Distribution du courrier réduite à 3 jours consécutifs, le journal Le Populaire du Centre réagit contre cette décision

© MaxPPP /Le Républicain Lorrain /Pascal Brocard
© MaxPPP /Le Républicain Lorrain /Pascal Brocard

Distribuer le courrier et protéger ses salariés, pour satisfaire cette double obligation, La Poste a décidé de ne distribuer le courrier que sur 3 jours consécutifs. Un choix que ne comprennent pas de nombreux journaux, c’est le cas au Populaire du Centre. 

Par Christophe Bodin

Plus de courrier tous les jours dans les boîtes aux lettres. Avec la pandémie de coronavirus, chaque entreprise cherche à adapter au mieux les conditions de travail de ses salariés. La Poste a ainsi choisi de ne plus distribuer quotidiennement le courrier, elle précise dans un communiqué :
"Les facteurs et les personnels de tri travailleront quatre jours la semaine du 23 au 28 mars, puis trois jours par semaine à partir du lundi 30 mars. Le facteur ne pourra donc plus passer tous les jours pour distribuer vos courriers, journaux et colis."

Cette  décision a pris de nombreux clients de cours, et c'est le cas de la presse papier. Le Populaire du Centre a vivement réagit. Comme d'autres titres de la presse régionale ou nationale, le journal ne comprend pas d'avoir été mis devant le fait accompli, sans aucune discussion préalable.
 

Pascal Ratinaud / Rédacteur en chef au Populaire du Centre

"Cette décision on l’a apprise quand La Poste nous a envoyé un communiqué, une décision unilatérale. On comprend que La Poste veuille protéger ses salariés, ce n’est pas le problème, mais elle met ses clients devant le fait accompli,  nous comme les autres."

Ce qui nous pose un problème c’est cette distribution sur 3 jours consécutifs


"Elle va passer à 4 jours de distribution puis à 3 jours par semaines, mais surtout 3 jours ramassés. Notre coup de gueule, c’est là-dessus, on leur dit pensez à vos clients, et nous on propose un jour sur deux : lundi mercredi vendredi. Ce qui nous pose un problème c’est cette distribution sur 3 jours consécutifs, c’est prévu les mercredi, jeudi et vendredi."

Lancer une pétition pour permettre à la presse écrite de continuer à informer pendant cette épidémie


"A l’échelle de notre groupe Centre France, nous avons eu les gens de La Poste sur nos territoires et la direction du groupe a appelé la direction générale de La Poste à Paris, sans plus de succès. D’où la décision de lancer une pétition pour permettre à la presse écrite de continuer à informer pendant cette épidémie."

Cette prise de position nette du journal a suscité nombres de commentaires sur les réseaux sociaux, certains soutiennent le Populaire, quand d’autres se sont déchaînés contre le journal, l’accusant de mettre en danger les facteurs et les salariés de La Poste.
 


"Je sais que les réactions sont partagées, avec les habituels trolls qui se déchainent contre nous, nous reprochant de ne pas penser aux facteurs. Tout cela est faux, la sécurité  des salariés, ceux des autres entreprise et nos salariés, on s'en préocuppe. Nous ne voulons pas  faire prendre de risques inutilesMais distribuer sur tous les 2 jours ou sur 3 jours consécutifs, en termes de risques, je ne vois pas la différence."

Cela touche nos abonnés dans les territoires ruraux, souvent des personnes âgées


"Notre idée, c’est que nos lecteurs aient un minimum de décalage dans les informations qui leurs sont fournis.
Nos abonnés, livrés par La Poste, sont minoritaires par rapport à nos abonnés livrés par le portage à domicile, mais ce sont les abonnés souvent des territoires ruraux, les plus éloignés. C’est également souvent aussi des  personnes âgées, pas forcements agiles sur internet... quand elles ont internet. Elles n’avaient pas besoin de ça. On a eu le retour d’élus ruraux qui soutiennent notre démarche, nous restons un lien social.


D’autres journaux régionaux, mais également des journaux nationaux ne comprennent pas cette décision unilatérale de La Poste. On ne nous a pas consulté, c’est une méthode que nous dénonçons, car que la distribution soit étalée sur la semaine, on veut bien l’entendre."
 
Cette incompréhension est effectivement partagée par de nombreux journaux de l’Alliance de la Presse d’information générale, qui regroupe des magazines et des quotidiens. Au niveau régional, comme national, les journaux réagissent. Le Figaro, par exemple, déplore que "La Poste renonce ainsi à la continuité de sa mission de service public" en ne proposant plus qu'une distribution groupée sur 3 jours. Sur les réseaux, là encore, des opinions partagées et beaucoup de critiques virulentes.

A l'image du Populaire du Centre, les autres titres de la presse quotidienne souhaite que La Poste adopte une distribution un jour sur deux. Pour Pascal Ratinaud, il s'agir à la fois de préserver les salariés du tri et de la distribution en réduisant le nombre de jours travaillés, mais également d'assurer une information régulière pour le plus grand nombre.

"En ce moment, nous avons aussi beaucoup de demandes d’abonnement, probablement des gens qui veulent avoir leur journal, mais pas se déplacer tous les jours eux-mêmes, ou aussi des gens qui sont confinés et qui veulent recevoir le journal là où ils se trouvent. Notre premier objectif c’est donner la meilleure information, on a vraiment eu des fortes demandes de lecteurs ou de gens qui ne nous lisaient pas autrefois.
 
La rédaction, déserte, du Populaire du Centre à Limoges. La très grande majorité des salariés sont en télétravail. Seuls quelques personnes sont présentes physiquement chaque jour. / © Stéphane Lefèvre / Le Populaire du Centre
La rédaction, déserte, du Populaire du Centre à Limoges. La très grande majorité des salariés sont en télétravail. Seuls quelques personnes sont présentes physiquement chaque jour. / © Stéphane Lefèvre / Le Populaire du Centre

Au niveau de la rédaction, tout le monde est confiné au maximum, mais certains métiers sont toujours présents, sur le terrain, nos photographes, et puis la production, les rotativistes et quelques autres postes qui nécessitent d’être dans nos locaux. Mais on travaille au maximum à distance, par téléphone, par visio-conférences. En 48h, nous avons passé plus de 1500 personnes en télétravail, dès le début du confinement. Notre audience sur le web a considérablement augmenté. Nous sommes au double de pages vues, soit 300 000 par jour.

La pub a beaucoup baissé, les annonceurs traditionnels ne sont pas présents évidemment, en revanche la grande distribution communique. Mais effectivement il y a une chute significative de ce côté là, c’est logique.
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