Coronavirus et masques : les couturières, ces nouvelles guerrières face à l'épidémie

Elles se mobilisent partout en France pour fabriquer ces fameux masques considérés comme l'ultime rempart face au coronavirus. Professionnelles ou simples particulières, elles n'ont pas hésité à reprendre leur machine à coudre pour participer à l'effort de "guerre". Vive les couturières !
Face à la pénurie de masque le phénomène DIY reprend du service
Face à la pénurie de masque le phénomène DIY reprend du service © Manfredrichter via pixabay

La dynamique du fil

Que ce soit en Nouvelle-Aquitaine comme partout ailleurs en France, les couturières et couturiers se sont lancés dans la bataille des masques.
Dans nos villes, nos villages ou nos quartiers les initiatives fleurissent et des usines s'improvisent. 

Sur les réseaux sociaux, les tutos se multiplient pour la confection de ce fameux bouclier de tissu. Professionnelles ou simples passionnées, on peut dire aujourd'hui que les couturières sont entrées en guerre face à l'urgence sanitaire.
 

C'est au Parc des Expositions de La Teste-de-Buch que 130 couturières fabriquent des masques depuis le 15 avril dans une usine installée en moins de 48 heures
C'est au Parc des Expositions de La Teste-de-Buch que 130 couturières fabriquent des masques depuis le 15 avril dans une usine installée en moins de 48 heures © France télévision


L'esprit combatif des couturières, c'est un peu comme si c'était inscrit dans leur ADN

Quand on regarde l'histoire de France, on s'aperçoit qu'elles doivent leur avènement à une lutte acharnée face aux maîtres tailleurs qui détenaient le monopole de cette activité en les laissant dans la clandestinité.

C’est en effet en 1675 que, sous le titre de couturières, les femmes furent enfin autorisées à travailler différents vêtements tels que robes, jupes, casaquins etc., celles de Paris étant cette année-là regroupées par édit en corporation. 

C'est une couturière qui a inventé la mode

Un nom de nos jours oublié, Rose Bertin est pourtant la première à révolutionner la production de vêtements, inventant le principe de « mode » tel que nous le connaissons. 
Rose Bertin, est une jeune femme du bas peuple, avec une petite formation de modiste dans un atelier parisien. Très vite, ses talents sont aperçus par des dames de haut rang, notamment la princesse de Conti, qui l’introduit à la cour.
Mademoiselle Rose Bertin
Mademoiselle Rose Bertin © Élisabeth Vigée Le Brun -Wikimedia

 Elle va bientôt élaborer ses propres modèles et être à l’origine de la mode champêtre et moins engoncée de la fin du XVIIIe siècle. Elle devient très vite proche de la reine Marie-Antoinette, qui la nomme « ministre des modes ».

Même si son succès part en fumée avec la fin de l’Ancien Régime, elle reste une figure importante de femme créatrice et entrepreneuse avant l’heure, tout en étant restée toute sa vie célibataire.

A la fin du 19ème siècle, l'histoire de la couture s'accélère

Le nombre de couturières explose avec 1636 ouvrières recensées dans le Bottin en 1895 alors que ce chiffre n’était que de 158 en 1850 !
La couture s'invite dans les foyers vers la fin du 19ème siècle Par François Guiguet
La couture s'invite dans les foyers vers la fin du 19ème siècle Par François Guiguet © Xavier Caré - Wikimedia


L'invention de la machine à coudre révolutionne le domaine de la confection

On dit que c'est le tailleur Barthélémy Thimonnier qui en 1830 va déposer le brevet du premier métier à coudre en France. Il s’agit de la première machine à coudre qui coud six fois plus vite qu’à la main.

Son idée va être reprise, améliorée ou réinventée par ses successeurs, principalement américains.
Cette machine, à l'origine d'une gigantesque avancée technique va donc susciter quelques passions et donner bien du fil à retordre à ses créateurs.

Mais qui a vraiment inventé la machine à coudre ?
 
La petite histoire de la machine à coudre
 

La revanche des midinettes :

Contrairement au sens qu'on lui donne aujourd'hui, la midinette n'est pas seulement une jeune fille un peu naïve et sentimentale.
En 1917, c'est une ouvrière, le plus souvent coututière, surnommée ainsi car elle se contente, à midi, d’un repas sommaire, c’est-à-dire d’une « dînette ». Midi et dînette sont contractés et donnent « Midinette ». 
Les midinettes travaillaient 10 heures par jour par Isaac Israëls
Les midinettes travaillaient 10 heures par jour par Isaac Israëls © Wikimedia

En juin de la même année, c'est grâce à leur grêve pour réclamer la semaine de cinq jours et demi (elles sont 20 000 à défiler dans Paris) que les femmes vont  pouvoir légalement se reposer le samedi après-midi et être payées.

La couture, un métier qui devient un art ménager

Il semble qu'après la première guerre mondiale, l'enseignement ménager ait pris un certain essor avec la création d'écoles où la couture au même titre que la cuisine et l'hygiène font partie du programme. 

Progressivement, les machines à coudre s'invitent dans les foyers et la couture, en plus d'un métier devient un loisir.

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Que ce soit pour des raisons économiques (la confection coûte encore cher pour les femmes) ou encore par plaisir de réaliser son propre vêtement , la couture "fait maison" a été une activité valorisée jusque dans les années 50.

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Quand la couture devient ringarde

En fait, c'est l'avènement du « prêt-à-porter », un terme qui commence à être utilisé en France dans le courant des années 1950 qui marque le déclin de la couture faîte maison. Calqué sur le ready-to-wear américain, il se substitue au mot « confection » et désigne des articles vestimentaires produits en série, prêts à être portés.

Résultat : dans les années 1960, les machines à coudre et les aiguilles sont remisées au placard, les femmes voulant s'émanciper, et les Françaises cédant aux sirènes de la "vie moderne" et du shopping.
 

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Grâce au "DO IT YOURSELF" la machine à coudre ressort des placards

Il faut attendre les années 2000 et sans doute aussi la crise économique pour que le Do It Yourself (Faîtes le vous même) revienne en force . 

La couture n’est plus une activité ringarde. Cette pratique héritée de nos grands-mères et arrières grands-mères, s’inscrit parfaitement dans la tendance DIY. Motivées par un désir profond de changer de mode de vie et de sortir du lot, de plus en plus de personnes se tournent vers le "fait par soi-même".
 
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Vous m’avez complètement dévalisés!!! Vite, faites vos commandes avant qu’il ne me reste plus rien!! . . . #masque #covid_19 #coutureaddict #coronavirus

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On ne cache plus sa machine à coudre qui est devenue un objet de plaisir, on ose dire que l'on a passé son week-end à terminer une jupe ou un tour de cou. 

La couture en 2020 ? Tendance, économique et écolo !

Les adeptes du fait-main discutent volontiers DIY dans les dîners en ville ou les soirées. Elles échangent sur les forums, postent leurs dernières idées sur leur blog et certaines mettent à profit leur talent pour vendre leur création...

A cela s'ajoute la vague du développement durable qui incite nombre de jeunes à recycler, récupérer, détourner, ou fabriquer eux-mêmes. On ne veut plus gaspiller ou consommer idiot, d'autant que les budgets étudiants sont plutôt serrés.
 

Les ateliers couture : un super réseau social !

Les ateliers de couture ne font pas que transmettre un savoir-faire, c'est aussi un moment convivial, loin du stress et des écrans qui monopolisent nos vies. C'est l’occasion pour des hommes et des femmes, venus d’horizons différents, de se retrouver et partager une passion commune. Ces ateliers participent donc à la création d’un lien social fort. 
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Fin de la 2ème semaine à l'usine éphémère de #latestedebuch , avec mes 2 binômes d'aventure, Martine et Maïté !!!! On s'est prénommé "les Mama", comme mon deuxième prénom est Magali.... ❤️😷❤️😷 #confinementcreatif #confinementcréatif #masquedeprotection #masqueprotection #coronavirus #couturieressolidaires

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A vos masques, prêts ? Cousez !

Leur engagement est inspirant et peut-être vous sentez-vous à votre tour tenté(es) pour vous lancer dans la fabrication de l'inestimable rempart face à l'épidémie ?

A l'approche de la rentrée scolaire de nos enfants, voici un tuto pour les débutants.
les couturières, ces nouvelles guerrières


Pour gagner la guerre sanitaire, il faut être équipé

Grâce à ce tempérament combatif associé à l'esprit solidaire qui, le plus souvent, les caractérisent, la mobilisation des couturières est définitivement un précieux atout face à l'enjeu du déconfinement qui nous attend.


Petit rappel pour les réfractaires sur les vertus du port du masque


Prenez soin de vous, prenons soin de nous et n'oubliez pas, pour éviter la contagion : sortons tous masqués !

 

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