Routes des maçons de la Creuse : des apprentis tailleurs de pierre du LMB de Felletin partent pour Notre-Dame de Paris

Un projet conjoint du Lycée des métiers du bâtiment et de la société des membres de la légion d'honneur va conduire des jeunes à Paris. Sur les traces des maçons de la Creuse, un périple initiatique les attend. L'idée étant de valoriser l'apprentissage et les métiers manuels.

Ils ont tout conçu à partir de zéro. Sept jeunes apprentis tailleurs de pierre oeuvrent depuis le début de l'année sur la reconstitution d'une rembarde et d'une gargouille de Notre-Dame de Paris. "Ils sont partis d'un relevé scanné en 3D, un nuage de points. Ils avaient également des reproduction des pièces originales datant du XVIIe siècle. Et c'est tout ! Ils ont dû se les approprier, trouver une harmonie géométrique, les rapports d'équilibre, avant de passer au gabarit grandeur nature et à la taille à proprement parler" explique avec fièreté Franck Tempéreau coordinateur de l'unité de formation des apprentis au lycée des métiers du bâtiment de Felletin. 

Ces deux oeuvres vont donc bientôt partir en voyage pour faire connaissance avec les originaux à Paris. Les sept apprentis seront de la partie ainsi qu'une dizaine d'autres étudiants qui travaillent en lien avec le patrimoine (charpentiers, bac pro pâtrimoine bâti).

Reportage au LMB de Felletin

Des apprentis tailleurs de pierre du LMB de Felletin partent pour Notre-Dame de Paris ©France Télévisions

Un voyage organisé dans le cadre d'un projet pédagogique élaboré avec la section creusoise de la société des membres de la légion d'honneur. Cette société regroupe des titualaires de la célèbre distinction. Ils sont 68 en Creuse. Elle fête cette année son centenaire. Intialement créée pour organiser l'entraide entre ses membres, elle a élargit ses missions en 2017. Parmi ces nouveaux objectifs figure la promotion et la mise en avant de l'apprentissage. 

Le voyage est conçu comme un parcours intiatique sur la trace des maçons Creusois. Les apprentis chemineront ainsi sur l'itinéraire empunté par des générations de paysans bâtisseurs pauvres, le long de l'ancienne nationale 20. Dès le XVe siècle, ils n'avaient d'autre choix que de vendre leur force de travail sur les gros chantiers de la capitale pour subvenir aux besoins de leur famille (voir l'article en bas de page). 

Des étapes sont prévues dans les lieux symboliques et à haute valeur pédagogique. A Bourges, les jeunes vont par exemple découvrir un des chantiers de l'entreprise Jacquet, une référence nationale de la taille de pierre après être passés par la Cathédrale classée à l'UNESCO et le Palais Jacques Coeur. Ils feront également étape à Lamotte-Beuvron ou Orléans. A chaque arrêt, leur contingent va s'étoffer, rejoint par d'autres apprentis (12 du Loir-et-Cher et 21 du Loiret). 

Une fois arrivées à Paris, en cortège, ils porteront sur leurs épaules leurs créations des invalides jusqu'à Notre Dame de Paris en passant par le jardin des Tuileries où ils seront rejoint par des étuidant de l'école du Louvre avant d'être reçu par la maire de la capitale.

"C'est un moyen de braquer les projecteur sur les filières de l'apprentissage et les métiers manuels. Ils ont besoin de reconnaissance, c'est ce que nous allons leur apporter. Ces voies doivent cesser d'être perçues comme des pis-aller. Ce sont au contraire des voies d'excellence qui manquent de bras. Nous voulons qu'ils passent du bon temps, qu'ils reviennent les yeux écarquillés, qu'ils apprennent en se confrontant à d'autres styles architecturaux et surtout qu'ils se "frottent la cervelle" avec leur congénères des autres départements" explique avec conviction, Jean Martin, vice-président national de la société des membres de la légion d'honneur.  

Objectif partagé au sein de l'établissement creusois. "Nous voulons que ces jeunes éprouvent de la fierté en voyant que les pièces qu'ils ont créé pourraient sans honte être montées sur la cathédrale, monument emblématique de la France. C'est une formidable source de confiance en soi. Il n'y a pas eu d'effet Notre-Dame. Après l'incendie nous pensions que des vocations allaient se déclencher. ça n'a pas été le cas. Pourtant j'ai une liste longue comme le bras d'entreprises qui chechent des jeunes. Ce genre d'opération doit pouvoir donner de la visibilité et montrer la noblesse de nos filières" confie Franck Tempéreau.

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