Consommation : un centre commercial proposant 100% d'objets recyclés pourrait voir le jour en 2023 à Bordeaux

Un "village pour la nouvelle vie des objets", c'est le concept du projet Ïkos, porté par cinq acteurs du recyclage et réemploi à Bordeaux. Ils souhaitent s'associer pour s'installer sur un site commun, et y créer une galerie commerciale à l'horizon 2023. 

Déchargement de meubles devant l'Atelier d'éco solidaire à Bordeaux, ils seront ensuite revendus par la Ressourcerie. L'Atelier d'éco solidaire fait partie des cinq structures à l'origine du projet Ïkos.
Déchargement de meubles devant l'Atelier d'éco solidaire à Bordeaux, ils seront ensuite revendus par la Ressourcerie. L'Atelier d'éco solidaire fait partie des cinq structures à l'origine du projet Ïkos. © Atelier d'éco solidaire
Du 5 au 11 octobre, c'est la deuxième semaine des ressourceries en France, et l'occasion de faire le point sur le projet Ïkos, en gestation depuis plusieurs années à Bordeaux. 

Pour Ïkos, tout commence en 2017 : la métropole lance un appel à projet pour un terrain situé sur l'ancienne décharge de Labarde. Le Relais, l'Atelier d'éco solidaire, le Livre Vert, R3 et les compagnons bâtisseurs décident d'y répondre ensemble pour créer Ïkos, le "village du réemploi, de la réparation et du recyclage à Bordeaux". 

Qu'ont de commun ces cinq structures ? Elles opèrent toutes dans le domaine du réemploi des objets et, pour la majorité d'entre-elles, dans la réinsertion par l'emploi.

Ainsi, le Relais récupère puis revend ou recycle les vêtements via les boutiques Ding Fring. L'Atelier d'éco solidaire est une ressourcerie pour les objets et meubles, le Livre Vert valorise, comme son nom l'indique, les livres d'occasion, R3 gère les encombrants des bailleurs sociaux, et enfin, les Compagnons Bâtisseurs font de la formation professionnelle et ont créé une plateforme de réemploi des matériaux de construction. 
 
Le projet Ïkos présenté par un rassemblement de structures du réemploi dans la Métropole de Bordeaux. Il permettrait de rassembler et d'étendre les sites de productions pour "upcycler' plus d'objets, mais aussi de créer une galerie commerciale complète.
Le projet Ïkos présenté par un rassemblement de structures du réemploi dans la Métropole de Bordeaux. Il permettrait de rassembler et d'étendre les sites de productions pour "upcycler' plus d'objets, mais aussi de créer une galerie commerciale complète. © Agence A/NM/A
 

Plus de recyclage et plus d'emplois 

"Nous faisons le constat que les volumes qui arrivent aux portes des entrepôts ne font qu'augmenter, et cela devient de plus en plus difficile de tout traiter", souligne Marion Besse, ancienne directrice du Relais en Gironde, qui pilote désormais le projet Ïkos.

"Nous sommes tous locataires de nos terrains, avec des baux privés, et cette situation ne nous semblait pas pérenne",
précise-t-elle. 

Nous traitons actuellement 7 000 tonnes d'objets, vêtements, livres...par an, avec 140 emplois. Avec Ïkos, cela nous permettrait de doubler les volumes et les embauches.

Marion Besse, chargée du projet Ïkos

Une galerie marchande "complète"

Outre les sites de production des cinq entreprises, le projet proposé à la Métropole de Bordeaux prévoit la création d'une véritable galerie marchande du réemploi, à l'image de ReTuna, en Suède, le "premier centre commercial du monde à ne vendre que des objets recyclés". 

Cet espace de vente devrait occuper 2 000m2 sur les 17 000 m2 total du site.

Il faut faciliter à l'offre pour que les comportements changent. C'est pourquoi nous souhaitions proposer tous les produits de consommation courante au même endroit, comme une grande surface classique.

Marion Besse

"Nous sommes allés chercher d'autres acteurs pour compléter notre offre". Petit à petit, le projet IKOS s'étoffe, rallié récemment par Envie, qui rénove et revend de l'électroménager, la Recyclerie sportive de Mérignac, Echanges Nord-Sud, qui transforme les fruits et légumes invendus en conserves, etc. "Il nous manque encore un acteur qui proposerait des jouets de seconde main", ajoute Marion Besse. 


→ Reportage de France 3 sur ReTuna, l'inspiration du projet Ïkos. 

 
Pédagogie et recherche 

En plus de rassembler les structures pour leur permettre de croître et la création de cette galerie commerciale, le projet Ïkos comporte un troisième volet : celui de la sensibilisation au réemploi par la pédagogie.

"Il faut qu'on explique, qu'on montre et qu'on forme", développe Marion Besse. Cela passera par l'organisation d'ateliers de création et de réparation, des animations variées, mais aussi des visites à destination du grand public et des scolaires. "Les enfants pourront tout découvrir sur le même site, ce sera beaucoup plus simple que d'aller d'une structure à l'autre, comme nous avons déjà tenté de le proposer à des classes".  

Enfin, le dernier enjeu de la création d'Ïkos est celui de la recherche et du développement. "Aujourd'hui, le réemploi est moins étudié que le recyclage. Pourtant, le réemploi crée plus de valeur, coûte moins cher, et créé du lien social", plaide Marion Besse. 

→ Vidéo de présentation du projet Ïkos : 
  

À la recherche du terrain idéal...  

Las, le terrain initialement envisagé est celui de l'ancienne décharge de Labarde, il est beaucoup trop pollué. C'est ici que sera finalement construite la plus grande centrale solaire d'Europe (lien France Bleu Gironde). 

Après cette première déconvenue, un deuxième site est envisagé, sur la zone de la Jallère... "Nous n'étions pas du tout au courant de tous les enjeux environnementaux du terrain" explique Marion Besse.

Car l'aménagement de la Jallère est devenu un sujet politique des dernières années, et plus encore pendant la campagne des municipales : il s'agit d'une zone encore non construite au nord de Bordeaux, que les écologistes souhaiteraient voir transformée en forêt plutôt qu'urbanisée. Le projet Ïkos n'y verra donc pas le jour. 
 
 
Pendant la campagne des municipales, l'équipe d'Ïkos a lancé un grand appel à soutiens, avec l'aide d'une agence de communication, pour sensibiliser les différents candidats à ce projet. 

Désormais, trois pistes sont à l'étude : "le premier terrain envisagé est sur une partie de l'ancien site Ford de Blanquefort. Ensuite, sur la zone aéroportuaire de Mérignac, un terrain sera bientôt disponible. Et notre troisième option est un autre site de la ville de Bordeaux", énumère Marion Besse. 

Trois ans après la première ébauche d'Ïkos, le projet devrait devenir un peu plus concret prochainement : "nous espérons avoir une réponse définitive pour un terrain d'ici la fin de l'année 2020".

Et si d'autres déconvenues ne viennent pas ralentir la construction d'Ïkos, l'ouverture pourrait avoir lieu en 2023
 
→ Une boutique ephémère Ïkos à Bordeaux-Lac 
Pour rendre Ïkos plus concret dès aujourd'hui, une boutique ephémère dédiée au réemploi sera ouverte à partir du 31 octobre 2020 au sein du centre commercial Bordeaux-Lac, annoncent ce mercredi 7 octobre les porteurs de projet. 

Ce commerce de 350 m2, ouvert pour une durée de six mois, proposera des vêtements et accessoires en partenariat avec Ding Fring, des livres et autres produits culturels avec le Livre Vert, ainsi que des objets de déco de l'Atelier d'éco solidaire. 
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