Covid : à l'hôpital de Libourne, on "pousse les murs" face à la deuxième vague

Face à une vague plus dure qu'au printemps, l'hôpital Robert Boulin de Libourne jongle avec les moyens du bord et commence à déprogrammer des interventions pour affronter le pic épidémique.
© Philippe LOPEZ / AFP
D'ordinaire destiné aux ambulances, le parking des urgences est devenu en quelques tours de vis une vaste salle d'accueil Covid, calfeutrée derrière des palissades en bois et des portes provisoires.

Aux urgences, là où débute le circuit Covid, "on peut commencer à prendre en charge le patient avec tout le matériel sur place", décrit la Docteure Juliane Bosc, responsable de l'organisation des situations sanitaires exceptionnelles, au moment où deux patients de 36 et 80 ans arrivent en brancard, en détresse respiratoire.

Cet hôpital secondaire rayonne sur un bassin rural et viticole de 250.000 habitants couvrant le Nord-Gironde et une partie de la Dordogne et de la Charente-Maritime. L'organisation dédiée Covid y a été réactivée fin septembre devant l'afflux de patients plus nombreux, même si le territoire bénéficie encore d'une relative clémence épidémique.
 

"On fait de la dentelle, de la petite couture"

"On est en train de dépasser le nombre de patients accueillis pendant la première vague", constate Hélène Ferrand, chef du service infectieux. Lundi 9 novembre, 50 patients étaient hospitalisés pour Covid dans le deuxième hôpital aquitain après le CHU de Bordeaux, dont 12 en réanimation, et s'ajoutent 54 autres hospitalisés à domicile dans trois Ehpad.
 

Les prochains jours seront décisifs, mais c'est une course de fond qui nous mènera jusqu'au printemps, avec une gestion du personnel au fil de l'eau.

 Dr Jean-François Parizano, réanimateur et directeur de la médecine de crise.


"On adapte en permanence nos effectifs, pour avoir toujours un coup d'avance", donc des lits d'avance, explique le Docteur Bosc. Car faute de trouver des infirmiers, rares à l'extérieur, l'hôpital s'appuie surtout sur son "vivier" interne pour "armer" des lits Covid. "On fait de la dentelle, de la petite couture", dit le directeur Christian Soubie.
 

Déprogrammation

Dans tous les étages, de la gériatrie à la médecine interne en passant par la rhumatologie et la pneumologie, les spécialités ont pris leur part de Covid, ce qui a permis de doubler de 14 à 30 lits la capacité du service maladies infectieuses. "On grignote de la place", résume Hélène Ferrand. 
Un patient suspecté d'être atteint du Covid-19 est admis aux urgences de l'hôpital de Libourne
Un patient suspecté d'être atteint du Covid-19 est admis aux urgences de l'hôpital de Libourne © Philippe LOPEZ / AFP

Comme "ça ne suffisait pas", l'hôpital s'est résolu à déprogrammer des chirurgies non urgentes en fermant deux des onze blocs opératoires, pour alléger la pression sur la Réa qui frôlait 90% d'occupation. "Toute la difficulté est de mettre le curseur au bon endroit et de ne pas trop déshabiller Jacques pour Paul car il faut concilier Covid et non-Covid", concède le Docteur Parizano.

" Le plus dur, c'est de trouver le personnel"

Pour Sylvain Gaillot, le secrétaire de FO, "ça ne se fera pas sans douleur pour des agents déjà épuisés par la première vague". Depuis ce week-end, les 12 lits du plateau réanimation sont occupés à 100%: tous des Covid.

"On a équipé en réa les soins continus pour augmenter notre capacité à 18 lits et on va pouvoir monter jusqu'à 23 lits. Jusqu'à 23, on sera carré", jauge le Docteur Bernard Gauche, chef de la Réa. Et après? "Avec le matériel qu'on a anticipé", ça devrait "tenir jusqu'à 30 lits".
 

Pousser les murs, ce n'est peut-être pas le plus compliqué, le plus dur c'est de trouver le personnel.

Docteur Bernard Gauche - chef de la réanimation -

Une semaine en réa pour un patient de 34 ans

Par chance, la Réa peut compter sur le renfort de Nicolas Voisin, un élève-infirmier de 30 ans, en spécialisation réanimation. Entre l'habillage et la désinfection, "tout prend du temps", résume-t-il avant de disparaître dans une chambre pour aider quatre soignants à retourner une patiente septuagénaire sur le ventre.

Le plus jeune des patients Covid, 34 ans, a passé une semaine en réanimation, intubé car l'oxygène sous masque ne suffisait plus. Il se remet doucement au service des maladies infectieuses mais, vendredi, aux premières heures du matin, ses deux voisins de service, 70 et 72 ans, sont décédés.
 
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