Les sous-traitants limousins de l'aéronautique doivent se réorganiser

Le secteur aéronautique est durement touché par la crise sanitaire depuis mars 2020. Les grands groupes sont touchés ainsi que de nombreux sous-traitants qui doivent s'adapter et veulent préserver leur savoir-faire. Reportage dans deux PME à Limoges et Brive.

Un opérateur en micro-mécanique chez Debitex à Brive.
Un opérateur en micro-mécanique chez Debitex à Brive. © TM/FTV

Dans les ateliers de Debitex, dans la banlieue de Brive, des opérateurs façonnent des pièces de quelques centimètres notamment pour des moteurs d'avions. Après la chute du trafic aérien au printemps 2020, l'espoir est revenu en septembre mais l'activité reste limitée.

"On pensait qu'on avait passé le cap en octobre et novembre car on avait pas mal de commandes puis ce fut la dégringolade en décembre. On se rend compte que cela va être compliqué en 2021, plus qu'en 2020" explique Elisabeth Pestrimaux, responsable d'atelier.

La société de micro mécanique Debitex avec ses 28 salariés dépend à 50 % de l'aéronautique, secteur florissant jusque là. Résultat : presque la moitié du chiffre d'affaires perdu l'an dernier. Et la crise a stoppé les projets de développement. Un grand hangar a par exemple été construit pour accueillir plusieurs machines mais il est pour l'instant vide. L'entreprise navigue désormais à très court terme, à trois semaines au lieu de trois mois avant. Heureusement les commandes continuent pour l'aéronautique militaire, le nucléaire ou l'optique. Les salariés travaillent 35 heures au lieu de 39 mais gardent leur salaire complet, grâce aux aides de l'Etat. Un trou dans la trésorerie mais un choix assumé par le gérant.

On essaie de maintenir notre personnel. On a pas licencié jusqu'à présent. Est-ce qu'on pourra le faire encore longtemps ?  Je ne sais pas trop. Et on garde notre savoir-faire pour que lors du redémarrage tout soit prêt.

Eric Dupinet, directeur général de Debitex.

Continuer l'apprentissage

Près de limoges, Lacotte industrie, autre sous traitant, a perdu près de 30 % de son chiffre d'affaires en 2020. Depuis le printemps dernier, les cadences des machines outils ont fortement baissé.

"Ce robot là ne tourne pas depuis 6 mois" indique Christophe Sécheret, dirigeant de l'entreprise. "On l'avait acheté pour faire des pièces pour l'A320 notamment,  la matière est à côté depuis juin."  Le robot devait tout de même repartir. 

Après des mauvais résultats en 2019, dus à des annulations de commandes, le patron a dû licencier l'an dernier plusieurs salariés sur la trentaine en tout. Malgré les incertitudes, il veut croire en l'avenir en formant deux apprentis.

Les commandes militaires limitent la casse,  avec la production de pièces pour des véhicules blindés construits à limoges. Un nouveau marché.

"On essaie de se diversifier de plus en plus en restructurant la société. Pour être agile et faire face à l'année 2021 qui risque d'être rock'n'roll" précise le patron.

Choix difficiles

Le réseau "mécanic vallée" qui regroupe près de 200 sociétés avec 12 000 emplois (du nord de la Haute-Vienne jusqu'à l'Aveyron) conseille et encourage aussi les plus dépendants à l'aéronautique à trouver d'autres débouchés avec leurs compétences. "Il y a des secteurs d'avenir comme l'éolien offshore, la méthanisation ou encore l'hydrogène" indique Hervé Danton, délégué du réseau.

Les entreprises peuvent aussi se tourner vers les chambres de commerce et d'industrie (CCI) qui peuvent les orienter vers des dispositifs d'aide de l'Etat ou du conseil régional. "On les accompagne mais on sait que les choix sont difficiles. En temps normal, les changements de stratégie nécessitent des mois de réflexion et là ils sont dans l'urgence pour décider" indique Fanny Villégier, conseillère aux entreprises industrielles de la CCI 87, sur le plateau de France 3 Limousin.

Les entreprises de pointe se trouvent toujours dans une inquiétante zone de turbulences, sans compter qu'une relance de l'industrie aéronautique prendra plusieurs années, au moins dix ans pour certains.

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