Accords de libre échange avec le Mercosur : ce qui inquiète les éleveurs limousins

Elevage bovin en Argentine, on est loin des verts pâturages du Limousin... / © JUAN MABROMATA / AFP
Elevage bovin en Argentine, on est loin des verts pâturages du Limousin... / © JUAN MABROMATA / AFP

La signature d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) inquiète grandement la filière bovine limousine. Concurrence déloyale et conditions d'élevage innacceptables sont pointées du doigt.

Par Cécile Gauthier

Annoncée vendredi 28 juin 2019, la signature d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) est un coup dur pour les éleveurs bovins français et notamment ceux du Limousin

La menance était redoutée depuis plusieurs années :

Ces quatre pays d'Amérique latine sont de gros producteurs de viande bovine. Le marché français risque donc d'être inondé de steacks américains à très bas prix. Le projet d'accord  prévoit que 99 000 tonnes de viande de boeufs sud-américains pourront entrer, chaque année, sur le continent européen...  À des prix que les éleveurs limousins ne peuvent pas concurrencer.

La raison est simple nous explique Jean-Pierre Bonnet, éleveur à Chateau-Chervix (87) et président de Limousin Promotion et du Groupement Limousin Bétail et Viande

Nous, nous avons beaucoup de règles qui s’appliquent sur nos productions : identification obligatoire, des règles de surface minimum par animal lorsqu’ils sont en intérieur, règles de mise au pâturage, des règles de chargement...

En Uruguay, Paraguay, Argentine et au Brésil les règles de bien-être animal sont bien différentes, les animaux sont élevés dans des feedlots (parc d'engraissements) ils ne savent pas ce qu'est un brin d'herbe explique l'éleveur haut-viennois.

Les animaux sont hormonés, ont une alimentation avec beaucoup d’OGM… Alors que nous, nous ne pouvons pas utiliser d’aliment OGM, c'est sur le cahier des charges Label Rouge Blason Prestige et Qualité Limousine. Nous sommes obligés de produire 80% de l’alimentation des animaux sur l’exploitation. Et également pas d’utilisation d’antibiotiques durant les 4 mois qui précédent l’abattage.

On comprend bien pourquoi les éleveurs limousins ne pourront pas concurrencer, en termes de prix, la viande venue du Mercosur. 

Alors selon Jean-Pierre Bonnet,

Le gouvernement français doit exiger des éleveurs d'amérique du sud les mêmes conditions d'élevage et d'abattage que pour les éleveurs du Limousin.

Sinon il ne restera plus qu'à inciter les consommateurs à se tourner vers la qualité, à bien lire les étiquettes. À manger moins de viande mais une viande de qualité, produite dans de bonnes conditions.

Dimanche soir sur Twitter et lundi matin dans le journal "Le Monde", le député LREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau s'est élevé avec virulence contre la signature de ce traité.

Il nous a affirmé que même en cas de consigne de la part de sa majorité parlementaire ou du Président de la République pour ratifier l'accord devant l'Assemblée Nationale il voterait contre l'accord conclu entre l'Union Européenne et la MERCOSUR.
 



Ecoutez l'interview complète de Jean-Pierre Bonnet, éleveur bovin à Chateau-Chervix (Haute-Vienne), président de Limousin Promotion et du Groupement Limousin Bétail et Viande.

 

interview Jean-Pierre Bonnet président Limousin Promotion
Annoncée vendredi 28 juin 2019, la signature d'un accord de libre échange entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) est un coup dur pour les éleveurs bovin français et notamment ceux du Limousin. Intervenant : Jean-Pierre Bonnet, éleveur bovin à ChateauChervix, président de Limousin Promotion et du groupement Limousin bétail et viande. Lieu : Chateau-Chervix (87) Interview : Marie France Tharaud, Frédérique Bordes

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus