Les agriculteurs autorisés à piéger les sangliers pour lutter contre leur prolifération en Dordogne

Depuis le 1er avril et sous certaines conditions, les agriculteurs de 97 communes de Dordogne vont pouvoir piéger les sangliers, dans le cadre d'une lutte contre la prolifération occasionnant des dégâts notamment sur les terres agricoles.

En dix ans, la population de sangliers a augmenté de près de 80 %, une présence encombrante de ces mammifères qui ravagent les cultures sur leur passage.

Chez Florian Lacroix, ce jour-là, on peut voir une belle mare au milieu de son champ. C'est en fait un "souvenir" laissé par un sanglier, un énorme trou qui s'est rempli d'eau avec les dernières pluies. L'agriculteur de Castelnaud-la-Chapelle a malheureusement l'habitude de ces incursions inopinées de la faune sauvage sur ses terres. Cette commune, près de Sarlat en Dordogne, est particulièrement boisée. "Le gros problème, c'est la perte de récolte, la perte économique" qui signifie aussi "le manque de fourrage pour le cheptel et puis, au moment de la fenaison, ça endommage le matériel".

Et il n'est pas le seul à avoir constaté cette "cohabitation" difficile tant pour sa profession que pour les particuliers découvrant les taupinières à ciel ouvert creusées par leurs groins dans leur parcelle de jardin.

Lutter contre la prolifération

Face à cette situation, les agriculteurs s'organisent. Depuis trois ans, ils ont testé différentes méthodes de piégeage.

D'après Yannick Francès, de la Chambre d'agriculture de la Dordogne, il fallait "chercher des moyens complémentaires pour faire baisser cette population". Parce que la chasse seule ne suffisait plus.

Il faudrait tuer 30 000 sangliers par an, alors que les chasseurs arrivent péniblement à en tuer 20 000 par an.

Yannick Francès

Vice-Président de la Chambre d'Agriculture de Dordogne

Des décrets

L’objectif est de réguler la population pour réduire les dégâts occasionnés par les sangliers. C'est pourquoi, le sanglier de Dordogne fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux.

Le premier, daté du 12 mars, fixe la liste, les périodes et les modalités de destruction des animaux classés localement comme "susceptibles d'occasionner des dégâts" dans le département de la Dordogne pour la saison cynégétique 2023-2024. Il est valable jusqu'au 30 juin 2024.
Ce classement permet de lutter contre la prolifération des sangliers en Dordogne par piégeage "en complément des actions de chasse". 

Le second arrêté prolonge la période de chasse du sanglier du 1er avril au 31 mai 2024. Ainsi, "uniquement dans le cadre de la protection des semis, les agriculteurs chasseurs titulaires du permis de chasse ET de leur droit de chasse pourront tirer à l’affût ou à l’approche sur les sangliers et après autorisation préfectorale délivrée au détenteur du droit de chasse".

Piégeage autorisé

Depuis le 1er avril et jusqu'au 14 août, les agriculteurs périgourdins sont donc autorisés à piéger les sangliers. Une démarche très encadrée et limitée à 97 communes de Dordogne.

Ce piégeage pourra être mis en œuvre "uniquement par le propriétaire ou le fermier sur sa propriété ou son exploitation" et sera possible "dans 97 communes de Dordogne sur lesquelles les dégâts aux cultures sont les plus importants ou qui sont concernées par la tuberculose bovine (potentiellement transmissible par la faune sauvage, ndlr)".

Cette autorisation de piégeage s'appuie sur les conclusions d'un groupe de travail "sanglier", composé de représentant de la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS) a été créé en 2018.
Une expérimentation a été menée durant trois ans entre 2021 et 2023 sur le piégeage du sanglier par les agriculteurs sur leurs terres, hors des périodes de chasse avec un bilan positif puisque la méthode est efficace en complément de la chasse si la communication est assurée entre différents acteurs, agriculteurs, chasseurs, élus.

⇒ Les explications des journalistes de France 3 Périgord

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Depuis le 1er avril et sous certaines conditions, les agriculteurs de 97 communes de Dordogne vont pouvoir piéger les sangliers, dans le cadre d'une lutte contre la prolifération occasionnant des dégâts notamment sur les terres agricoles. Reportage : Hermine Costa et Camille Michelland. ©France télévisions

Durant cette période, les agriculteurs ont pu mettre au point des méthodes de piégeage, selon un protocole très cadré par les lieutenants de louvèterie qui venaient, ensuite, abattre les animaux. Aujourd'hui, comme l'explique Yannick Francès, "les animaux pris appartiennent aux agriculteurs qui auront construit leurs pièges". Il précise également qu'ils doivent faire, en amont, "une déclaration auprès de la préfecture" et recevoir une formation.

⇒ Voici la liste des communes concernées

Le sanglier, ennemi numéro 1 ?

Malgré les battues régulières menées par les chasseurs, les sangliers prolifèrent dans les massifs forestiers mais pas seulement. Il n'est pas rare de les voir aux abords des habitations, dans les jardins et surtout dans les champs. Il faut dire que c'est un comportement alimentaire classique de ce mammifère qui recherche, sous terre, des vers, des glands ou des racines pour se sustenter. 

D'un côté, on a reproché souvent aux chasseurs de veiller à maintenir la présence de ce gros gibier qu'ils n'auraient pas intérêt à voir diminuer. D'un autre côté, les cultures intensives de type maïsiculture ont créé un déséquilibre en donnant aux sangliers en quelque sorte le "gîte et le couvert" (très facile de s'y cacher), favorisant une reproduction et la sédentarisation des cheptels.
Des hivers doux et les après tempêtes dans les massifs forestiers ont également contribué à créer des zones de bois à terre moins accessibles qui ont également favorisé leur prolifération.

Ce nouveau dispositif pourrait permettre de limiter la prolifération de cette faune sauvage souvent à l'origine de tensions entre les agriculteurs, les chasseurs, voire les automobilistes puisque leur nombre peut également constituer un risque supplémentaire sur la route.