, coupent le vent, améliorent et préservent nos paysages et notre cadre de vie, peuvent être valorisées en bois de chauffe, en paillage," écrit le Parc naturel régional et Géoparc Normandie-Maine.

"Les haies réduisent l'effet du changement climatique", confirme Daniel Delahaye, géographe géomorphologue à l'Université de Caen. "Ce sont des puits à carbone. Elles améliorent assi le taux de matières organiques présent dans les sols environnants. La haie jouent également un rôle dans la réduction du ruissellement".

Le Parc naturel est situé à cheval sur les régions Normandie et Pays-de-la-Loire. Il s'étend sur 257 000 hectares dans la Manche, l'Orne, la Mayenne et la Sarthe. Depuis quelques années, il tente de réintroduire la haie dans le paysage alors que les derniers arrachages sont encore récents.

"Jusqu'à ce qu'on ait des problèmes de canicule, on n'y voyait pas d'intérêt", admettait un agriculteur rencontré en 2020 sur un chantier de plantation. "Il n'y a que depuis qu'on a des grosses températures à 35 : là, on commence à se rendre compte. Mais avant que ma haie fasse de l'ombre, il va falloir attendre quinze ans."

Cherche candidats à la plantation

Ironie de l'histoire, en leurs temps, les remembrements ont été encouragés et soutenus par de l'argent public. Aujourd'hui, l'Europe, les deux Normandie et Pays-de-la-Loire et le département de la Mayenne subventionnent la plantation des haies. "Ces fonds permettent un financement à 80% des projets de plantations, ne laissant que 20% de reste à charge aux bénéficiaires", précise le Parc naturel.

Pour bénéficier de cette aide, il faut faire acte de candidature avant le 14 juillet. "Seuls critères obligatoires : être sur une commune du Parc Normandie-Maine, avoir un projet compris entre 150 mètres linéaires et 1 km et ne pas être une haie qui fasse suite à un arrachage". 

Les candidatures seront analysées au mois de juillet. C'est ensuite le Parc naturel qui va se charger d'organiser les travaux au cours de l'hiver prochain. "Il est possible de planter des haies simples, doubles, à plat ou sur talus, pour renforcer les rôles antiérosif et d’accueil de la biodiversité", précise le communiqué.

Le mouvement est enclenché. Depuis cinq ans, 93 kilomètres de haies ont été plantées sur le territoire du Parc naurel, "avec des essences locales (38 différentes) et composés de trois strates de végétation (arbustes, arbres intermédiaires et arbres de haut-jet)". Ce n'est pas rien, mais pour mémoire, dans le seul département de l'Orne, entre 1975 et 2016, plus de 800 kilomètres de haies disparaissaient en moyenne chaque année.