Dieppe célèbre le centenaire de la mort du compositeur Camille Saint-Saëns

Saviez-vous que Camille Saint-Saëns possédait des liens très forts avec Dieppe ? Le compositeur a même légué tous ses biens à la ville. Fétichiste, il conservait absolument tout. Le château-musée et la médiathèque vous dévoilent quelques trésors hétéroclites, à l'occasion du centenaire de sa mort.

 Camille Saint-Saëns est l'incarnation du grand musicien de l'époque romantique.

Il a composé 600 oeuvres, parmi lesquelles le très célèbre " carnaval des animaux", devenu générique officiel du festival de Cannes. Une oeuvre majeure créee en 1886, que le maître trouvait indigne de représentation. Il interdira qu'on le joue de son vivant. Cette géniale pirouette zoologique reste pourtant son oeuvre la plus connue. 

Né le 9 octobre 1835 à Paris, orphelin de père à l'âge de trois mois, le jeune Camille est élevé par sa mère et sa grand-tante, Charlotte Masson, qui l'initie au piano dès l'âge de deux ans. " Bonne-maman" lui décèle une oreille absolue. Génie précoce, il donnera son premier concert salle Pleyel à Paris à l'âge de 10 ans, jouant par coeur, et sans partitions des oeuvres de Bach, de Beethoven et de Hayden. Le public l'acclame, sa carrière est lancée. Après ce concert, sa mère lui offre un piano à queue, que le musée de Dieppe conserve précieusement depuis plus d'un siècle. 

 

La famille paternelle de Camille Saint-Saëns est dieppoise

Camille Saint-Saëns n'a pas connu son père, mais il reste très attaché à sa famille paternelle, d'origine dieppoise. Son grand-père était maire de Rouxmesnil-Bouteilles, une commune adjacente, et le jeune musicien conserve des liens avec son oncle et son cousin, Léon Letellier, bibliothécaire de la ville. 

Dieppe devient au fil de sa vie son port d'attache et son refuge. 

Quand il largue les amarres, il décide donc de léguer tous ses biens à la ville.  Dieppe possède un fonds exceptionnel de mobilier, de lettres, de partitions, d'objets glanés à travers le monde.

3000 objets et 13 000 lettres légués à la ville de Dieppe

En 1888, à la mort de sa mère bien aimée, sa vie prend un nouveau tournant. Sans héritier, puisque ses deux fils sont morts en bas-âge, il décide de devenir nomade, et de se débarrasser de tous ses biens matériels pour constituer son petit musée personnel. Il décide de léguer tous ses biens à la ville de Dieppe, de son vivant et par testament. La commune a hérité du compositeur de plus de 3000 objets et 13000 lettres issues de sa correspondance.

Une partie de ses biens est exposée au musée de Dieppe jusqu'au 2 janvier 2022 dans le cadre de l'exposition  "Camille Saint-Saëns, Paris, Dieppe, Alger". Une exposition qui dévoile la vie et l'oeuvre du compositeur, sous un nouveau jour.

L'exposition du musée de Dieppe dévoile "un jeune musicien très novateur"

" L'exposition a voulu casser le mythe du vieux grincheux" explique Pierre Ickowicz, conservateur du musée de Dieppe. " Le mythe du vieux monsieur qui ne supportait pas les allemands, ni la musique des modernes, bref, toute  cette iconographie qui a hélas perduré jusqu'aux années 1970. Aujourd'hui, dans cette remarquable collection du musée de Dieppe , qui est richissime, nous avons des portraits de famille, des meubles, divers objets, des partitions... On a voulu montrer l'univers de Camille Saint-Saëns qui a été un jeune homme très novateur ! Il a composé des oeuvres remarquables, intégrant dès l'âge de 18 ans un quatuor de saxophones dans certains opus ou faisant appel à des modes de représentation de sa propre image qui étaient des nouveautés au XIX e siècle, comme la photo sculpture,  un élément très rare et peu connu, ou la photographie accolée à ses cartes de visite de l'époque."

 

Camille Saint-Saëns connaît un succès phénoménal de son vivant. Il est célébré dans le monde entier. Conscient de sa notoriété et de sa future postérité, il ne se contente pas de donner ses meubles, ses habits d'académicien,  ou ses objets de famille. Le musicien prolifique est aussi un infatigable voyageur. De 1857 à 1921, il voyagera dans 27 pays, où il effectuera environ 179 séjours.  Il donne des concerts sur les 5 continents, des conférences, est reçu comme un prince à Athènes, New-York ou Alger. Sans domicile fixe et sans attache filiale , il garde tout pour ce qu'il nomme " son petit musée personnel. "

" Il donnait toutes sortes d'objets plus ou moins hétéroclites au musée de Dieppe", s'amuse Pierre Ickowicz : "ses souvenirs de voyage, les nombreuses médailles et distinctions qu'il recevait dans les pays où il était invité presque comme un ambassadeur, il rapportait des antiquités d'Espagne, d'Algérie ou d'Egypte. Le musée possède même des peaux de bête qu'il a ramené de Ceylan ( l'actuel Sri Lanka) ou des écailles de pangolin. Il  s'intéressait à l'archéologie, achetait régulièrement trois tessons au bord d'une route d'un chantier, qu'il ramenait dans sa valise et il envoyait tout ça par la poste au conservateur du musée de Dieppe, qui  voyait arriver des tombereaux de lettres, de cadeaux et d'ojets plus ou moins encombrants, comme le portrait gigantesque de son amie cantatrice exposé au musée. Tout cela constitue le noyau de son musée".

 

"Les voyages de Camille Saint-Saëns" à la médiathèque de Dieppe

 

La médiathèque de Dieppe a souhaité axer son exposition sur ces souvenirs de voyage.  On y découvre des photos de l'illustre musicien prenant le thé à la villa Georges à Alger. Alger où il rendra son dernier souffle le 16 décembre 1921

"Il vivait d'hôtels en hôtels, voyageant par bateau, en train, en mongolfière ou en charette. Il allait particulièrement dans les pays chauds", raconte Olivier Nidelet, responsable du fonds ancien à la médiathèque Jean Renoir de Dieppe.  Sa santé étant fragile, il aimait passer du temps à Alger, aux Canaries ou en Egypte."

L'exposition dévoile les nombreux cadeaux reçus lors de ses séjours : écharpes honorifiques, service à café en terre cuite, une canne en bois sculpté, des bijoux, et des photographies. 

Olivier Nidelet s'amuse lui aussi du caractère quasi fétichiste de Camille Saint-Saëns 

"Il gardait même les poils de sa barbe, exposés au musée de Dieppe ou ses dents de lait !"

Les pays qu'il visite le couvrent de distinctions diverses. Le compositeur est reçu en grandes pompes, partout où il séjourne. Du 26 mai au 3 juin 1913, il est honoré à Londres pour les 75 ans de sa carrière, où on lui offre ce magnifique livre relié.

 

Au delà de ces deux expositions, la ville de Dieppe , qui a déclaré "2021, année Saint-Saëns", organise de nombreux événements jusqu'à la fin 2021, des conférences, et plusieurs concerts. L'un d'entre eux aura lieu le 16 décembre, jour anniversaire de la mort du compositeur, au conservatoire de Dieppe qui porte son nom. 

Vous pouvez retrouver tous les détails de cette programmation sur ce site dédié : www.saintsaensdieppe21.fr

Et notre reportage sur Youtube 

 

 

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