Chasse : une série de mesures pour répondre à l’inquiétude des promeneurs

Le gouvernement a annoncé ce lundi 9 janvier une série de mesures pour mieux encadrer la pratique de la chasse et rassurer les autres usagers de la nature inquiets pour leur sécurité. Réactions en Haute-Vienne.

En 2021, 90 accidents de chasse ont été recensés en France, causant la mort de 8 personnes.

Ce lundi 9 janvier, la secrétaire d'État chargée de l'Écologie, Bérangère Couillard, a annoncé quatorze mesures visant à rendre la pratique de la chasse plus sûre.

Pour répondre aux usagers de la nature non-chasseurs et aux initiatives politiques ou associatives visant à restreindre la pratique de la chasse, le gouvernement affirme que « la formation des chasseurs aux enjeux de sécurité doit être renforcée » et que « les usagers de la nature doivent être mieux informés. »

Rassurer les promeneurs sans exaspérer les chasseurs

Parmi les quatorze mesures annoncées dans son communiqué, le gouvernement tente de trouver le difficile équilibre pour rassurer les uns sans exaspérer les autres.

. Pas d'interdiction le dimanche

"Si on interdit la chasse le dimanche ou pendant les vacances scolaires, je ne vous donne pas cinq ans et vous avez la ruralité à feu et à sang", avait prévenu Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, sur franceinfo. Il a visiblement été entendu. Le gouvernement a tranché : il n'y aura pas de journée sans chasse dans la semaine.

. Renforcer de la formation des chasseurs

Les pouvoirs publics veulent aussi instaurer une formation obligatoire de tous les organisateurs de battue. Ils veulent aussi renforcer les formations décennales des chasseurs en instaurant "un temps de manipulation pratique" alors qu'auparavant seul un rappel théorique était prévu.

. Renforcer la lutte contre l’alcoolisation et les prises de stupéfiants

Le gouvernement promet la création début 2023 d'une contravention pour sanctionner le fait de chasser sous l'emprise excessive de l'alcool ou sous l’emprise de stupéfiants.

Mais aucun chiffre n’a été donné sur le seuil d’alcoolémie toléré, sur les modalités des contrôles ou sur les personnes habilitées à les effectuer.

. Une application pour localiser les chasses

Le ministère de la Transition écologique veut "favoriser l'information des lieux et temps de chasse, le centraliser et la mettre à disposition sur une plateforme numérique en open data, grâce à l'obligation de déclaration par les organisateurs de chasse collective".

Une application devrait être disponible à l'automne et permettra à chaque Français d'identifier, non pas les zones de chasse, mais les zones et horaires non chassés à proximité de chez eux. Il existe une application de ce type créée en Nouvelle-Aquitaine. Sera-t-elle retenue pour un développement national ? 

Pour mieux informer les promeneurs "en septembre 2025 au plus tard, de nouveaux panneaux harmonisés seront déployés partout sur le territoire" pour signaler les zones de chasse.

Le ministère promet aussi que "dès septembre 2023, dans chaque mairie, seront affichés les jours chassés ou non chassés sur les territoires par l'association communale de chasse agréée".

Dès la saison 2023-2024, les pouvoirs publics veulent aussi harmoniser les règles de sécurité sur tout le territoire : le respect de l'angle de tir de 30 degrés, la généralisation des gilets fluorescent, le rappel avant la battue des règles de sécurité.

. Un durcissement des sanctions en cas d'accident

En fonction de la gravité de l'infraction, le gouvernement souhaite renforcer les peines complémentaires, comme le retrait du permis de chasse et la fixation d'une durée d'interdiction de le repasser.

Il souhaite aussi améliorer le suivi de détention des armes et le contrôle de l'inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention des armes.

Réactions contrastées chez les chasseurs

Autant de mesures qui suscitent des réactions multiples et variées chez les chasseurs, notamment en Haute-Vienne.

Si tous apprécient d’avoir échappé à l’interdiction de la chasse le dimanche, pour Jean-Jacques Mazières, le vice-président de la Fédération de chasse Haute-Vienne, l’application de localisation pour smartphone n’est pas la panacée.

Le portable est quelque chose qu’on peut perdre, bien évidemment, comme tout objet qu’on peut avoir dans une poche. Donc il est évident que cette application nous paraît quelque chose de relativement aberrant. Nous ne voyons pas comment nous pourrons assumer cette façon-là de procéder.

Jean-Jacques Mazières, vice-président de la Fédération de chasse de la Haute-Vienne

D’autres, comme Alexis Sarre, chasseur à l’ACCA de Nieul estiment qu’« au moins les gens seront prévenus qu’il y a une action de chasse en cours et ça évitera peut-être de dire que les gens ne sont pas au courant ».

Quant aux promeneurs, la plupart restent dubitatifs, comme ce jeune père de famille rencontré sur un chemin de la campagne limousine : « on met des habits relativement visibles et moi, avec le petit par exemple, je ne vais pas me promener quand il y a chasse ».