Angoulême : l’hypnotique exposition "Arts de l’Islam, un passé pour un présent" s’invite au Musée du Papier

Le département éponyme du Louvre a confié une partie de sa collection, jusqu’au printemps, à dix-huit villes françaises. A Angoulême, ces œuvres rendent compte de l’immense diversité culturelle et artistique islamique, de l’hégire à aujourd’hui.

Une verseuse du 16e siècle, un flacon façonné dans du cristal de roche en l’an 1000 ou des œuvres plus contemporaines comme "La bataille de Kerbala", réalisée entre 1950 et 1970 en Iran… Leur point commun : ces pièces exceptionnelles s’inscrivent dans un mouvement global des "arts de l’Islam" – et mettent en exergue l’influence de la religion sur l’art au Moyen-Orient et au Maghreb.

"C’est un prêt absolument exceptionnel", s’enthousiasme Emilie Salaberry, directrice des musées municipaux d’Angoulême, devant un panneau mural en céramique du 17e siècle. Découvert dans un palais à Ispahan, il dépeint l’art de vivre des notables de la Cour des princes. "C’est une œuvre qui normalement ne quitte pas le parcours permanent du musée du Louvre, et qui a demandé un soin absolument incroyable pour son transport et son réaccrochage ici."

Œuvres manuscrites

Le musée du Louvre a prêté à Angoulême dix œuvres de sa collection permanente. La ville a pu enrichir le parcours pédagogique de nombreuses pièces issues des musées municipaux. "Il y a un fond important d’art relatif au Maghreb dans la région", détaille Emilie Salaberry. "La moitié des œuvres de l’exposition sortent du musée d’Angoulême [qui possède 948 pièces maghrébines, ndlr]."

Parmi les trésors aujourd’hui exposés, un exemplaire du Livre des Merveilles, ouvrage fantastique reprenant les travaux de l’auteur persan al- Qazwînî et jusqu’alors conservé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. "C’est un manuscrit égyptien du 16e siècle, 1564. Une œuvre magnifiquement illustrée", souligne Florent Gaillard, directeur du Musée du Papier.

Le moyen, également, de faire le lien entre arts de l’Islam et le Musée du Papier, qui expose plusieurs manuscrits comme celui-ci – dont le travail d’une autrice contemporaine, Lena Merhej, née en 1977 en Allemagne. L’artiste germano-libanaise a prêté pour l’occasion 10 planches originales de sa dernière bande-dessinée, Elle raconte et me dit...la vie des femmes au temps du califat abbaside.

Poser un nouveau regard sur l’Islam

Ouvert en 2003, le département des Arts de l’Islam a réuni plus de 14 000 objets du quotidien, manuscrits, peintures ou textiles issus de tous les pays musulmans – les premiers arrivent au Louvre dès le 18e siècle. A Angoulême comme partout en France, les mots d’ordre sont les mêmes : l’exposition se veut accessible et invite à la discussion.

"Ce sont des objets concrets, de belles pièces qui méritent d’être vues et connues", réagit un visiteur, venu admirer les œuvres dès l’ouverture de l’exposition. "C’est une chance qu’Angoulême ait été choisie parmi les 18 villes, ce sont des œuvres magnifiques", se réjouit une autre spectatrice.

"Les textes sont courts, les mots simples pour être accessible à tous les visiteurs, quels que soient leur âge et leur bagage culturel", précise Yannick Lintz, directrice du département des arts de l’Islam au Louvre et conservatrice des expositions, au Monde.

L’un des défis de ce "tour de France" des œuvres du département est en effet de proposer aux visiteurs de poser un regard neuf sur l’Islam, loin des polémiques et des idées reçues, concentré sur ses productions artistiques remarquables... Et visiblement, le pari est réussi.

"Arts de l’Islam, un passé pour un présent", à découvrir jusqu’au 27 mars

Musée du Papier, 134 rue de Bordeaux, 16000 Angoulême

Entrée libre

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