Coronavirus : en pleine chasse aux masques, la Normandie se mobilise

Pharmacie des quais de Seine Rouen / © Jérôme Bègue / France Télévisions
Pharmacie des quais de Seine Rouen / © Jérôme Bègue / France Télévisions

Réclamés par tous les professionnels de santé, les masques de protection commencent à être livrés dans la région au sein des pharmacies et auprès des praticiens libéraux. Mais au vu des besoins, la mobilisation est de mise pour renflouer les stocks. 

Par Catherine Lecompte

Ils sont arrivés ! A Rouen, dans un communiqué, le CHU Charles Nicolle a confirmé la bonne nouvelle. L'établissement a bien été livré, vendredi 20 mars, d'une première vague de 179.000 masques (chirurgicaux et FFP2) issus du stock d’Etat, afin de couvrir ses besoins en propre et ceux des établissements de son territoire.

Des premières livraisons de masques aux professionnels de santé

Le CHU Charles Nicolle, est désormais chargé par le Ministère de la santé, via l’Agence Régionale de Santé, d’organiser la distribution de masques sur son territoire de santé, auprès des établissements de santé publics et privés, des EHPAD, des structures d’accueil pour personnes handicapées, et des entreprises de transport sanitaire.
 
"La répartition des stocks de masques entre les structures de santé d’un même territoire relève de décisions nationales. Le CHU joue donc un rôle logistique sur son territoire, comme tous les établissements publics supports de groupement hospitalier de territoire en France, sans intervenir lui-même sur la répartition des volumes de masques entre structures."

En clair, ce n'est pas lui qui choisit à qui seront distribués  les masques, mais bien l'ARS.
 
La dotation livrée vendredi dernier correspond ainsi aux besoins estimatifs nécessaires à la protection des personnels et des patients du CHU pour une semaine, sachant que le CHU disposait déjà d’un stock d’avance de deux semaines.
Une livraison de masques issus du stock Etat est désormais annoncée pour chaque semaine, sous ce nouveau format de distribution.
 
Le CHU applique donc les recommandations nationales pour les services dits de « première ligne » (qui accueillent des patients positifs au COVID-19, ou possiblement infectés), et assure la protection de l’ensemble des personnels en contact avec des patients.
 

Un dispositif appliqué aux différents CHU de la région. 

Au total, d'après l'ARS, ce sont ainsi 1 141 800 masques chirurgicaux et FFP2 qui ont été délivrés aux établissements support de GHT pour toute la région Normandie.
 

20 000 masques retrouvés dans les lycées normands 

Mais l'Etat n'est pas le seul à se mobiliser. Face à l'ampleur de la demande, d'autres acteurs, politiques et économiques, ont décidé d'apporter leur aide. 

La Région Normandie, en lien avec les départements, a par exemple, recensé ce week-end ses stocks disponibles, notamment dans ses lycées.
Résultat : Quelques 20 000 masques et protections individuelles (gants, blouses)ont été retrouvés dont plus de 9 000 FFP2, notamment dans les réserves des lycées professionnels.
Il seront mis à disposition des hôpitaux et des médecins libéraux de la région, de l’ARS et du SDIS.
Le matériel sera acheminé par des personnels de la Région.

La Région Normandie, et ses départements, commandent 2 millions de masques pour début avril

Mais face à l'ampleur de la demande, d'autres décisions ont été prises en urgence par les élus normands. 

La Région Normandie et les départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne vont ainsi s’associer avec la Région Ile-de-France afin de lancer une commande massive de masques chirurgicaux.

Cette commande bénéficiera en priorité aux soignants de Normandie, pour les hospitaliers comme pour les libéraux, et aux personnels des EHPAD et des services d’aides à domicile. Sauf imprévu, les masques arriveront par avion cargo et seront livrés dans les premiers jours d’avril dans les établissements en Normandie.

Dans une déclaration commune, Hervé Morin, Président de la Région Normandie, Jean-Léonce Dupont, Président du Département du Calvados, Marc Lefèvre, Président du Département de la Manche et Christophe de Balorre, Président du Département de l’Orne assurent avoir « la forte volonté d’être aux côtés des services de santé et des personnels soignants qui se dévouent et de tous ceux qui contribuent aux activités essentielles de la nation dans cette crise sanitaire. Nous nous appuyons sur la possibilité ouverte aux collectivités territoriales de passer ce type de commandes grâce au décret paru le samedi 21 mars en ce sens. »

Cette démarche se fait en lien avec l’Agence Régionale de Santé de Normandie et s’inscrit en complément de l’action de l’Etat.

Les collectivités ont donc passé commande de 2 millions de masques chirurgicaux auprès d’un fournisseur présent depuis 12 ans dans le domaine de la distribution de matériel médical en France et en Europe. L’entreprise avait distribué lors de la crise H1N1 près de 28 millions de masques FFP2.

 

Les entreprises normandes à la rescousse 

De son côté, le secteur privé et ses entreprises normandes veut aussi s'associer à cet effort collectif.

Au Havre, des appels aux dons de l'hôpital ont même été entendus par des artisans comme un restaurateur et une productrice de fromage. 
 


Dans l’univers maritime, selon nos confrères de Mer et Marine, le Port du Havre a lui déjà donné 80 000 masques et l’armateur CMA-CGM 100 000 masques FFP2 à l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France.

La Fédération de l’industrie nautique a également battu le rappel pour inciter ses adhérents à ressortir les stocks de sécurité constitués en 2009 contre le virus de la grippe H1N1 et 
les Constructions Mécaniques de Normandie vont donner leur stock de masques FFP2 à l’hôpital Pasteur de Cherbourg.

D'autres entreprises nationales présentes sur le territoire normand, comme Total sur le bassin havrais, ont préféré offrir un plein de carburant au personnel soignant.   

Les associations humanitaires réclament leur part 

Pourtant, au delà des professionnels de santé, d'autres acteurs essentiels de l'aide aux personnes sont aussi inquiets.

A Rouen, la Banque Alimentaire, dont l'entrepôt principal est installé au Houlme, ne cesse de réclamer des masques pour ses 8 salariés permanents et des 13 bénévoles.

Ces derniers, souvent agés eux même et pour la plupart retraités, craignent pour leur propre santé et refusent de prendre trop de risques pendant les distributions de denrées aux associations.
La collecte nationale des 3, 4 et 5 avril a d'ailleurs déjà été annulée. 

A terme, selon son président Yves Ligot, "nous risquons de cesser toutes activité. Il nous faut d'urgence 43 masques minimum par jour s'ils ont une durée de 8H ou 90 quotidiens si leur durée de vie n'excède pas 4 heures. Nous n'avons toujours rien reçu et cela devient chaque jour plus problématique !"

 


Cette problématique de protection est aussi au coeur des préoccupations des axillaires de vie qui interviennent à domicile, souvent auprès de personnes âgées ou malades.
En milieu rural, les besoins sont quotidiens et la protection du personnel est une priorité. 
 


Néanmoins, pour le personnel de l'ADMR (l'aide à domicile en milieu rural), il aura fallu attendre ce début de semaine pour que que la livraison d’une commande effectuée par l’association arrive enfin. Elle pu être ce mardi 24 mars enfin redistribuée aux salariés exerçant dans le secteur de Buchy.



 

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