“On a recherché le propriétaire, il est introuvable” : à l'abandon depuis 22 ans, la maison va enfin pouvoir être démolie

Située en plein centre-ville d’Aubusson dans la Creuse, la maison d'apparence ordinaire avait été rachetée en 2002. Depuis, la demeure était à l’abandon et son propriétaire, introuvable. Après plusieurs arrêtés, la mairie a enfin eu l’autorisation de détruire la propriété devenue dangereuse. (Article original publié le 27 mars 2024).

Rue des Fusillés à Aubusson, les maisons sont collées les unes aux autres. Des demeures anciennes, au style bien particulier. Parmi elles, au numéro 7, la façade détonne nettement.

Les portes et volets sont fermés, la devanture s’effrite, plusieurs morceaux sont déjà tombés sur le trottoir au fil des années. Dernier effondrement en date, le 9 février 2024, une partie du mur de la façade s'est écrasée contre le trottoir.

Mais ce mardi 26 mars, place au changement. Objectif démolition. “Cette maison a été achetée il y a une vingtaine d’années, les propriétaires n’ont jamais mis les pieds dedans ”, explique Stéphane Ducourtioux, maire d’Aubusson (PS).

Propriétaire introuvable

Tout commence en 2002, lorsqu’un propriétaire irlandais décide d’acheter une maison au 7 rue des Fusillés, dans le centre-ville d’Aubusson. Très vite, la demeure est laissée à l’abandon, aucune rénovation n’a eu lieu en 22 ans. “On a recherché le propriétaire, jusqu’à l’ambassade anglaise en France, il est introuvable, injoignable. C’est ce qui pose toute la difficulté du dossier ”, raconte le maire de la ville.

Une question de sécurité

Année après année, l’état de la maison se dégrade, mais le propriétaire manque à l’appel. En 2005, la commune intervient après la chute de tuiles sur la voie publique. Elle fait poser un filet de protection sur la façade, puis délimite un périmètre de sécurité sur le trottoir le plus proche. Depuis 2022, le trottoir est entièrement neutralisé, et depuis trois mois, une voie de circulation a été neutralisée, ce qui occasionne une nouvelle gêne pour la circulation. “C’est là toute la complexité de l’affaire, la commune ne peut pas intervenir, car nous ne sommes pas propriétaires de cette maison ”, précise Stéphane Ducourtioux.

La commune ne peut pas intervenir, car nous ne sommes pas propriétaires de cette maison.

Stéphane Ducourtioux

Maire d'Aubusson (PS)

La justice enfin saisie

Depuis 2005, la commune multiplie les appels à la justice. “Il y a eu un arrêté de péril en 2005 et un arrêté de péril imminent en 2022, toujours sans réponse du propriétaire ”, indique le maire. En février dernier, une procédure en assignation a finalement été engagée au Tribunal judiciaire, qui a donné raison à la commune. Les travaux de démolition peuvent enfin commencer, vingt-deux ans plus tard.

50 000 euros de travaux

C’est un chantier assez compliqué vu l’état des bâtiments et le fait qu’ils soient tous collés les uns aux autres ”, précise Mathieu Martin, chef de chantier pour l'entreprise Alzin. “Certaines opérations doivent être réalisées à la main, on va défaire toute la charpente du toit au rez-de-chaussée ”, conclut-il.

Selon l’entreprise de démolition, il faudra au moins un mois pour déconstruire la totalité de la demeure. “Cette déconstruction est à la charge du propriétaire, mais c’est la commune qui intervient pour le compte du propriétaire ”, indique Stéphane Ducourtioux, le maire d’Aubusson. “Nous travaillons à fonds perdu, on sait parfaitement qu’on ne retrouvera jamais l’argent ”, regrette-t-il. Selon la commune, les coûts estimés des travaux s'élèveront à plus de 50 000 euros.

Le voisinage rassuré

Danielle Lenfant habite juste à côté de la maison abandonnée. Pendant un mois, les travaux vont rythmer son quotidien. Régulièrement, elle balaye du plâtre qui tombe des murs. “On a de l’humidité partout sur les murs, c’est à cause de la maison à côté qui s’écroule. On ne peut pas faire de travaux tant qu’elle n’est pas démolie ”, explique-t-elle.

On a de l’humidité partout sur les murs, c’est à cause de la maison à côté qui s’écroule.

Danielle Lenfant

Voisine

À lire aussi : Habitat : "une vingtaine d’immeubles vétustes sécurisés par les services hygiène et salubrité de la ville", à Limoges

Aucune information n’a été communiquée par la commune quant à l’après démolition. “On met en sécurité cette maison, mais on ne pourra rien y faire tant que l’on ne sera pas propriétaire du foncier ”, rappelle le maire d’Aubusson. Selon la commune, une autre maison située à 300 mètres se trouve dans le même état. La mairie a déjà entrepris les démarches auprès de la justice pour rappeler à l’ordre le propriétaire.