Qualité de l’eau : quand les moules et les crevettes aident les scientifiques

Pour évaluer la qualité de l'eau, des équipes scientifiques disposent des cages contenant des organismes aquatiques dans la Seine. Moules, crevettes, et poissons sont immergés plusieurs semaines avant un passage en laboratoire. Des casiers sont posés en ce moment, un an après une première salve.

Pour savoir si un meuble est sale, vous passer votre doigt propre dessus. S’il y a de la poussière sur le doigt, le meuble est sale. Et bien là, c’est pareil. Pour connaître la qualité de l’eau dans la Seine, des organismes sains, c’est-à-dire provenant d’élevage ou de secteurs peu impactés, sont encagées 1 à 3 semaines dans le fleuve. Puis les casiers sont relevés, direction le laboratoire.

Les scientifiques réalisent alors des mesures, appelés « bio marqueurs » : ils regardent l’état de santé global de l’organisme. Plus l’état de santé est bon, plus l’eau de la Seine est de bonne qualité.

Pour mener à bien cette expérimentation, les 6 équipes de scientifiques travaillant sur le projet BIOSURVEILLANCE suivent 7 espèces différentes qui vivent en eau douce, saumâtre ou marine : des petits poissons comme les flets et les épinoches, mais aussi des crevettes et des moules. Des petits organismes, mais qui couvrent une grande région : il existe pas moins de 25 points de suivi sur l’axe Seine et le littoral normand.

Cédric Fisson, chargé de mission au Groupement d’intérêt public (GIP) Seine-aval, nous explique tout. "On regarde deux effets toxiques potentiels liés à la qualité de l'eau. D’une part, la génotoxicité, c’est-à-dire les effets toxiques sur l’ADN. D’autre part, l’immunotoxicité, c’est-à-dire l’impact sur le système immunitaire des organismes et la capacité à lutter contre les polluants". On peut imaginer qu’entre la présence des agglomérations parisiennes et rouennaises, et les activités agricoles et industrielles le long du fleuve et un héritage important en terme de pollution historique, la Seine soit un réceptacle d'un cocktail substances pouvant impacter le fonctionnement du milieu.

On voit une nette diminution des polluants chimiques. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tout va bien !

Cédric Fisson, chargé de mission au GIP Seine-Aval

Mais selon Cédric Fisson, "il y a une très large amélioration de la qualité de l’eau depuis 30 ou 40 ans. Une amélioration liée à la construction de stations d’épuration, à l'amélioration des process industriels et à l’interdiction de certaines substances. On a ainsi limité les rejets dans le fleuve, on voit une nette diminution des polluants chimiques présents en Seine depuis plusieurs dizaines d'années. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tout va bien".

D’où cette mission de « biosurveillance ». En gros, ce que l’on sait, c’est que la Seine regorge de composés chimiques différents, mais jamais en très grande quantité. "On a un peu de beaucoup de choses, explique Cédric Fisson, et la question à laquelle on veut répondre est la suivante : lorsqu'un organisme est exposé à ce mélange, qu’est-ce que ça donne sur son état de santé ?".

Résultat : une très grande majorité des organismes exposés bien vivants

Alors, quels sont les premiers résultats ? "Le projet n’est pas bouclé, on a encore beaucoup de travail à mener  pour consolider les interprétations. Mais une chose est à savoir : après leur période d'exposition, on a retrouvé la très grande majorité des organismes vivants."

A première vue, aucun gros problème n’a été identifié. La qualité de l’eau semble moyenne, ni bonne ni mauvaise. "Les premières données brutes ne montre pas de dysfonctionnements majeurs".

Les casiers posés cet automne doivent encore être relevés, et une analyse plus fine des résultats sera livrée en 2022.

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