Générations futures pointe du doigt les viticulteurs de Gironde, plus gros acheteurs français de pesticides

Publié le Mis à jour le
Écrit par Maïté Koda
Vignes en Gironde (image d'illustration)
Vignes en Gironde (image d'illustration) © JEAN-PIERRE MULLER / AFP

L'association Générations futures a publié la carte des achats de pesticides par départements sur l'année 2019. Le département de la Gironde, terre viticole, arrive en tête du classement.
 

Les agriculteurs girondins sont-ils accros aux pesticides? C'est en substance le message délivré par Générations Futures. L'association écologiste a publié une carte des achats de pesticides par département. Et la Gironde arrive en première position, avec plus de 3 000 tonnes achetées pour l'année 2019. Suivent ensuite les départements de la Marne, du Loiret, de la Seine et Marne et de la Somme.

L'association a aussi mis en relation la quantité d'achats de pesticides avec la surface agricole utile de ces départements. Selon ces données, collectées sur le site data.eau, en Gironde, on dénombre 12,5 kilos de substances actives achetées par hectare.

Gros consommateurs de glyphosate

L'association s'est également penchée dans le détail sur la nature des produits achetés. Les agriculteurs de notre département consomment avant tout du soufre total, du fosetyl-aluminium et du glyphosate. De ce fait, la Gironde s'est vu décerner un Glyph'award d'argent, une distinction ironique, destinée "aux départements les plus accros au glyphosate". Le Glyph'award d'or revient à la Charente-Maritime. Un autre département aquitain, le Lot-et-Garonne arrive en cinquième position. 

Un tel palmarès a, selon Génération futures, pour objectif "d'encourager les agriculteurs de ces départements à ne plus vouloir recevoir cette distinction". L'association veut "favoriser la remise en cause d'un ancien modèle", précise Cyril Giraud. Représentant de Générations Futures en Gironde, il dénonce l'inefficacité des stratégies mises en place.
"Jusqu'à présent, on a des plans Ecophyto  (une des mesures issues du Grenelle de l'environnement en 2018, ndlr), qui promettent de diviser par deux la quantité de pesticides vendus. On voit bien que cela ne pèse pas dans la balance, les chiffres ne baissent pas", déplore le militant.

La Gironde a pris du retard

Remettre en cause des pratiques installées dans la viticulture, principal secteur d'agriculture du département, n'est pas chose facile, reconnaît Cyril Giraud. "C'est plus technique de faire évoluer les pratiques dans la viticulture. Mais la Gironde a pris du retard, d'autres régions viticoles ont réussi à changer ces pratiques", assure-t-il.

Lui dénonce une stratégie de communication qui dissimule une absence de volonté réelle. "On nous explique, depuis des années, que les choses sont en train de changer. On voit bien que ce n'est pas le cas. Nous savons très bien qu'un certain nombre d'agriculteurs font des efforts, mais ils sont encore trop isolés pour que cela ait un poids réel dans la balance". 

"Si on le fait c'est bien parce qu'on en a besoin"

Sans surprise, côté FNSEA, la mise en accusation passe mal. Selon Jean-Samuel Eynard, président de la FDSEA Gironde, les nouvelles normes en vigueur jouent sur la quantité de produits achetés. " On a retiré certains produits très efficaces, car considérés comme nocifs. Pour les remplacer, on nous a demandé d'avoir recours à des produits plus 'lights', mais qui nécessitent plus de passage", assure-t-il. 
"Tous les agriculteurs ont amorcé un travail de réduction des produits phytosanitaires, poursuit Jean-Samuel Eynard. Le recours à ces produits, c'est une charge pour l'exploitation, ça prend du temps… Si on le fait, c'est bien parce qu'on en a besoin".
 

Les viticulteurs sont en demande de progrès, ils sont d'ailleurs de plus nombreux à demander des certifications HVE, (Haute certification environnementale)

Jean-Samuel Eynard, président FDSEA 33


De son côté, Cyril Giraud, qui à l'instar de nombreux défenseurs de l'environnement qualifie la certification HVE  de "gadget", milite pour une remise à plat de la formation des agriculteurs. "Il faut mettre, pour les agriculteurs qui le souhaitent, l'agriculture biologique au centre de la formation. Tant qu'on enseignera en priorité les techniques d'agricultures intensives, le recours aux engrais et le traitement par les pesticides, on ne verra pas d'avancée". 

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