Patrimoine : les Grottes de Régulus, histoire d'un naufrage catastrophique et d'un succès touristique

À Meschers-sur-Gironde, ce site troglodyte qui vient de rouvrir au public est victime de son succès. C'est pourtant une histoire bien plus dramatique qui a donné son nom à cette attraction touristique.
Nous sommes en 1814 et le capitaine de vaisseau Jacques-Matthieu Régnauld a pour mission de barrer l'entrée de l'estuaire de la Gironde à nos meilleurs ennemis les Anglais. Il est le capitaine du Régulus, un brick construit 12 ans plus tôt à Lorient, un fameux trois mats de 74 canons. Accompagné de trois autres navires, il a pris mouillage en rade du Verdon, mais cette, a priori simple, mission de surveillance va tourner au cauchemar. Comme une histoire de déjà-vu pour ce bateau qui, six ans plus tôt, avait déjà échappé de peu aux canons de la perfide Albion devant l'île d'Aix. A l'horizon, ce sont des dizaines de navires britanniques qui apparaissent et qui, très vite, commencent à faire feu. Régnauld et ses acolytes n'ont d'autre choix que de se réfugier devant le fort de Meschers et, suivant les instructions de sa hiérarchie, décide de mettre le feu à son bateau plutôt que de le laisser aux mains des Anglais. 

Lesson, présenté comme un matelot du Régulus, a laissé ce témoignage :

Des masses de goudron, des copeaux légers de pins, avaient été placés dans l'intérieur du faux-pont aux pieds des mâts. A onze heures précises, le capitaine, qui au terme des réglemens, ne devait quitter son vaisseau que le dernier de l’équipe, avait attendu que le feu eût été mis aux deux premiers foyers pour porter la torche dans les matières incendiaires accumulées au pied de l’artimon, et bientôt des torrens de fumée s’échappèrent par les sabords. Les canots nous reçurent, et la dernière escouade quitta pour jamais le vaisseau.

P. Lesson, matelot du Régulus

Les hommes d'équipage, réfugiés dans les grottes creusées dans la falaise calcaire ne peuvent qu'assister impuissants à l'incendie de leur navire. C'est depuis ce triste épisode de la marine française que les Michelais, habitants de Meschers, ont appelé ces grottes, les grottes de Régulus. Cet épisode pourtant n'est qu'anecdotique dans la longue histoire de ces cavités naturelles. Des hommes préhistoriques qui ont du s'y abriter aux sarrasins ou aux protestants qui y pratiquaient leurs rites en secret, sans oublier les pirates et autres naufrageurs qui attendaient leurs proies dans la falaise, ce site troglodyte nous raconte Meschers à travers les siècles.

Au début du siècle dernier, les grottes servent d'habitations privées. Marie Guichard, décédée en 1923, fut la dernière à y vivre. Dans les années 80, la municipalité en devient propriétaire et ouvre le site au public en 1986. En 2002, elle fait aussi l'acquisition des grottes des Fontaines attenantes et modernise cet incontournable outil touristique. Mais, cette année, la crise sanitaire a quelque peu troublé la sérénité de Régulus et c'est avec cinq mois de retard que les grottes ont de nouveau retrouvé leurs visiteurs.

D'habitude on reçoit entre 800 et 900 personnes par jour, en temps normal. Là c'est plutôt une centaine, mais, du coup, les gens sont rassurés, le protocole est respecté.

Carole Angibeaud, Responsable du site municipal des grottes du Régulus

Il faudra donc être patient et réserver bien à l'avance pour pouvoir visiter Régulus. L'année dernière, 70.000 personnes avaient visité les grottes.

Besoin d'un peu de fraîcheur ? Visite virtuelle des grottes de Régulus avec notre équipe Pascal Foucaud et Cédric Cottaz. 

CARTE - Grottes de Régulus (Meschers-sur-Gironde)

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