Coronavirus : des tests sérologiques 100% made in Creuse

Le président de Région, Alain Rousset, est en Creuse ce mardi 5 mai. Au programme : la visite du laboratoire Carcidiag à Guéret qui conçoit des kits de détection pour les cancers. Depuis le début de la crise du coronavirus son activité a été réorientée vers la conception de tests sérologiques.
 
Des tests sérologiques mis au point à Guéret (Creuse)
Des tests sérologiques mis au point à Guéret (Creuse) © Carcidiag
Première étape de la visite du président de région ce mardi 5 mai : Carcidiag. La start-up fondée à Guéret en 2017, semble vouée à un avenir prometteur. Son cœur de métier : des kits de dépistage des cellules cancéreuses. Le principe est d'identifier les cellules-souches des cancers les plus fréquents (colorectal, poumon, sein) à partir de marqueurs spécifiques.

Un savoir-faire qu'il a été possible de transposer pour participer à l'effort de lutte contre le Covid-19. L'activité du laboratoire concernant les kits de détection du cancer étant en suspend puisque la plupart des centres associés sont mobilisés face à l'épidémie, cela a permis de libérer trois salariés pour se pencher sur la faisabilité de faire des tests sérologiques.

"Ce n'est pas la même application que pour nos kits de détection et de suivi des cancers, mais nous allons utiliser la même technologie. Il s'agit de la cytométrie en flux (une technique permettant de faire défiler des particules, molécules ou cellules à grande vitesse dans le faisceau d'un laser, en les comptant et en les caractérisant). C'est une maîtrise de compétences techniques que l'on peut appliquer à différentes activités et qui nous permet de nous reconvertir facilement" explique Vincent Carré le directeur de Carcidiag.
 
L'entreprise Carcidiag de Guéret va développer des tests sérologiques qui détectent la présence indirecte du coronavirus.
L'entreprise Carcidiag de Guéret va développer des tests sérologiques qui détectent la présence indirecte du coronavirus. © Carcidiag


L'entreprise guéretoise va donc développer des tests sérologiques qui détectent la présence indirecte du virus. Des tests pratiqués par des prises de sang classiques, faites par une infirmière et grâce auxquels on détecte dans le sang des anticorps révélateurs du contact entre l'organisme et le virus. Si ces anticorps sont présents, cela veut dire, en théorie, que la personne est immunisée, même si la durée de cette immunité est encore très floue. Ces tests sérologiques sont importants, car ils indiquent quelle proportion de la population a été en contact avec le virus et donc la proportion d'immunisés. Sachant que les scientifiques considèrent que passé le seuil de 60 à 70% de la population infectée, la circulation du virus s'arrête naturellement.

Des tests plus précis ?

"Nous travaillons sur les tests Elisa comme les autres laboratoires. Mais nous allons adapter la technique Elisa à une autre technologie d'analyse : la cytométrie en flux que nous utilisons donc normalement pour nos kits de détection du cancer. C'est une méthode réalisée avec un appareil qui permet une plus grande sensibilité et donc des résultats plus fins et plus précis. A priori nous sommes seuls sur ce créneau, je n'ai rien vu d'équivalent ailleurs" se félicite le patron du laboratoire. 

Une technologie plus précise qui va peut-être aider à résoudre le problème de fiabilité que rencontrent les tests sérologiques et qui pose gravement question ces dernières semaines. En effet de nombreux cas de faux positifs ou faux négatifs ont été recensés.

"Aujourd'hui, il y a des problèmes de fiabilité sur tous les tests y compris les PCR (le long écouvillon dans le nez) avec lesquels peut avoir des faux positifs et négatifs. Le PCR peut donner jusqu'à 30 ou 40 % de faux négatifs ou positifs. A l'avenir, il faudra sûrement faire les deux tests. En cumulant les deux tests, PCR et sérologique, on peut atteindre jusqu'à 90-95% de fiabilité des résultats" confirme Vincent Carré.

Autre élément de satisfaction, les tests seront 100% made in Creuse. Carcidiag va en effet sous-traiter la fabrication au laboratoire Centrelab lui aussi basé à Guéret. Sa capacité de production pourrait rapidement atteindre 50 000 tests par jour. Des clients potentiels se sont déjà manifestés : la région Auvergne-Rhône-Alpes a sollicité la société guéretoise pour participer aux appels d'offre qui vont être lancés. Le laboratoire compte aussi se positionner pour fournir la région Nouvelle-Aquitaine. La visite du président de région ne peut-être qu'un signe encourageant.
   

Des emplois à la clé

Pour autant, Carcidiag ne va pas arrêter sa production de kits pour le cancer. Mais le Coronavirus va représenter une opportunité d'accélération du développement du laboratoire et va le conduire à faire évoluer son modèle économique.
"Ça va compléter notre gamme de produits disponibles. On va proposer une gamme de tests appliqués à tout ce qui concerne la santé humaine et plus spécifiquement à tout ce qui est virologie ou infection bactérienne. La crise nous permet d'aborder rapidement ce marché-là mais nous avions l'intention de venir sur ce terrain à moyen terme" constate Vincent Carré.

Le virus étant certainement présent dans nos vies pour un moment, le marché est évidemment conséquent. Ces tests ont donc de fortes chances d'être un gros débouché, entre les laboratoires, les régions et les départements qui vont vouloir en faire l'acquisition. Carcidiag envisage donc de monter une unité spécifiquement dédiée à des kits de détection tournés vers la virologie. Et qui dit montage d'unité dit embauche.

La société compte actuellement dix personnes. Une campagne était déjà en cours pour recruter d'ici quelques semaines une à deux personnes pour étoffer la partie commerciale. Cet été, deux embauches de plus étaient prévues et notamment celle d'un directeur commercial, plutôt bienvenu. A minima, l'activité consacrée aux tests permettra l'intégration de deux à trois personnes de plus.
 

Visite de Cacidiag (France 3 Limousin - mars 2019)
Page emploi : Carcidiag Biotech

 
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