Bronchiolite : le virus fait un retour précoce, l'épidémie va s'installer d'ici "une à deux semaines" en Nouvelle-Aquitaine

Comme en 2022, la Nouvelle-Aquitaine connaît une situation précoce de pré-épidémie de bronchiolite. Malgré l'apparition d'un traitement immunisant pour les bébés, les professionnels de santé s'attendent à un hiver de nouveau difficile et appellent à la vigilance.

Chaque année, le même refrain hivernal : les traditionnelles grippes, gastro-entérites et bronchiolites reviennent perturber la vie des Français. Pour cette dernière, la perturbation est même plus rapide que prévu en Nouvelle-Aquitaine. Alors que cette "épidémie saisonnière débute généralement mi-octobre", selon les données du ministère de la Santé, cette année, la région est déjà classée en pré-épidémie depuis le 4 octobre.

Cette situation pré-épidémique précoce se traduit par "un dépassement, pour tous les indicateurs, des seuils d'activité normale", d'après Gaëlle Gault, épidémiologiste à la cellule régionale Nouvelle-Aquitaine de Santé Publique France. Des indicateurs comme "l'augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations en suivant, ainsi qu'une augmentation des actes de SOS Médecins" pour la bronchiolite. La semaine dernière, l'établissement public a relevé "7 % de passages aux urgences chez les moins de deux ans pour bronchiolite", pour un taux d'hospitalisation de "35,4 % après passage aux urgences".

La bronchiolite, qu'est-ce que c'est ?

Il s'agit d'une "infection respiratoire des petites bronches", due à plusieurs virus différents. "On retrouve le VRS (virus respiratoire syncytial), mais aussi les rhinovirus, et ce sont d'ailleurs eux qui circulent majoritairement en ce moment", détaille Gaëlle Gault.

Cette maladie touche principalement les enfants de moins de deux ans ; les adultes et enfants plus grands peuvent être porteurs du virus, sans pour autant développer de symptômes. "Ils peuvent donc être malades, et transmettre le virus sans le savoir", souligne Malik Fetouh, kinésithérapeute respiratoire et directeur d'Aquirespi, réseau de santé respiratoire en Nouvelle-Aquitaine.

Selon les données du gouvernement, 30 % des enfants de moins de deux ans attrapent une bronchiolite chaque année. Généralement bénigne, s'apparentant à un simple rhume avec de la toux, voire à un état grippal, cette maladie peut s'aggraver dans certains cas et provoquer une gêne respiratoire pouvant entraîner une hospitalisation de l'enfant.

Pourquoi cette précocité épidémique dans la région ?

"Depuis 2021 et la période post-Covid, les épidémies sont plus précoces, la saisonnalité des maladies a été un peu perturbée", pose d'emblée l'épidémiologiste Gaëlle Gault. Les gestes barrières et le manque de contacts dus au Covid ont limité l'exposition des systèmes immunitaires aux maladies, les rendant donc plus fragiles. "Avec la fin des mesures barrières, les gens se sont de nouveau retrouvés exposés aux maladies plus traditionnelles, alors qu'ils n'y étaient plus habitués", explique le directeur d'Aquirespi.

Il y a un manque d'immunité de la population en général.

Malik Fetouh, directeur d'Aquirespi

à rédaction web France 3 Aquitaine

Le climat pourrait également expliquer pourquoi la Nouvelle-Aquitaine connaît déjà une situation épidémique, là où d'autres régions habituellement touchées en premier, comme les Hauts-de-France ou l'Île-de-France, ne sont pas encore concernées. "Ici, nous avons un climat chaud et humide, qui favorise les maladies respiratoires, rappelle Malik Fetouh. Par exemple, nous avons beaucoup de cas d'asthme dans la région. Ce n'est pas une réponse certaine, mais pour moi, le facteur climatique peut être une des explications."

Cette précocité épidémique va aussi se traduire par un pic de la maladie plus tôt que les années précédentes. "Depuis 20 ans, on l'observe vers la fin du mois de décembre, autour de Noël, détaille le kinésithérapeute respiratoire. Mais l'année dernière, le pic est intervenu début décembre, et on peut s'attendre à la même chose cette année. Ce qui n'est d'ailleurs pas si mal, puisque moins de médecins sont en vacances à cette période !"

Un hiver sans doute "difficile"

"On se dirige sûrement vers un hiver difficile, comme l'année dernière, avec une triple épidémie covid - grippe - bronchiolite", avertit Malik Fetouh. Une triple épidémie qui pourrait déborder les médecins généralistes, et mettre le système hospitalier en tension.

Une situation que Santé Publique France cherche justement à prévenir, en alertant le plus tôt possible sur la circulation de la maladie. "Signaler qu'on est en période pré-épidémique nous permet d'alerter les professionnels de la santé, ainsi que la population, que l'épidémie à proprement parler va s'installer d'ici une à deux semaines", développe l'épidémiologiste de Santé Publique France.

Alerter permet au secteur de la santé de se préparer, de mettre en œuvre des moyens ; mais aussi d'informer les parents sur les mesures de prévention à adopter

Gaëlle Gault, épidémiologiste à la cellule Nouvelle-Aquitaine de Santé Publique France

à rédaction web France 3 Aquitaine

Côté moyens, un nouveau traitement contre la bronchiolite, le Beyfortus, est accessible aux nourrissons depuis mi-septembre. Il s'administre en une seule injection dans la cuisse, et immunise les enfants au VRS - mais n'empêche donc pas les infections par d'autres virus.

"Ce traitement est une bonne nouvelle, mais il y a déjà des ruptures de stock, regrette le directeur d'Aquirespi. Le gouvernement tablait sur un taux d'acceptation de 30 % par les familles, au final elles ont été 80 % à vouloir traiter leur bébé. Forcément, la production a du mal à suivre."

Si cet hiver sera encore difficile pour le secteur de la santé, ce traitement, ainsi que d'autres en développement, comme un vaccin pour les femmes enceintes, sont autant de signaux encourageants pour une amélioration de la situation épidémique dans les années à venir.

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