Mérignac : le combat d'une mère pour trouver un logement adapté pour son fils handicapé

Kelyan, 14 ans, est atteint de la myopathie de Duchenne et doit se déplacer en fauteuil roulant électrique. Depuis un an et demi, sa mère se bat pour trouver un logement adapté... En vain.

Kelyan vit à Mérignac avec ses parents (ici sa mère Joyce) et ses frères et soeurs.
Kelyan vit à Mérignac avec ses parents (ici sa mère Joyce) et ses frères et soeurs. © Joyce Agbonson

Ramper au sol pour se déplacer d'une pièce à l'autre : depuis peu, voilà à quoi est contraint Kelyan. Atteint de la myopathie de Duchenne, une maladie dégénérative musculaire, cet adolescent de 14 ans doit se déplacer en fauteuil roulant électrique. Dans son appartement de Mérignac où il habite avec ses parents, son frère et sa sœur, la taille imposante de l'appareil l'oblige à le laisser dans l'entrée, alors qu'il est de moins en moins capable de marcher.

Depuis décembre 2019, sa mère Joyce a entamé des démarches pour trouver un nouvel appartement plus spacieux, dans lequel Kelyan aurait sa propre chambre (il la partage actuellement avec son frère) et pourrait circuler librement. Sans succès jusqu'à présent : "J'ai fait les démarches pour demander la mutation comme on m'a dit de le faire. A chaque fois, on me répond hors sujet, on me dit que le message sera transmis au gestionnaire, mais jamais personne ne me rappelle. Ou alors c'est pour me dire qu'ils n'ont rien pour nous, et de nous tourner vers d'autres bailleurs sociaux."

Selon Mesolia, actuel bailleur social de la famille, le problème est à la fois structurel et conjoncturel. "Nous sommes sur la Gironde, un secteur très tendu, explique Christine Monnier, directrice adjointe de la gestion locative. Au 31 décembre, nous avions 55 000 demandes de logement, dont 40 000 sur Bordeaux Métropole. On n'en produit pas autant chaque année, il y a effectivement un déficit."

Par ailleurs, "l'année 2020 a été très particulière, poursuit-elle. Le taux de rotation s'est effondré avec beaucoup moins de départs, et l'arrêt des travaux pour les entreprises du bâtiment a retardé de nombreuses constructions. Malheureusement, nous en sommes au troisième confinement, et nous sommes encore sur une rotation basse avec des livraisons qui ont tendance à se décaler dans le temps."

On nous dit qu'on est prioritaire, mais ce n'est pas du tout le cas.

Joyce, maman de Kelyan

Dans l'agglomération de Bordeaux, la concurrence est féroce. Malgré la situation de Kelyan, le soutien du GIHP (Groupement pour l'Insertion des Personnes Handicapées Physiques) et de l'AFM-Téléthon, la famille voit ses demandes rejetées les unes après les autres. "Quand on a un enfant handicapé ou qu'on l'est soi-même, on nous dit qu'on est prioritaire, mais ce n'est pas du tout le cas, dénonce Joyce. En 2017, on cherchait déjà à déménager. Le responsable du pôle logement du GIHP nous avait trouvé une maison de plain pied à Martignas-sur-Jalle, parfaite pour nous, mais on ne l'a pas eue."

Autre exemple : "Mon conjoint travaille à Bordeaux Métropole, qui a un contingent de logements pour ses agents. On a fait les demandes, mais l'assistante sociale nous a dit que c'était très compliqué et que les logements sociaux étaient très mal gérés. Certains sont adaptés aux personnes en situation de handicap, mais sont attribués à des gens qui ne le sont pas."

"Cette famille fait effectivement partie des publics prioritaires, mais les bailleurs sociaux ont une typologie d'une quinzaine de cas : une personne sans logement sera aussi prioritaire, tout comme une personne menacée d'expulsion ou une qui souffre de violences intra-familiales, explique Christine Monnier. Quand un logment est prévu pour un certain type de handicap, on fait en sorte de reloger les personnes concernées. Mais si au moment où il se libère il n'y a pas de demandeur correspondant à ce profil, on ne peut pas garder un logement vacant indéfiniment." 

De refus en refus

Leur appartement étant considéré comme trop récent, la famille de Joyce et Kelyan n'est pas éligible à la bourse au logement, et ses demandes ne sont pas suffisamment anciennes pour entrer dans les critères de la loi Dalo (Droit au logement opposable). Ses démarches auprès de Gironde Habitat et Domofrance n'ont pas rencontré davantage de succès. Du côté de la mairie, même son de cloche. A Mérignac comme dans la plupart des communes alentours, seuls 10 % des logements sociaux sont gérés par la municipalité. De quoi réduire drastiquement les possibilités, déjà minces, de trouver l'appartement de type 5 (avec quatre chambres) tant recherché.

Alors pour faire réagir, Joyce a forcé sa nature et dévoilé sa situation sur Facebook. Sur le groupe d'entraide Wanted Community Bordeaux, très prisé des internautes, elle a publié un message accompagné d'une vidéo de son fils au sol, qui a suscité l'émotion et le soutien de nombreuses personnes. "Ces derniers temps, je me disais que quoi que je fasse, rien n'aboutira, raconte-t-elle. Là, je vois que plein de gens essaient de nous aider. C'est très touchant et ça redonne un peu d'espoir." Confrontée à ce post, une employée de Mesolia dit avoir repris son dossier en main.

Le début du changement pour Kelyan et ses parents ? "Avant, c'était le premier à dire non, constate Joyce. Il ne voulait pas changer de collège et perdre ses copains. Mais quand il a vu qu'il ne marchait plus, il m'a dit « maman, comment on va faire ? C'est trop compliqué, je comprends pourquoi tu veux qu'on déménage. » Il aimerait bien être plus autonome et se déplacer en fauteuil à l'intérieur, sans avoir à ramper ou qu'on doive le faire glisser sur le sol pour l'amener d'un endroit à un autre."

"Dès qu'on a une opportunité, on la contactera" assure de son côté le bailleur social. La famille devra néanmoins passer devant une commission d'attribution, mais espère bientôt voir la lumière au bout du tunnel, pour enfin permettre à Kelyan de s'épanouir dans un nouveau logement.

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