Polémique : Bordeaux Métropole alimentée par l'eau souterraine du Médoc, Les forestiers voient rouge

Pour soulager les nappes souterraines de la métropole de Bordeaux, sursollicitées, un projet à court terme prévoit d'aller puiser l'eau du sud-médoc. Les forestiers, vent debout, redoutent des effets catastrophiques sur les pins et la biodiversité.

"Tout cela risque fort d'être à l'origine d'une catastrophe écologique et économique" prévient Michel Robert, ingénieur en eau et environnement et à la tête de l'association pour le maintien de l'activité forestière en Médoc, l'AMAF.

Il ne comprend pas pourquoi les autorités, Etat, département, Bordeaux Métropole, persistent dans leur idée d'utiliser les eaux souterraines du Médoc pour alimenter les habitants de la métropole bordelaise.

Fatal aux pins, chênes et chataigners ?

"Le pompage du fleuve, on nous dit que ça coûte trop cher pourtant, c'est ce qui se fait à Toulouse, à Nantes ou encore à Paris" explique t-il, "on pourrait aussi envisager de désaler l'eau de mer ou de pomper l'eau de certains lacs". 

Car prélever 10 millions de mètres cubes, chaque année, dans les sous-sols des forêts médocaines comme il est prévu, risque, selon lui, d'être fatal à de nombreuses espèces d'arbres. 

"Les racines des pins puisent l'eau dans les nappes souterraines sauf durant à peu près un mois en été quand elles sont trop basses. Un mois, les pins peuvent le supporter mais avec les prélèvements annoncés, les nappes risquent d'être trop basses beaucoup plus longtemps. Les arbres ne survivraient pas".

Les études d'impact prévoient en effet une baisse possible des nappes de l'ordre de 10 cm mais ce sont des "simulations par des modèles" rétorque Michel Robert.

"L'impact pourrait être beaucoup plus important en réalité, de l'ordre de plusieurs dizaines de centièmtres. Ce qui aurait pour conséquence d'assécher les zones humides et de perturber toute la biodiversité. Les chênes et les châtaigniers sont beaucoup plus fragiles que les pins maritimes par exemple. Pourront-ils résister ? Sans parler des conséquences économiques, on vit de ça nous".

Entendre les craintes et adpater le projet

Sylvie Cassou-Schotte, l'élue écologiste en charge de l'eau et de l'assainissement à Bordeaux-Métropole entend les inquiétudes des sylviculteurs. "Nous lançons une concertation publique, avant l'enquête publique officielle, justement pour pouvoir se saisir des commentaires, observations et questionnements de chacun".

Elle ajoute que ces interrogations et doutes doivent avoir des réponses. De études complémentaires pourraient être lancées.

L'objectif de la concertation est d'améliorer, enrichir, voire stopper le projet s'il y a lieu.

Sylvie Cassou-Schotte

 

Les nappes souterraines du Médoc ne seraient toutefois pas menacées selon les études menées par différents organismes et instituts.

"Actuellement dans le Médoc on ne puise pas autant que l'on pourrait. Les nappes se régénèrent contrairement à celles où l'on puise actuellement dans les sous-sols de la métropole".

Des forages installés en 2024 

Le projet de champ captant médocain pourrait voir le jour en 2024. 

Champ captant du sud-médoc : les détails du dossier

Quatorze forages seraient installés à Saumos et au Temple.  

Les 10 millions de mètres cube d'eau prélevés chaque année seraient traités dans une station d'épuration. Puis distribués à 905 000 Girondins habitant l’estuaire, l’Entre-Deux-Mers, les Graves Landes et Bordeaux Métropole.

Ne plus puiser dans les zones surexploitées

 L'objectif est "d'assurer une alimentation pérenne en eau potable de la population girondine tout en préservant les équilibres géologiques" assurent les services de Bordeaux Métropole.

Actuellement "nous prélevons une quantité largement supérieure aux capacités de renouvellement naturel de la nappe de l’Eocène", une nappe profonde constituée depuis des millénaires. "On pourrait penser que cette ressource est inépuisable, mais il n’en est rien".

Sylvie Cassou-Schotte rappelle que "l'eau est un bien commun à partager et à préserver". 

"Oui l'eau est à tout le monde mais dans le respect des équilibres naturels" réplique Michel Robert.

La concertation publique sera lancée le 26 octobre et restera ouverte jusqu'au 8 décembre.

 

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