Régionales 2021 en Normandie: des sondages circulent et donnent les grandes tendances

Au moins trois sondages circulent entre bonnes mains en Normandie pour les Régionales à venir et font monter la pression. A leur lecture, quelques évidences apparaissent malgré l'extrême prudence de chacun dans un monde si changeant. 
La Normandie, une région dans le vent...
La Normandie, une région dans le vent...
Sans la crise sanitaire et le deuxième confinement, les élections régionales auraient dû se tenir en mars prochain. Rien n'est encore officialisé mais un consensus semble se dessiner autour d'un report du scrutin en Juin 2021.

En toute logique, les partis en lice se préparent, la campagne aurait dû commencer en janvier. Des sondages ont donc été commandés pour tester les électeurs alors que les municipales sont venues chambouler quelques certitudes. 
Les résultats circulent entre bonnes mains. On distribue les bons points et on relève les défis. Nous entrons dans le débat en vous livrant les premiers chiffres qui nous sont parvenus, certains gardant précieusement ces données tant les enjeux sont grands. 

Pour le sondage du PS, Hervé Morin réélu mais devancé par le RN au premier tour

Ainsi le Parti Socialiste a souffert d'indiscrétion ces derniers jours, alors que le Nouvel Obs publiait les données de son sondage OpinionWay, réalisé en octobre 2020. Au siège du PS, le sondage ne nous sera pas donné. La primeur est réservée aux militants.
Selon l'hebdomadaire de gauche, ce sondage donne donc au premier tour, le Rassemblement National en tête avec 25% des intentions de vote, devant Hervé Morin à 22 %. LREM obtiendrait 15 %, une liste PS-PCF 12 %, juste devant EELV à 11 %.

Au second tour, de ce sondage OpinionWay,  Hervé Morin serait réelu avec 29 %, devant le RN à 27 %, une liste d’union de la gauche à 26 % et  LREM loin derrière, obtiendrait 18%.
 

On n'est pas si loin de 2015. Les lignes n'ont pas bougé fondamentalement et je dirais qu'Hervé Morin n'a pas creusé l'écart, après 5 ans mandat

Nicolas Rouly, patron du PS de Seine-Maritime

Rappelons qu'en 2015, la gauche avait perdu la Région à 5000 voix près. Et effectivement, Hervé Morin et Nicolas Bay étaient au coude à coude, au premier tour avec 27,91% des voix pour le premier et 27,71% pour le second.
 

Pour le sondage des Centristes, Hervé Morin largement en tête au premier tour
 

Le sondage OpinionWay du Parti Socialiste est un sondage sur les partis politiques. Il n’est pas cohérent car il ne s’intéresse pas aux candidats. Moi, je porte un projet régional, c’est une élection locale

Hervé Morin, président de la Région Normandie

 
Archives/ Hervé Morin vote à Epaignes (27) en 2015. Le président de la Région Normandie, chef de file des Centristes a de nouveaux à ses côtés LR et le Modem. Il a rassemblé la droite à l'exception de l'UDI , qui veut sa propre liste conduite par la sénatrice de l'Orne, Nathalie Goulet
Archives/ Hervé Morin vote à Epaignes (27) en 2015. Le président de la Région Normandie, chef de file des Centristes a de nouveaux à ses côtés LR et le Modem. Il a rassemblé la droite à l'exception de l'UDI , qui veut sa propre liste conduite par la sénatrice de l'Orne, Nathalie Goulet © Maslard/ Maxppp

Selon le sondage IFOP, commandé par son parti Les Centristes, qu'il dirige, Hervé Morin profiterait d'une avance confortable dès le premier tour des élections régionales de 2021 avec 31% des voix, dix points devant Nicolas Bay qui serait alors à 21%. En troisième position, arrive EELV avec 13%, au coude à coude avec LREM à 12%. Le PS et PC, en listes séparées enregistreraient 8 et 7 % des voix, soit un total de 15% à eux deux. 

Ce sondage IFOP a été réalisé au mois d'Août 2020, sur un échantillon de 1001 personnes, d'âges différents. 


Les indications à retenir en 5 points


1- Le scrutin risque d'être aussi serré qu'en 2015 : Cette photographie de l'éléctorat normand montre une certaine stabilité et l'arrivée de LREM dans la bataille électorale ne semble pas bouleverser la donne.
Il y a, c'est vrai, une certaine confusion à ce sujet puisqu'on ne sait pas qui conduira la liste du parti présidentiel alors qu'Emmanuel Macron veut absolument que son parti décroche une ou plusieurs Régions.

Cette semaine encore des discussions étaient menées en haut lieu à Paris sur la Normandie. Jean Castex et Bruno Lemaire sont dans la boucle. 
La députée européenne Stéphanie Yon-Courtin (élue du Calvados) pourrait prendre la tête de liste mais aussi Stéphane Travert, député de la Manche et ancien ministre de l'agriculture d'Emmanuel Macron. Homme de consensus qui a déjà siégé à la Région pour le Parti Socialiste, le costume lui va bien. Il pourrait tout autant choisir de se concentrer sur son département, la Manche, qui devra en même temps se choisir un nouveau Président.  "Mon nom a circulé, comme ceux de Lecornu, Philippe, Lemaire. On discute. Je n’ai pas dit non. Je n’ai pas dit oui non plus. Ma réflexion du moment, c’est qu’est-ce qu’on dit, qu’est-ce qu’on porte, qu’est-ce qu’une région « en Marche » propose ?", observe t-il. 

Les sondages qui ne prédisent pas une victoire de son parti le laissent de marbre. 

Cela donne au mieux un étiage. On mesure ce que pèse le président de Région. Donc le résultat obtenu par une liste LREM n’a pas de sens, d’autant que ce ne sera pas pas une liste LREM mais un rassemblement plus large.

Stéphane Travert Député LREM de la Manche, ancien ministre de l'agriculture

LREM aurait réalisé son propre sondage, de son côté, mais le maintient secret, sans nous confirmer la rumeur.  



2- EELV dans la confiance. L'écologie est une préoccupation pour les électeurs qui l'on déjà montré lors des dernières municipales. Alors que de grandes villes de France ( Lyon, Bordeaux, Poitiers, Tours) ont basculé dans le vert, les Régions peuvent-elles faire de même ?

Déjà bien rangé en ordre de bataille, EELV mène actuellement des discussions avec toute la famille écologiste (Cap 21, Génération Ecologie, etc) pour rassembler et n'envisage pas de partir dans une union de la gauche avec le Parti Socialiste ou les Communistes. 
Une rupture avec l'image de l'éternel second. Alors que les verts ont déjà été second couteau de l'exécutif régional avec le PS, le rapport de force pourrait s'inverser. 

La tête de liste est déjà choisie. Il s'agit de Laetitia Sanchez, conseillère régionale, élue de l'Eure, maire de Saint-Pierre-de Vauvray (27).  La crise sanitaire a dopé l'intérêt pour les modes de transport (vélo, train), l'urgence sociale, la lutte pour le climat, etc. Autant de domaines où Laetitia Sanchez se sent légitime.
 

Il ne va pas falloir décevoir dans nos propositions. Hervé Morin ne fait pas d'écologie alors que la Région a beaucoup de compétence dans le domaine. Le fret et le ferroviaire restent à la traîne. Le climat et l'aménagement du territoire peuvent être mieux conjugués. C'est une élection importante pour nous.

Laetitia Sanchez, tête de liste pour EELV - Régionales 2021

3-Le Rassemblement National sera (à nouveau) une autre carte importante de ce scrutin. En tête au premier tour, il ferait donc mieux qu'en 2015 ou tout du moins autant. Car il s'en est fallu de très très peu pour que la Région soit déjà dans cette configuration lors de la fusion en 2015.

Comment expliquer la différence de voix pour le RN entre le sondage réalisé par le Ps et celui des Centristes. La date de réalisation est certainement une clef de réponse. Le premier date des dernières semaines avec un climat de repli sur soi en France lié à la situation sanitaire et les attentats. Ifop a interrogé son panel plus tôt, à la sortie des vacances d'été.

Quoiqu'il en soit Nicolas Bay qui a déja croisé le fer avec Hervé Morin en 2015 ne cache pas sa joie et sa volonté de repartir en tête de liste malgré ses préoccupations nationales.
La Normandie, c'est chez lui, il vit désormais dans le Calvados même si sa carrière politique a commencé en Seine-Maritime.
 

Le sondage OpinionWay montre que les jeux sont assez ouverts et qu’il n’y a pas de grands favoris pour ces régionales même si on est encore assez loin du scrutin, on ira pour gagner cette région

Nicolas Bay, candidat à la tête de liste du Rassemblement National



Cependant peut-il porter un projet d'union dans une Normandie réunifiée alors qu'il reste "l'homme de la Haute" (ndlr -Normandie), sujet clivant entre les deux parties de la Région. Lui reste confiant et les sondages lui donnent raison. Ce n'est qu'une question de jours pour que les militants lui redonnent toute leur confiance.


4-Le Parti Socialiste s'effondre. Si, on regarde de près les résultats de 2015, c'est une chute libre. Il sont à 8% dans le sondage des centristes et à 12% dans celui commandé par leurs instances. Il faut se souvenir qu'on parle du parti qui a été de nombreuses années à la tête des deux régions normandes, avant la fusion et qui enregistrait 23,5% des voix en 2015 lors du premier tour, soit le double. PS et PC réunis étaient même à plus de 30%.

Les communistes restent donc, de leur côté, stables à 7% en 2015 comme dans les intentions de 2021.

C'est pourquoi, le PS est obligé de tendre la main et d'appeler à l'union de la gauche. Une difficile tâche qui reviendra à qui ? Aucun nom n'est avancé. Bernard Cazeneuve, l'ancien premier ministre de François Hollande, resté populaire, n'a même pas été sondé comme candidat potentiel, preuve qu'il ne devrait pas y aller.

Le premier fédéral de l'Eure, Timour Veyri, inconnu du grand public serait candidat quitte à souffrir de notoriété.

Laurent Beauvais pourrait aussi repartir. L'ancien président de la Région Basse-Normandie, homme de consensus et fidèle soldat était le binôme de Nicolas Mayer-Rossignol en 2015. Cet argument sera t-il suffisant pour convaincre les militants socialistes qui choisiront dans les prochaines semaines leurs têtes de liste régionale? La fédération la plus puissante étant celle de la Seine-Maritime, rien n'est acquis pour l'homme d'Argentan (61), resté très discret depuis leur défaite en 2015.
 

Je suis prêt avec des propositions à faire. Mais c'est aux militants de choisir. Il y a besoin d'un candidat. Il y a besoin d'un projet. Je me sens apte.

Laurent Beauvais, ancien Président de l'ex Région Basse-Normandie


5- Hervé Morin pourrait bénéficier de la prime au sortant ? Président omniprésent depuis 5 ans, quitte à irriter. On le sait, sa personnalité enthousiaste et sympathique a pu être clivante, parfois. On lui connaît des inimitiés partout et "l'Orne trou du cul de la Région", couac médiatique de sa dernière campagne, est parfois ressorti à la cantonade chez ses ennemis politiques.
C'est d'ailleurs la Sénatrice de l'Orne Nathalie Goulet qui représentera l'UDI ( la branche centriste, anti-Morin de longue date) lors du premier tour. Selon le sondage IFOP, elle pourrait espérer 2% mais pas de quoi négocier grand chose.
 

Je dis que ça prouve que j'existe. Mais c'est le début de la campagne avec la prime au sortant qui a tous les moyens de la Région au service de sa campagne

Nathalie Goulet, sénatrice et candidate UDI aux Régionales 2021

Pourra t-elle maintenir sa candidature alors qu'il faut réunir 102 colistiers. Les recrutements d'équipes sont en cours mais la situation sanitaire ralentit la campagne. Le pari est difficile notamment en Seine-Maritime où Nathalie Goulet est toujours à la recherche d'une tête de liste, femme, comme dans chacun des 5 départements normands. 
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