Bordeaux : le label HVE dans le vin, vertueux ou "enfumage du consommateur" ?

8 218 exploitations françaises bénéficient de la mention « Haute Valeur Environnementale » au 1er juillet 2020, selon le ministère de l'agriculture qui vente les mérites de ce label. Pour les associations de défense de l'environnement, au contraire, ce label crée "la confusion avec le bio".

La Haute Valeur Environnementale-HVE : une mention valorisante pour les agriculteurs et leurs pratiques selon le ministère de l'agriculture.
La Haute Valeur Environnementale-HVE : une mention valorisante pour les agriculteurs et leurs pratiques selon le ministère de l'agriculture. © Cheick Saidou / capture écran agriculture.gouv.fr

 Depuis 2013, on trouve le label HVE sur les étiquettes de bouteilles de vin. Quelles garanties apporte-t-il au consommateur ?

A quoi correspond le label HVE ?

A l'affichage, le label HVE c'est plus de respect de la biodiversité, moins d'engrais chimiques, une consommation d'eau maîtrisée. Sur le site du ministère de l'agriculture, il est écrit : "La Haute valeur environnementale (HVE) garantit que les pratiques agricoles utilisées sur l'ensemble d'une exploitation préservent l'écosystème naturel et réduisent au minimum la pression sur l'environnement (sol, eau, biodiversité...). Il s'agit d'une mention valorisante, prévue par le Code rural et de la pêche maritime, au même titre que « produit de montagne » ou encore « produit à la ferme ». Il s'agit d'une démarche volontaire qui est mise en œuvre par les agriculteurs pour valoriser leurs bonnes pratiques". 

Pour Jean-Samuel Eynard, viticulteur à Bour-sur-Gironde et président de la FDSEA de la Gironde, c'est un label "pertinent" qui prend en compte l'intégralité de la production sur une exploitation et sa gestion : les efforts en matière d'utilisation des produits phytosanitaires et des fertilisants, la gestion des haies et des bois environnants, le recyclage des emballages, le nettoyage du matériel.

Le label HVE est complet et incite les gens à changer de pratiques. Après, c'est un label qui est évolutif et qui pourra encore être à terme plus exigeant.

Jean-Samuel Eynard, président de la FDSEA

"L'appellation Côtes de Bourg, par exemple, a décidé que tous les viticulteurs devront être aux normes HVE 3 d'ici à 2025", explique Jean-Samuel Eynard. Pour obtenir le label, les exploitants "doivent faire de réels efforts. Les pratiques ont beaucoup évolué depuis 20 ans", poursuit-il. Sur l'utilisation de produits chimiques, "il n'y a pas de risques pour les gens de l'extérieur", assure Jean-Samuel Eynard qui est labélisé HVE depuis 2018, "et pour mes salariés, j'ai du matériel de protection et deux tracteurs avec filtre à charbon pour traiter les cultures"

"Cela entretient une confusion avec le vin bio "

Pour Stéphane Mirambet, viticulteur également labélisé HVE, il s'agit de communiquer sur les bonnes pratiques engagées sur son exploitation : "je veux absolument rassurer le consommateur, je ne veux pas qu'il ait peur quand il va acheter du vin." C'est une question d'image des vins qui sont décriés ces dernières années.

Je travaille proprement et je fais correctement mon travail.

Stéphane Mirambet, viticulteur HVE

Les limites du label HVE, c'est qu'il n'interdit pas l'usage de produits chimiques, il incite simpement les exploitants à s'en passer. Pour Dominique Techer, vigneron bio à Pomerol et représentant de la Confédération paysanne, c'est "une superchérie" et de "l'enfumage" pour les consommateurs, car le label HVE est bien différent des labels bio. C'est une simple vitrine.

Crédit d'impôt contesté pour ce label

Autre raison de la colère chez Dominique Techer, les exploitants labellisés HVE vont pouvoir bénéficier de crédits d'impôts qui étaient jusqu'alors réservés aux agriculteurs bio et déjà réduits. "Les efforts en faveur de l'environnement ne sont pas les mêmes", regrette-t-il. Au contraire pour Jean-Samuel Eynard qui prône ce label au sein de la FDSEA, "il faut récompenser tous les efforts, le label HVE représente un surcoût financier important pour changer de matériel et les équipements ( aire de lavage, local de stockage des produits phytosanitaires, pulvérisateur).

Les produits chimiques ne sont pas interdits par le label

Plus de respect de la biodiversité, moins d'engrais chimiques et une consommation d'eau maîtrisée, telles sont les conditions à remplir afin d'obtenir le fameux label, susceptible de séduire de nouveaux consommateurs. Mais rien n'empêche d'avoir recours à des produits chimiques. "Le label n'interdit aucun produit spécifique", reconnaît Laëtitia Vendrame, technicienne de la coopérative de Sauveterre-Blasimon-Espiet, en Gironde. Une souplesse qui suscite la colère de Valérie Murat, militante anti-pesticides. "Cela pourrait faire croire au consommateur que c'est équivalent au bio, voire mieux encore. Or, ce n'est pas le cas".

Ce label autorise l'utilisation de produits dangereux pour l'environnement et la santé.

Valérie Murat, militante anti-pesticides

Pour Dominique Techer, il faudrait "au moins que le label HVE interdise les CMR (cancérigènes mutagènes reprotoxiques) et les perturbateurs endocriniens, des produits que l'on retrouve dans l'air de Bordeaux, ce label ne donne aucune indication sur cette question", regrette le porte-parole de la Confédération paysanne en Gironde. Pour lui, "le label HVE est un instrument de promotion rien de plus. Le vrai label c'est "AB", agriculture biologique. Ce label, c'est beaucoup d'argent dépenser pour rien".

Ce label HVE n'est pas crédible. Il ne donne aucune garantie au consommateur.

Dominique Techer, vigneron bio

Dans leur enquête pour France 2, les journalistes J.Choplin et B. Poulain ont fait analyser par le laboratoire Dubernet quatre bouteilles de vin, deux labellisées bio et deux en HVE. Résultats : aucun résidus dans les deux bouteilles bio ni dans une des bouteilles HVE, mais des traces de produits chimiques dans l'autre notamment du thiamethoxane, un néonicotinoïde dangereux pour l'environnement et en particulier pour les polinisateurs. D'autres substances ont été trouvées dans la bouteille de vin HVE : dimetomorphe, fluopicolide, fluopyrame, acide phosphoreux, fosetyl-al et ethephon. "Des substances préoccupantes pour l'environnemente la santé", selon Robert Bakouri, biochimiste et toxicologue de l'université Paris Descartes. En France les néonicotinoïdes sont interdits depuis 2018, sauf pour la culture de la betterave. Les teneurs révélées par le laboratoire restent en-dessous des limites autorisées.

Sur l'étiquette, un papillon qui survole une ferme ensoleillée, et une promesse : une production à Haute valeur environnementale. Le label HVE a fait son apparition dans les supermarchés en 2013, essentiellement dans les rayons consacrés au vin. Mais que garantit cette certification, créée par l'État et censée encourager les bonnes pratiques écologiques ?

►Voir le reportage de J.Cholin et B.Poulain sur le label HVE dans le vin de Bordeaux :

Agriculture : à quoi correspond vraiment le label Haute valeur environnementale ?

VINS de Bordeaux HVE avec résidus pesticides, une lanceuse d'alerte condamnée

Valérie Murat a elle aussi fait analyser des vins : 19 bouteilles en appellation Bordeaux, deux champagne et un vin de Languedoc. Toutes les bouteilles testées contenaient des substances chimiques répertoriées comme dangereuses pour la santé du consommateur. Cette lanceuse d'alerte a publié les analyses des vins labélisés HVE le 15 septembre 2020.  Elle a été lourdement condamnée pour « dénigrement » des Vins de Bordeaux le 25 février dernier par le tribunal de Libourne. L’association Alerte aux Toxiques a été condamnée à verser 100 000 euros à l’interprofession, plus 25000 aux propriétaires et fédérations plaignantes, et à retirer tous ses articles. Sa porte-parole Valérie Murat va faire appel.

Valérie Murat ne désarme pas depuis sa condamnation car elle n'a pas encore perdu la guerre médiatique contre l'interprofession du vin de Bordeaux. "Je reçois des dizaines de mails de soutien chaque jour qui viennent de partout dans le monde, même d'Australie et du Québec". 

Ce label est un mensonge. C'est une émanation du ministère de l'agriculture pour concurrencer le bio. Mais les consommateurs ne sont pas dupes.

Valérie Murat, militante anti-pesticide

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
viticulture agriculture économie écologie environnement nature justice société polémique témoignage