Faux médecins : les failles du système

Publié le
Écrit par Isabelle Rio .

Alors qu'un faux médecin-urgentiste vient d'être condamné par le Tribunal correctionnel de Tulle ce 6 septembre, la question se pose sur les procédures de recrutement. Les cas sont rarissimes mais existent. Pourquoi ?

Son assurance en comparaissant à la barre du tribunal correctionnel de Tulle ce mardi 6 septembre a permis de comprendre comment ses collègues avaient pu se laisser berner.

Pendant plus d'un an, un homme a pu exercer en qualité de médecin-urgentiste à l'hôpital de Tulle. Trois autres services hospitaliers lui ont permis de pratiquer : Vitré en Bretagne, Decazeville dans l'Aveyron et Brive, pour des durées relativement courtes. 

Il a été condamné à quatre ans de prison, dont un an avec un sursis probatoire. Il encourait dix ans d'emprisonnement car il était en état de récidive légale. 

D'autres affaires du même type

Une affaire qui pose la question du recrutement des soignants. Car d'autres cas ont défrayé récemment la chronique en France.

Ont ainsi été démasqués : 

  1. À Lyon, un jeune homme de 21 ans, condamné à 6 mois de prison avec sursis pour exercice illégal de la médecine et mise en danger de la vie d'autrui. Sans formation il usurpait les numéros de deux professionnels de santé, il s’est inscrit sur une plateforme de consultations en ligne ; 
  2. Une femme de 31 ans en Seine et Marne, comme médecin du travail pendant plus de 3 ans et  même condamnée, elle a remis ça comme ophtalmologiste ... alors qu’elle avait un bracelet électronique ; 
  3. Un congolais de 41 ans qui a fait des études au Congo, mais aux diplômes falsifiés, Il a dupé plusieurs hôpitaux en France pendant plusieurs années. Il a été condamné à un an de prison ferme et une interdiction de territoire pendant 5 ans.
  4. Deux faux pédopsychiatres sur la plateforme Doctolib, une enquête est ouverte. Depuis la création du site en 2013, sur près de 250 000 praticiens référencés, Doctolib dit avoir été victime à 4 reprises de faux profils, les deux derniers cas en juin et août dernier
  • Comment peut-on expliquer ces failles dans leur recrutement ?

Avant tout parce que nous sommes face à des personnalités particulières. N’est pas escroc qui veut. Ces personnes présentent une assurance, une désinhibition qui leur permet de se confronter à la réalité sur le terrain sans éveiller de soupçons. Ils ont souvent, même si ce n'est pas toujours le cas, des connaissances médicales, des études suivies. Ce n’est pas une simple falsification de diplôme qui permet de se retrouver médecin, on peut d'ailleurs noté qu'il n'y a pas de plainte pour faute ou incompétence. C’est leur situation administrative qui n’est pas régulière, parfois c’est une usurpation d’identité, mais ils arrivent à faire illusion.

En revanche, la numérisation du système de recrutement augmente le risque. Aujourd’hui, ce sont des plateformes qui recensent les besoins des services et le soignant volontaire dépose son CV en joignant ses documents. Théoriquement, ce dépôt de candidature est suivi d'un entretien physique avec un cadre de la structure d'accueil et d'un échange de courriels. Mais ce n’est pas systématique.

Des failles aussi à cause de la situation exsangue de l'hôpital public

La faille existe quand on commence à devoir aller plus vite, qu'on devient moins regardant. Or, la situation hospitalière s'est si détériorée qu'on manque de soignants en France. Absences non remplacées, postes non pourvus, déserts médicaux... Le système hospitalier est en souffrance, les vocations se raréfient, des expérimentés jettent l'éponge, les besoins sont aujourd'hui supérieurs aux candidats.

Pour faire face, les plateformes numériques accélèrent la recherche. Notamment pour faire face aux pics d'admissions, comme cet été où la canicule a généré une augmentation des admissions jusqu'à 25% de plus. On se tourne également vers les compétences étrangères. Des soignants qui ont le statut de praticien attaché associé. Les praticiens attachés associés participent à l'activité de l'établissement public de santé sous la responsabilité directe du responsable de la structure dans laquelle ils sont affectés ou de l'un de ses collaborateurs médecin, chirurgien, odontologiste ou pharmacien.

Ils peuvent exécuter des actes médicaux ou pharmaceutiques de pratique courante, collaborer à la continuité des soins et à la permanence pharmaceutique mais ne sont pas autorisés à effectuer des remplacements. Ils répondent aux besoins hospitaliers exceptionnels et urgents survenant en dehors de leurs obligations de service. Ils n’ont pas l’obligation d’être inscrits à l’ordre des médecins. Leur rémunération est inférieure à un praticien inscrit à l'Ordre.

Les cliniques ont-elles les mêmes procédures de recrutement ?

La situation est différente à l'hôpital public. Les praticiens dans les cliniques sont en cabinet libéral, dans les locaux de la polyclinique mais en exercice indépendant. Il n'existe pas de plateforme générale en ligne, seulement des sites spécialisés par spécialité. Ce sont les médecins qui recrutent eux-mêmes leurs collaborateurs. Le praticien est ensuite présenté en assemblée générale et lorsqu'il y a agrément, son dossier est validé par la Direction générale. Il y a également présentation à la Direction générale lorsqu'il s'agit d'une nouvelle spécialisation.

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