Compacteurs solaires, appli... des initiatives pour venir à bout du fléau des déchets à Rouen

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Écrit par Stéphanie Letournel
De nouveaux containers ont été installés mais les déchets continuent de déborder dans l'agglomération rouennaise.
De nouveaux containers ont été installés mais les déchets continuent de déborder dans l'agglomération rouennaise. © Stéphanie Letournel

Depuis quelques semaines, la métropole Rouen Normandie multiplie les actions pour lutter contre les dépôts sauvages et l'abondance des déchets pour favoriser leur traitement.

Les plaintes des usagers pleuvent sur les réseaux sociaux. Les sacs-poubelle s’amoncellent au pied des colonnes d’apport volontaire, les dépôts sauvages s’accumulent… « C’est une situation qui nous dépasse » reconnait Marie Atinault, vice-présidente en charge des transitions et innovations écologiques et des déchets à la métropole de Rouen. Depuis quelques semaines, entre la mise en service de l’application Montri et les poubelles solaires, la Métropole montre sa volonté de lutter contre cette forme de pollution.

Il y a une explosion des dépôts sauvages. On a du mal à comprendre.

Marie Atinault, vice-présidente en charge des transitions et innovations écologiques et des déchets à la Métropole de Rouen

« Il y a une explosion des dépôts sauvages. Est-ce que les particuliers bricolent plus et vident leur grenier depuis le début de la crise sanitaire ? », interroge Marie Atinault. « Certaines entreprises vident leurs déchets en pleine nature alors qu’ils facturent un dépôt en déchèterie. On a du mal à comprendre », se désole-t-elle.

Les riverains s’interrogent aussi, lorsqu’ils découvrent des déchets à même le sol alors que les colonnes sont à peine remplies. « Les gens ne veulent pas se salir les mains, mais ils ne se rendent pas comptent que laisser les déchets par terre ça attire les rats et les mouettes », se désole Philip Fouh, un habitant du quartier du Vieux-Marché.

De son côté, l'association Zéro Déchet Rouen insiste sur la réduction des déchets, mieux que le tri. Elle plaide pour la réutilisation et la réparation mais également le compostage. « La métropole s'engage à fournir des composteurs collectifs par groupe de dix foyers volontaires », rappelle Pascal Pelletier, bénévole de Zero Déchet Rouen. Selon l'association, il y a encore un problème d'éducation et se tarde de reprendre pleinenemnt ses missions de sensibilisation.

Remise en question de la Métropole

La Métropole estime avoir un réseau de traitement des déchets bien développé. Malgré cela, les dépôts sauvages souillent les chemins de Halage ou encore les entrées de forêts. « Dernièrement des usagers nous ont signalé un dépôt d’une cinquantaine de pneus en bord de Seine. On a dû faire appel à VNF (Voies Navigables de France) et la mairie de Saint-Etienne du Rouvray pour nous aider à tout évacuer avant la crue du fleuve. On est en 2021, ça ne devrait plus exister. »

Un travail de surveillance doit être développé ainsi qu’un travail de rappel des consignes selon la Métropole. Marie Atinault s’interroge sur l’installation de caméras, de tournées de contrôle ou encore d’un partenariat avec l’ONF. « On essaye de changer la communication, tout le monde doit faire un peu sa part. Avant on cachait les déchets, aujourd’hui on doit pouvoir les regarder en face. » Si le réseau sous-terrain des communes ne permet pas toujours d’enterrer les poubelles, de nouvelles colonnes plus esthétiques - en bois et en métal - seront bientôt être installées.

Des poubelles plus modernes

Mi-avril, sept compacteurs solaires ont été installés à l’essai place Henri IV, place de la Pucelle, square Joffre ou encore place de la Cathédrale. Grâce à l’énergie solaire, le système intégré écrase les détritus pour permettre d’en contenir jusqu’à cinq fois plus qu’une poubelle classique de même taille. « Ça fonctionne », affirme Marie Atinault.

De nouvelles colonnes d’apport volontaire aux allures vintage, choisies par les habitants eux-mêmes, ont été installées. Certaines possèdent des fentes plus larges pour permettre aux cartons de s’y loger plus aisément. Le choix de ne pas proposer d’ouvertures trop grandes s’explique pour empêcher d’y insérer des déchets trop gros qui ne passeraient pas la chaîne de tri selon la société COVED qui gère le recyclage des déchets pour le centre-ville de Rouen. Suite à la popularisation du click and collect, la surabondance des déchets cartons a conduit la métropole à proposer de nouveaux services qui seront déployés dans les prochaines semaines.

L’application collaborative Montri pour aider à la collecte et au tri des déchets

Début mars, l’application Montri, développée par Uzer, a été lancée en expérimentation dans cinq villes de l’agglomération rouennaise, une par pôle de proximité : Rouen, Sotteville-lès-Rouen, Elbeuf, Canteleu et le Mesnil-Esnard. L’application a été téléchargée 2000 fois en un peu plus de deux mois.

L’application a pour vocation de solliciter l’expertise des habitants.

Marie Atinault, vice-présidente en charge des transitions et innovations écologiques et des déchets à la métropole de Rouen

Montri permet de cartographier les points d’apport volontaire, connaître les jours de collecte des déchets mais surtout, de communiquer directement avec les services de traitement des déchets. Prendre rendez-vous pour la collecte d’encombrants, signaler tout dépôt sauvage, borne cassée ou encore avertir qu’une poubelle déborde. « L’application a pour vocation de solliciter l’expertise des habitants », selon la vice-présidente en charge des transitions et innovations écologiques et des déchets à la métropole de Rouen.

Déjà plus de 200 signalements de dépôts sauvages

En deux mois, 230 signalements ont été fait à Rouen, dont 180 dépôts sauvages « En cas de signalement de dépôt sauvage, on peut intervenir dans la minute si une équipe n’est pas loin ou dans les 24 heures au maximum », informe Loïc Gaudray, directeur d’agence COVED. « Si un bac à roulette est cassé ou fendu, on essaye de le changer dans la semaine », ajoute Marie Atinault pour la Métropole.

Du côté des utilisateurs, les premières critiques sont positives. « J’ai signalé des déchets en bord de Seine et j’ai eu deux retours par téléphone et par mail. Deux signalements ont été notés comme résolus. Je n’ai pas pu vérifier mais j’ai apprécié avoir un retour », déclare Nicolas Alleaume, qui a connu l’application via les réseaux sociaux. Selon lui, l’outil pourrait gagner en efficacité, notamment au niveau de la géolocalisation « pas assez précise quand on sort des villes ».

Des codes-barres utiles aussi pour le tri

L’application permet aussi de scanner les codes barre des différents produits d’entretien, alimentaires et cosmétiques pour identifier la typologie des déchets. Il y a déjà un million de références mais certaines peuvent manquer. « 30% des codes-barres sont renouvelés chaque année. C’est un travail de recensement et de mise à jour constant », informe Clément Castelli, président de Uzer et co-fondateur de l’application Montri. Les utilisateurs peuvent scanner les nouveaux articles et participer ainsi à la création de nouvelles fiches produits qui seront validées sous une quinzaine de jours par les équipes de Montri. À ce jour, l’application connaît quelques bugs pour une utilisation sur Android, mais pas sur Iphone, selon le président de Uzer.

Un bilan doit être réalisé avant l’été afin d’améliorer l’outil et élargir son déploiement à l’ensemble des 71 communes de la métropole Rouen Normandie dans la foulée.

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