Attaques du loup en Limousin : une association expérimente les surveillances nocturnes

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Pour se prémunir des attaques de loups, le Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin (GMHL) lance des surveillances nocturnes sur le Plateau de Millevaches à partir de ce jeudi 26 mai 2022.

Le loup commence à tendre la population en Limousin. Le prédateur est redouté. Pour cause, depuis plusieurs mois, les attaques de loups se succèdent et sur le plateau de Millevaches, on parle d’une recrudescence de prédation par le loup gris.

Selon l’Office français de la biodiversité, depuis décembre 2021, plus de 35 attaques de troupeaux sont imputables au loup. En ce mois de mai, dans certains endroits comme à Chavanac, "les attaques, c’est tous les jours, et même en pleine journée", confie une éleveuse qui préfère rester anonyme. Certains se disent à bout. 

Suite à une demande de la part des éleveurs du Groupement Pastoral de Peyrelevade, le Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin lance un appel aux bénévoles pour venir dormir près des troupeaux. L’objectif, assurer une surveillance afin de soulager certains éleveurs fatigués et désemparés dans cette période difficile.

Chaque semaine, on a entre 5 et 10 appels d’éleveurs. En ce moment, la végétation est haute, les bêtes sont en extérieur, alors les éleveurs nous sollicitent pour trouver une solution afin d’éviter les attaques du prédateur.

Alizé Bresnu, stagiaire chargé de mission à l’étude de la prédation au GMHL.

La surveillance nocturne  

Pour réduire les risques de prédation, il existe plusieurs moyens. Il y a des clôtures, l’effarouchement sonore qui passe souvent par des radios très fortes, diffusant des voix humaines, des foxlight (dispositifs lumineux autonomes qui s’allument et qui clignotent de manière aléatoire), des fladrys (un fil électrifié sur lequel sont fixées des bandes brillantes et sonores), et aujourd’hui, le GMHL veut expérimenter la surveillance nocturne.

Un moyen qu’Alizé Bresnu a testé dans les Alpes du Sud. Là-bas, le loup a fait son apparition il y a longtemps, dès 1993. Alors, cela fait déjà plusieurs années qu’ils mettent en place des solutions pour le repousser loin des troupeaux. Près du Parc du Mercantour, Alizé a passé plusieurs nuits à prendre le relais des éleveurs pour surveiller les bêtes et "cela fonctionne bien", explique-t-elle. " Là-bas, on a des chiens de protection en plus qui représentent une formidable alerte". Mais pour Alizé Bresnu, il ne s’agit pas de calquer les remèdes utilisées dans les Alpes en Limousin car le milieu naturel n’est pas le même et les méthodes d’élevages non plus.  

Pour le moment, le Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin a mobilisé sept bénévoles, prêts à entamer ces surveillances. Formés sur plusieurs demi-journées par le GMHL, le Conservatoire naturel, et l’association pour le pastoralisme de la montagne limousine, ces bénévoles ne doivent pas être pour ou contre le loup. "On ne veut pas que nos bénévoles aient une attitude passionnée, on veut qu’ils aient la même approche que nous, une approche bienveillante pour avoir l’attitude la plus efficace possible", explique Marie Abel, chargé de mission de prédation et mammalogique au GMHL .  

La présence humaine peut dissuader le loup. Le bruit, l’odeur dégagée par une personne peut éloigner le prédateur.

Marie Abel, chargé de missions de prédation et mammalogique au GMHL.

 "L’idée, c’est qu’un bénévole aille sur place, l’éleveur l’accueille, lui prête une lampe qui lui permette d’avoir une longue visibilité sur le troupeau et dans la nuit, s’il entend quelque-chose, il peut faire une ronde et du bruit", détaille Marie  

Les surveillances nocturnes commencent ce jeudi 26 mai 2022, pour deux semaines à Peyrelevade.

Qu’en pensent les éleveurs ?

Les éleveurs contactés par téléphone se montrent très frileux, voir agacés par cette mesure.

Ça ne sert à rien. On va faire une expérimentation de 14 jours sur 365… le folklore ça suffit. Ça ne va pas régler le problème. Je suis à bout. J’y passe mes nuits, mes jours.  

Pascal Lerousseau, éleveur ovin et président de la chambre d’agriculture de la Creuse

Le président de la chambre d’agriculture est en colère. Avec ses fils, il se relaie pour surveiller son cheptel 24h sur 24h. " Ces surveillances nocturnes mises en place par le GMHL, ça peut permettre d’éviter une attaque, mais cela devrait être plus long. J’aimerais les voir au mois de décembre, au mois de février, au milieu des brebis ! Aujourd’hui, on a des choix de société à faire. On a une guerre en Ukraine qui risque de poser des problèmes en terme de nourriture humaine… alors, est-ce qu’on a les moyens de défendre la présence d’un animal pour faire plaisir aux écolos au détriment de la nourriture ?"   

Une autre éleveuse s’avoue elle aussi sceptique. Elle préfère rester anonyme car le sujet tend les agriculteurs entre eux. En ce moment, pour éviter la prédation, elle fait pâturer ses brebis non loin de sa ferme et les rentrent le soir. Les surveillances nocturnes par des bénévoles s’annoncent pour elle comme "un pansement sur une hémorragie", dit-elle.

On en arrive à un stade où les attaques se déroulent tous les jours et où elles se passent en pleine journée. Ces surveillances, c’est une solution ultra ponctuelle, ce n’est pas une solution à moyen ou long terme.

Éleveuse

"Je veux bien que des gens dorment dans des tentes mais malgré la présence humaine en pleine journée en montagne, il y a des attaques. Alors que vont faire ces bénévoles la nuit ? Est-ce qu’ils vont vraiment permettre de dissuader le loup ? Garder les brebis, c’est un métier, c’est être berger."  

Marie Abel, chargé de mission de prédation et mammalogique au GMHL le sait : "Il n’y a pas de solution magique. Le risque de prédation 0 n’existe pas. La surveillance, c’est un petit plus pour la protection mais ça ne garantit pas la fin de la prédation".

C’est pour cette raison que le GMHL tente de faire du cas par cas. Aujourd’hui, il fait remplir un questionnaire aux éleveurs qui permet d'établir un diagnostic du risque d'exposition d'une exploitation ou d’une parcelle à la prédation. Cela s'appelle le CERP. Il s'agit d'un outil collaboratif, gratuit, très précis, conçu grâce à une étude pilote menée avec des écologues, éco-sociologues, des éleveurs, des éthologues, ethnologues, chercheurs en agronomie. Un outil sur lequel le GMHL mise et qui pourrait à l’avenir avoir des impacts fructueux.