"Je suis une spectatrice hyper sensible." Laëtitia Casta, présidente du jury du festival du film d'Angoulême, entretient une relation passionnelle avec le cinéma

Laëtitia Casta préside cette année le jury du festival du film francophone d'Angoulême. À la tête d'un groupe de neuf jurés (dont six sont des femmes), elle aura la lourde tâche de départager les 11 films en compétition. Avant de passer le reste de la semaine dans les salles obscures angoumoisines, la star revient sur son goût pour le cinéma, les actrices qui l'ont marquée et son prochain rôle au théâtre.

Vous êtes, cette année, présidente du Jury du festival du film francophone d'Angoulême (FFA). Qu'est-ce que ça représente pour vous d'être sollicitée pour ce genre de rôle ?

Ça représente beaucoup de responsabilité, quand même, parce que ce n'est pas facile. Je sais à quel point c'est compliqué de faire un film et, de faire en sorte que ce film existe, d'autant plus aujourd'hui. D'abord, il faut voir toutes les qualités d'un film avant d'être radical ou dur et se laisser porter. 

Le festival d'Angoulême, au-delà de la francophonie, a cette particularité d'être une rampe de lancement pour les films de l'automne. C'est une responsabilité, ça aussi ?

C'est vrai. D'abord, je ne suis pas toute seule. On est plusieurs et c'est là où c'est important. Un jury est très important. Des personnes venues d'ailleurs avec des cultures différentes, avec des personnalités fortes, je trouve ça bien, assez rassurant. C'est l'occasion de découvrir des talents, des univers, des gens avec qui, par exemple, j'aurais envie de travailler par la suite.

Quel genre de spectatrice êtes-vous au cinéma ?

Je suis une hyper sensible. Hyper sensible ! C'est-à-dire qu'une fois que je suis touchée, je me remets complètement dans les mains d'un film. J'ai un rapport très passionnel au cinéma.

Et quel rapport avez-vous avec la cinéphilie plus précisément ?

Je ne sais pas si je suis cinéphile. J'estime — et, c'est peut-être ça être cinéphile — ne pas assez voir de films. Jamais assez. J'ai vu très, très jeune beaucoup de films. J'étais beaucoup dans les avions et dans les aéroports, donc ça m'a permis de voir beaucoup de choses, de me faire rêver, de me nourrir, parce que je ne pouvais pas faire d'études. C'est comme ça que je me suis aussi construite : à travers le cinéma.

Des films particuliers vous ont marquée ?

Oui, beaucoup de films, ceux des années 50. Les films italiens. Après, Wim Wenders, Lynch, et dans les films italiens, Antonioni, Pasoloni et, toute autre chose : Bergman. Sur la vie, tout ce qui est trouble, complexe, ça m'a éduquée.

Au théâtre, Isabelle Adjani dans La Dame aux Camélias m'a marquée, j'en ai fait des rêves.

Laëtitia Casta

Actrice, présidente du Jury du FFA

Parlez-moi des actrices qui ont pu vous accompagner, qui sont peut-être aussi des sources d'inspiration ?

Anna Magnani m'a beaucoup marquée par sa gueule ouverte et sa générosité. Une sorte de cri béant ! Monica Vitti, Bibi Andersson, Liv Ulmann, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Isabelle Adjani. Adjani au théâtre (dans La Dame aux Camélias) m'a marquée, j'en ai fait des rêves.

C'est sa présence sur scène ?

C'est au-delà de ça. C'est sa manière de décoller de scène, d'être au-dessus des spectateurs et d'être loin, loin, loin... à un point, je n'ai jamais vu ça. C'est ce qu'on appelle un génie. Lorsque je lis ses interviews, je la trouve tellement intelligente, elle est toujours intéressante.

Un acteur qui m'a marqué récemment, c'est Samy Frey. Aussi, au théâtre.

Au cinéma, il y a tellement d'acteurs et d'actrices qui m'ont portée, comme Sophia Loren, des femmes qui ont su, surtout à une époque où ce n'était pas évident, s'imposer. Sophia Loren, par exemple, qui était une femme absolument sublime, a réussi à une époque où les femmes n'étaient pas tellement considérées comme des artistes au cinéma et elle a fait une carrière incroyable en venant d'un milieu simple. 

Vous reprenez "Une Journée particulière" au théâtre, ce rôle phare de la carrière de Sophia Loren dans le film d'Ettore Scola.

En ce moment, je rêve de Sophia Loren. C'est vrai...!

C'est un rôle qui a marqué le cinéma. Avez-vous besoin de vous nourrir de son interprétation pour créer la vôtre ?

Non, c'est le sujet, c'est ce que la pièce raconte qui me nourrit. C'est surtout que c'est très actuel, malheureusement. Je me suis dit, là, il y a quelque chose à faire avec le public. Il y a quelque chose qui va se rencontrer, parce que le sujet, la montée du nazisme, c'est très présent aujourd'hui avec la montée de l'extrême droite. C'est aussi un engagement politique pour moi. Ce serait un déni de dire que je ne le ressens pas. Quand on est artiste, on est extrêmement sensible, ça se ressent dans tout. 

Est-ce que vous percevez une forme de nonchalance de la part des Français dans la manière dont les idées d'extrême droite s'imposent dans le débat public ?

Oui, ça fait peur, bien sûr. Ce n'est pas anodin pour moi de choisir cette pièce. C'est une manière pour moi de décrire, à travers l'art, une sensibilité, ce que je pense et ce qui me fait peur.