Corrèze : un documentaire pour se souvenir des pendus de Tulle, le massacre du 9 juin 1944

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Écrit par Lauryane Arzel avec Philippe Mallet

Mardi 8 mars, une cinquantaine d'élèves du lycée professionnel de Bort-Artense ont assisté à la projection du film "Le silence et la douleur" de Patrick Séraudie. Un documentaire pour découvrir le massacre de Tulle commis par un détachement de la das Reich le 9 juin 1944.

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9 juin 1944 : un détachement de la division allemande SS "Das Reich" entre dans Tulle (Corrèze). La ville, auparavant contrôlée par la Résistance, vient de tomber aux mains des nazis. Les Allemands veulent se venger des pertes subies. 99 hommes sont pendus aux balcons de la ville. 149 autres sont déportés au camp de Dachau. Seuls 48 en reviendront vivants.

Lever le silence

78 ans plus tard, les élèves du lycée professionnel Bort-Artense ont découvert cette histoire lors de la projection du film "Le silence et la douleur". Le documentaire, sorti en 2016, revient sur ces événements tragiques, souvent méconnus. "Je ne connaissais pas du tout", nous confie cette lycéenne au visage grave. "Je me suis mise à la place des gens qui parlaient, c’est dur d’entendre ça." 

Dans le documentaire, les témoins évoquent une chape de plomb, tombée sur la commune et entravant le dialogue entre les générations. Un descendant d'une des personnes tuées le 9 juin 1944 raconte le "tabou, [le] secret de famille, dont il ne fallait pas parler". 

Le film montre aussi "comment plusieurs générations digèrent ou pas un événement de ce type. C’est pour que ça que plusieurs générations parlent : les témoins, leurs enfants et leurs petits-enfants", décrit Thomas Duranteau. L'illustrateur a dessiné l'affiche, les génériques et les séquences d'animations du documentaire. Un choix important pour dépasser la simple illustration.

Les séquences animées proposent des moments particuliers comme si on plongeait dans l’inconscient, la mémoire de la population.

Thomas Duranteau, illustrateur

Un récit qui allie histoire et émotion, c'est la mission que s'est donné Thomas Duranteau. L'artiste s'est questionné sur la façon de "représenter la violence, se dire jusqu’où on va, et quel sens on donne aux images."  

Un devoir de mémoire

La projection a en tout cas marqué les lycéens. "Je ne pensais pas que ça s’était passé près de chez moi", déclare Lucile Aigueperse. L'adolescente ajoute : "Que Tulle se soit « écrasée », entre guillemets, et que ça ait tout changé, ça m’a choquée."  Hugo Cruveilher, un autre lycéen, tisse des liens avec l'actualité : "À mon avis, avec ce qui se passe en Ukraine, ça peut revenir très vite. Je me sens concerné, inquiet."

Pour Magali Levieux, professeure de lettres et d'histoire, les liens entre le contexte international et la projection du documentaire sont évidents.

Le devoir de mémoire, c’est aussi faire en sorte que les événements ne se reproduisent pas. Ce documentaire prend vraiment tout son sens face à la menace de guerre en Europe.

Magali Levieux, professeure de lettres et d'histoire

Le lendemain des événements de Tulle, le 10 juin 1944, un détachement de la division Das Reich se dirige vers Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne). Les soldats allemands y commettront le massacre de civils le plus important de la Seconde Guerre mondiale. 643 personnes y ont perdu la vie.