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Et si Lascaux rouvrait au public...

Yves Coppens, le président du Conseil scientifique de Lascaux IV. / © Lionel Bonaventure, A.F.P
Yves Coppens, le président du Conseil scientifique de Lascaux IV. / © Lionel Bonaventure, A.F.P

Le grand public s'était fait une raison mais une déclaration d'Yves Coppens hier lors de l'inauguration du fac-similé de la grotte ornée a relancé les espoirs. Le scientifique est à la tête d'une mission chargée de protéger la cavité des attaques bactériologiques. 

Par G.D (avec l'A.F.P)

En marge de l'inauguration du Centre international d'art pariétal par le chef de l'état (qui abrite le fac-similé dit Lascaux IV), Yves Coppens est revenu sur l'état de la grotte originale fermée au public depuis 53 ans. Et pour le président du Conseil scientifique du site, elle pourrait de nouveau accueillir des visiteurs, comme il l'a dit au micro de France Bleu Périgord.  



La grotte de Lascaux est "tranquille" mais reste "fragile", selon Yves Coppens. 

Algues vertes, champignons blancs, taches noires: depuis sa découverte en 1940, la grotte ornée de Lascaux en a vu de toutes les couleurs mais ces sept dernières années, "elle est restée tranquille" et n'a pas connu de crise, déclare Yves Coppens, président du Conseil scientifique du site.

Agée de 18.000 ans environ, "la grotte est très stable", indique le paléoanthropologue appelé au chevet de la grotte en janvier 2010 par Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture.

A l'époque, la polémique enflait, l'Etat français étant accusé par des associations de ne pas réussir à conserver la grotte, fermée au public depuis 1963 mais gagnée au milieu des années 2000 par d'inquiétantes taches noires.

Et l'Unesco menaçait de mettre la grotte, classée au patrimoine mondial, sur la liste du patrimoine en danger

, rappelle Yves Coppens.

Professeur honoraire au Collège de France, le co-découvreur de la célèbre australopithèque Lucy, âgé de 82 ans, s'est entouré d'experts français et étrangers pour former un Conseil scientifique international indépendant.

"J'ai eu beaucoup de chance. Pendant ces sept années, la grotte a été d'un calme... Elle a été très sympa avec moi", dit Yves Coppens dont le deuxième mandat de président s'achève l'an prochain.

"Cela étant dit, nous restons extrêmement vigilants. La grotte reste fragile".

Placée sous la garde d'une conservatrice du patrimoine, Muriel Mauriac, en limite de façon très rigoureuse l'accès, au point d’avoir refusé à François Hollande le privilège d’y descendre hier avant l’inauguration du fac-similé Lascaux IV.

C'est une grotte vivante, la météo s'y reflète, elle est habitée par toutes sortes de micro organismes, de champignons, et même des petits insectes.


"Ma démarche été de mieux comprendre ce qu'était la grotte, ce qui s'y passait, pour mieux agir ensuite". Avec des experts en hydrologie, biologie, géologie, et étude du sol notamment, "nous avons cerné tous les dangers" pour la grotte.

Les taches noires


Un des principaux "soucis" restent les "étranges taches noires", qui ont fait l'objet d'un traitement avant l'arrivée d'Yves Coppens mais pas depuis.

Elles sont en réduction dans la plupart des zones de la grotte mais nous restons vigilants. Elles sont troublantes car parfois elles se développent, parfois elles régressent. Elles restent petites et n'ont pas affecté les surfaces ornées


Autre "préoccupation": "les vermiculations", petites excroissances à la fois minérales et organiques apparues sur des fissures de la roche. "C'est un phénomène banal mais nous avons toujours peur que cela finisse par jouer un tour aux peintures, même si ce n'est pas le cas actuellement". "Nous sommes en train de trouver des moyens de réduire ce phénomène, voire de l'empêcher", assure-t-il.

Plusieurs actions concrètes ont été menées ces dernières années dans la grotte. "Nous avons changé toute la machinerie de ventilation car elle commençait à rouiller. Une opération délicate qui s'est bien passée". "Et nous avons arrêté de pomper le gaz carbonique", après plusieurs années d'extraction.

e paléontologue et préhistorien français Henri Breuil (3ème D) observe le panneau des aurochs dans la salle des taureaux de la grotte de Lascaux en 1948 à Montignac en Dordogne, en compagnie d'autres archéologues et de deux des adolescents qui ont découvert la grotte Marcel Ravidat (D, assis) et Jacques Marsal (G, assis). / © A.F.P
e paléontologue et préhistorien français Henri Breuil (3ème D) observe le panneau des aurochs dans la salle des taureaux de la grotte de Lascaux en 1948 à Montignac en Dordogne, en compagnie d'autres archéologues et de deux des adolescents qui ont découvert la grotte Marcel Ravidat (D, assis) et Jacques Marsal (G, assis). / © A.F.P


Les malheurs de la grotte découlent de son aménagement très brutal en 1947, qui a déséquilibré tout l'écosytème. Elle a aussi dû faire face à un afflux de touristes, qui ont rejeté beaucoup de gaz carbonique, jusqu'à sa fermeture au public.

Résultat: elle est tombée malade plusieurs fois. Une invasion d'algues vertes en 1960 est traitée de façon radicale, avec du formol. Puis, en 2000, des taches blanches liées à la prolifération d'un champignon apparaissent sur les bas des parois et sont éradiquées avec un fongicide.

Mais l'emploi de ce dernier a favorisé l'apparition des fameuses taches sombres dues à des champignons, qui ont été traitées par un produit antimousse.

Yves Coppens connaît la grotte depuis longtemps. Vers l'âge de 13 ans, passionné de préhistoire, il était venu admirer la grotte avec ses parents.

J'ai eu la chair de poule. C'était un sanctuaire. Nous étions dans un monde religieux

, se souvient-il.

D'ailleurs, "il me semble que si j'étais seul dans la grotte, j'aurais peur que ces animaux lancés au galop m'entraînent vers les cieux ou les enfers de ces gens...", confie-t-il en souriant.

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