Deux-Sèvres : un ancien autocar scolaire transformé en habitat d’urgence

Cinq amis ont décidé de réaménager un autocar pour en faire un hébergement d’urgence pour des personnes sans domicile fixe.

Le bus qui va servir d'abris d'urgence pour Emmaüs
Le bus qui va servir d'abris d'urgence pour Emmaüs © Thierry Weber

À Vasles, l’hiver dernier, une discussion s’engage autour d’une personne sans domicile fixe qui chercherait un logement d’urgence. Cela va être le point de départ de l’aventure. L’idée germe alors de retaper un autocar pour en faire un lieu de vie. “La bonne fée nous a éclairés. Ramon a pensé à ses bus et j’ai dit qu’on pouvait en prendre un pour le transformer en bus d'hébergement d’urgence” explique Thierry Weber, cofondateur du projet et président de l’association “un bus pour les abriter”. 

Car Ramon Gonzalez, qui dirigeait les transports Chargelègue, avait eu la bonne idée de conserver deux autocars scolaires dans un hangar. Et c’est un vieux Mercedes V6 de 25 ans qui va reprendre du service.

Premier tour de clé

La remise en route ne va pas aller de soi. Après treize années à l’arrêt, le véhicule a besoin d’un petit coup de pouce. Il faut changer la batterie et la vitre arrière.

Remise en route de l'autocar qui sera transformé en hébergement d'urgence
Remise en route de l'autocar qui sera transformé en hébergement d'urgence © Thierry Weber

Mais l’autocar n’est pas encore en état de rouler : “Il y avait une durite de gazole qui fuyait” explique Thierry Weber. La pièce mécanique est fabriquée sur mesure et offerte par les établissements Redien de Niort. Mais au premier essai, impossible de passer les vitesses, c’est un copain mécanicien qui vient à la rescousse. En fait, c'est un réseau déjà bien tissé qui se penche au chevet du bus.

C’est seulement le 8 avril dernier que le moment tant attendu arrive. Premier tour de clé et l’autocar redémarre pour la première fois. Dans quelques jours, ce beau bébé de plusieurs tonnes va donc pouvoir prendre la direction de Sainte-Néomaye où Alain Brangier, agriculteur à la retraite, a proposé de l’héberger pendant sa restauration. Le bus y sera garé pour y être aménagé.

Du pain sur la planche

Même si le véhicule est désormais roulant, c’est maintenant que les choses sérieuses vont commencer. L’autocar est dans son jus. Un joli bébé de dix mètres de long et deux mètres cinquante de large mais qu’il faut désormais relooker de la tête aux pieds.

La main-d'œuvre ne manque pas, motivée et très éclectique. Il y a un agriculteur, un spécialiste en marketing, un chef d’entreprise, un céramiste et un gynécologue-obstétricien.

Alors mi-avril, les cinq bénévoles se mettent au travail sans plus tarder. Le futur hébergement d’urgence est entièrement vidé. Les quarante et un sièges sont démontés, les sols et les murs décollés. Une mise à nu nécessaire avant le rhabillage du futur logis.

L'autocar est entièrement vidé avant sa transformation en hébergement d'urgence
L'autocar est entièrement vidé avant sa transformation en hébergement d'urgence © Thierry Weber

Parmi les bonnes surprises il y a déjà un système de chauffage indépendant au moteur et des toilettes puisqu’il s’agissait d’un autocar scolaire et touristique.

Mais pour équiper le véhicule il va désormais falloir investir et notamment acheter les matériaux tels que le bois et l’isolant. Puis il s’agira d’équiper l’espace de vie ; acheter les éviers, le bac à douche, la robinetterie, l’électroménager (frigo, plaques, four…). L’espace nuit quant à lui sera équipé de quatre couchettes et d'une banquette gigogne pouvant accueillir deux personnes supplémentaires.

Des démarches administratives

Pour donner un coup d’accélérateur et structurer leur projet, les cinq sexagénaires décident de créer l’association d'intérêt général “Un bus pour les abriter”. Un statut qui va leur permettre de continuer l’aventure. 

Parmi les démarches à accomplir ils vont devoir faire homologuer l’engin comme VASP (véhicule automoteur spécialement aménagé pour le transport de personnes).

En parallèle, les copains devaient trouver le bénéficiaire de leur projet. En janvier dernier, c’est vers une association caritative locale qu’ils s’orientent très rapidement. "Nous avons cherché un partenaire, c'est-à-dire un organisme qui s'occupe des sans-abris et nous avons rencontré les dirigeants d'Emmaüs Niort. L'entente et la compréhension ont été immédiates” souligne Thierry Weber. 

La communauté Emmaüs de Prahecq est immédiatement séduite, elle qui est souvent sollicitée par des communes ou des associations pour héberger des personnes dans la précarité, précise le bénévole. “Ils détiennent une grande surface de vente mais ils n’ont pas de place d'hébergement supplémentaire et ne peuvent pas construire car ils sont sur une zone inondable”.

Pour eux c’était la solution miracle.

Thierry Weber, président de l’association “un toit pour les abriter”

L'autocar leur sera offert dès qu'il aura été aménagé et homologué. Emmaüs gérera son utilisation et sa localisation.

L'autocar Mercedes V6 qui sera transformé en hébergement d'urgence
L'autocar Mercedes V6 qui sera transformé en hébergement d'urgence © Thierry Weber

Un appel aux dons

Mais en attendant la livraison, il devient nécessaire de trouver des financements pour l’aménagement de ce futur habitat d’urgence. “Le budget global est estimé par le collectif entre 6.000 et 8.000 euros” précise Thierry Weber.

Pour récolter les fonds, ils ont lancé un appel aux dons via la plateforme Yalta. L’équipe n’est pas inquiète, des premiers dons ont déjà été collectés.

Le projet semble séduire un plus grand nombre alors ils vont continuer à communiquer sur les réseaux sociaux via leur page Facebook Un bus pour les abriter. “Nous allons poster des photos de l’autocar étape par étape” précise Thierry Weber.

Si tout va bien, c’est à l’horizon d’octobre 2021 que la livraison est prévue chez Emmaüs.

Le second autocar va peut-être lui aussi retrouver une seconde vie, pour le même concept ou pour tout autre chose.

Dans les tuyaux l’idée d’un “site mobile de formation” pour des organismes qui auraient besoin de se délocaliser. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

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