Témoignage. Émeutes en Nouvelle-Calédonie : "C'est le chaos, la guerre civile"

Publié le Écrit par Myriam Libert

Paula, originaire de Normandie, vit avec sa famille à Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Mariée à un Kanak, elle témoigne pour nous des violentes émeutes qui agitent le pays, et divisent la population. Quatre personnes sont décédées depuis le début des troubles, et des centaines de blessés sont à déplorer.

Emmanuel Macron a convoqué en urgence ce mercredi matin un conseil de défense et de sécurité, qui sera consacré à la situation en Nouvelle-Calédonie.

Quatre personnes sont mortes entre mardi 14 et mercredi 15 mai, dont un gendarme, dans les émeutes qui secouent le pays depuis lundi en raison d'un désaccord sur le vote d'une réforme constitutionnelle à l'Assemblée nationale. Indépendantistes et loyalistes s'opposent sur cette réforme, pendant qu'Emmanuel Macron les enjoint de trouver un accord.

"On se sent en insécurité"

Le Haut-Commissaire de la république en Nouvelle-Calédonie, Louis Le Franc, n'hésite pas à parler de situation insurrectionnelle dans le pays. Une situation que Paula, que nous avons jointe au téléphone ce matin, nous décrit dans les mêmes termes.

On est complètement dépités, c'est le chaos total, c'est la guerre civile. Les jeunes ont brûlé les supermarchés, les cabinets médicaux, les gens pillent les magasins. Il y a des barrages partout. Je ne suis pas sortie de chez moi depuis des jours. On se sent en insécurité

Paula, Rouennaise vivant à Nouméa

"J'habite dans un quartier populaire de Nouméa. Une maison a brûlé à 200 mètres de la nôtre. Mais depuis deux jours on n'a pas vu un seul policier dans le quartier, on les appelle mais ils ne viennent pas. Pompiers et policiers sont trop occupés" poursuit Paula.

Deux camps s'affrontent dans la population

"On sent pas mal de racisme ici. Certains de mes voisins blancs se sont organisés en milices, ils circulent en 4X4, armés jusqu'aux dents. D'autres circulent en voiture dans Nouméa et tirent à vue sur les émeutiers. C'est très chaud. Quand on vient de France c'est choquant, j'ai été élevée dans des valeurs humanistes, je suis vraiment choquée par ce que je vois. Physiquement et psychologiquement c'est dur".

Les émeutiers sont souvent de jeunes Kanaks issus des quartiers populaires, qui voient dans cette réforme électorale une nouvelle façon de les affaiblir. "Les Kanaks sont toujours les laissés-pour-compte, ils se révoltent contre cette réforme électorale car ils ont le sentiment d'être minoritaires chez eux. On ressent parfois du mépris, un sentiment de supériorité des blancs, même si un certain nombre d'entre eux partage les idées indépendantistes. Macron et Darmanin ont ruiné les accords de paix en nommant des personnalités loyalistes et en passant leur loi sans concertation. Ils ont clairement pris parti pour les loyalistes de droite", explique Paula.

Rentrer en France ?

"Je partirais bien, mais j'ai un fils qui vit ici avec ses enfants. Il est calfeutré chez lui aussi. Ma mère qui est à Rouen est inquiète, mais on est en contact régulier. Je n'aurais jamais imaginé vivre ça un jour" conclut-elle.

Il est 14 h à Rouen. À 17000 kilomètres d'ici en Nouvelle-Calédonie, Paula et sa famille s'apprêtent à vivre leur troisième nuit d'émeutes.

Qu’avez-vous pensé de ce témoignage ?
Cela pourrait vous intéresser :