Pêche à la lamproie : après l'interdiction, restaurateurs et pêcheurs craignent pour leur avenir

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Écrit par J. Chapman avec K. Jbali

Le couperet est tombé : il est désormais interdit de pêcher des lamproies, poisson emblématique du Sud-ouest, au nom de la sauvegarde de l'espèce. Pour les professionnels, c’est toute une filière qui est en péril.

La lamproie rejoint le club. Comme les saumons ou la grande alose, elle ne pourra plus être pêchée dans les rivières d’Aquitaine. La décision vient du tribunal administratif de Pau. Le 22 avril dernier, il suspend un arrêté autorisant la pêche aux engins et au filet en amont de l’Adour : la lamproie est désormais interdite à la pêche tant professionnelle que familiale.

Espèce en danger

La décision a été prise après la saisie de la juridiction paloise par l’association Défense des milieux aquatiques. Pour elle, c’est toute l’espèce qui était menacée. “C’est le principe de précaution. La population est fragile et il vaut mieux tout arrêter, faire des études en prenant tous les facteurs, pour être sûrs qu’on ne sautera pas le dernier pas avant l’extinction totale”, explique Dylan Millac, trésorier de l’association Défense Milieu aquatique.



Il n’existe aujourd’hui aucun chiffre précis sur la population des lamproies dans la région. “Il y a des comptages au niveau des barrages, et les remontées sont faibles, voire quasi inexistantes. C’est donc difficile de se fier à ces chiffres, nous ne pouvons nous baser que sur ceux des pêcheurs professionnels et amateurs qui déclarent leur pêche”, précise Dylan Millac.

Emblème culinaire 

Dans le département girondin, la lamproie, et sa préparation “à la bordelaise”, était pourtant devenue une véritable spécialité. “C’est un produit phare qui représente 10 % de mes plats vendus en saison, soit près de 30 % des réservations. On ne se démarque pas en proposant du magret ou du ris de veau”, martèle Fabrice Michel, propriétaire du Melchior, à Sainte-Terre.



Si la majorité de ses clients viennent de Gironde, d’autres traversent la région pour goûter à la spécialité bordelaise. “Et puis on a un musée de la lamproie ici, ça attire des touristes, c’est la quasi-totalité des sujets que l’on aborde avec les clients”, assure le restaurateur de Sainte-Terre.

 “On a trois salariés, pour nous, là, c’est terminé”, regrette Sabine Durand, à la tête du Cabestan, aux côtés de son mari, dans le même secteur, sur la rive droite de la Dordogne. 

Filière en danger

Mais pour elle, les pêcheurs sont loin d’être les seuls concernés. “C’est toute une économie locale que l’on fait tourner. Les restaurateurs, les maraîchers et les viticulteurs pour nos préparations et puis les salariés et leurs familles”, rappelle Sabine Durand.


Réunis samedi 14 mai, la filière dénonce une décision arbitraire. “On a déjà des arrêtés qui encadrent la pêche à la lamproie. Nous ne pouvons la pêcher que de décembre à avril et nous étions prêts à limiter nos pêches, en les réduisant de quinze jours”, assure cette femme de pêcheur.

Désormais, ils souhaitent faire appel de cette décision. La préfecture de la Gironde examine d’ailleurs le dossier pour éventuellement constituer un recours. Sans quoi, les lamproies pourraient bien ne pas revenir dans les filets et dans les assiettes, avant 2028.