Ile de Ré : empêché d’aller voir son père mourant pendant le confinement, il compte attaquer l’État en justice

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Écrit par Sophie Goux avec Barbara Gabel

En avril 2020, Patrice Dupas n’avait pas pu traverser le pont l’île de Ré, alors qu’il allait au chevet de son père mourant. Aujourd’hui, il va attaquer la préfecture de Charente-Maritime en justice pour demander réparation du préjudice moral subi.

Le 4 avril 2020, Patrice Dupas, un  habitant du Loir-et-Cher se rend au chevet de son père, malade et mourant sur l'île de Ré. Il dispose d'une attestation dérogatoire mais pas de justificatif de son déplacement. En plein confinement, et alors que les vacances de Pâques attirent du monde sur le littoral malgré le confinement, les gendarmes de Rivedoux qui contrôlent les entrées sur l'île lui refusent l'accès au motif qu'Il ne dispose pas des papiers nécessaires. Il écope même d'une amende de 135 euros qui sera annulée par la suite.

Son père était décédé trois jours plus tard sans qu'il ait pu le revoir.

Alertée de l'incident, la gendarmerie de Charente-Maritime a présenté ses excuses à Patrice Dupas dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux le 16 avril 2020.

Mais Patrice Dupas n'en reste pas là et en octobre 2020, il écrit au Président de la République. Dans la réponse, l'Élysée affirme avoir transmis les informations à la préfète de Charente-Maritime.

"Monsieur,
Le Président de la République a bien reçu votre correspondance et vous en remercie
chaleureusement.
Touché par le deuil qui a frappé votre famille et sensible à l’épreuve à laquelle vous
êtes confronté depuis la disparition de votre père, Monsieur Emmanuel MACRON
m’a confié le soin de vous présenter ses sincères condoléances et de vous transmettre ses chaleureuses pensées.
Particulièrement attaché à la mémoire de celles et ceux qui, comme votre père, se
sont engagés pour notre pays, le Chef de l’Etat saisit cette occasion pour saluer son parcours au sein de nos forces armées, notamment en tant qu’adjudant de l’armée de l’air.
Aussi, à la demande du Président de la République, j’ai fait part de vos
préoccupations au préfet de la Charente-Maritime.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Brice BLONDEL"

Son avocat va déposer un recours en responsabilité contre l'État

Aujourd'hui, il a décidé de demander réparation du préjudice moral qu'il a subi. 

Ce 4 avril, il y a eu une erreur et il faut la réparer. Le montant des indemnités que l'on demandera sera juste symbolique. Mais ça serait réparateur dans mon deuil. Ça ira pour mes enfants. C’est une question de principe. Vous faites une connerie sur la route, vous payez. L’État fait une erreur, il paye

Patrice Dupas

Pour son avocat, maître Kévin Gomez, l'indemnisation n'est pas le but de cette procédure, même si elle doit bien sûr être fixée. Patrice Dupas estime qu'il disposait des documents nécessaires, notamment ceux de médecins prouvant que son père était bien en fin de vie.

Il comprend la mission des gendarmes, mais il est en colère car il n'a pas réussi à faire entendre aux gendarmes qu'il s'agissait d'une situation particulière.

Kévin Gomez, avocat au barreau de Poitiers

Pour Patrice Dupas, qui a été, ironie de l'histoire, un gendarme auxiliaire lors de son service militaire c'est "une question d'honneur"

On m'a volé les derniers instants avec mon père.

Patrice Dupas

La procédure devrait être lancée dans les prochains jours.