Epidémie de Covid-19 : le rebond se confirme en Limousin

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Le nombre de cas positifs continue d'augmenter, notamment en Corrèze et en Haute-Vienne où les taux d'incidence sont parmi les plus élevés de France. La deuxième dose de rappel pour le vaccin Covid-19 est recommandé pour les plus de 60 ans.

Sur la carte de France de Covidtracker, la Corrèze et la Haute-Vienne font toujours partie des départements en rouge. Hormis les départements d'Ile-de-France, ils affichent les taux d'incidence les plus élevés : 767 cas pour 100 000 habitants en Corrèze, et 674 en Haute-Vienne. La Creuse présente un chiffre moins élevé, 528 cas pour 100 000 habitants, mais qui a doublé en une semaine. De façon générale, tous les indicateurs de l'épidémie de Covid-19 sont à la hausse, en Limousin et partout en France.

En une semaine, plus de 3700 nouveaux cas positifs ont été diagnostiqués en Limousin. C'est certes loin du pic de 28 600 cas hebdomadaires en janvier 2022, mais c'est un chiffre qui a augmenté de 70% en 15 jours.

Autre chiffre explicite, celui du taux de positivité : il est autour de 35% en Corrèze et en Haute-Vienne (30% en Creuse), ce qui signifie que plus d'un tiers des tests effectués s'avèrent positifs. Là-aussi, ce chiffre augmente de façon significative ces derniers jours. 
A noter par ailleurs que le nombre de cas est certainement largement sous-estimé, car le recours aux tests n'est plus un réflexe, même en cas de symptômes.

On peut clairement parler d'un 7ème vague.

Pierre-Marie Preux, épidémiologiste

Pour l'épidémiologiste de l'Université de Limoges, ce rebond s'explique par trois facteurs : 

  • l'apparition des nouveaux sous-variants BA.4 et BA.5, encore plus transmissibles que le variant Omicron dont ils sont issus, et qui sont aujourd'hui majoritaires en France
  • l'absence quasi-complète des gestes barrière depuis la suppression du port du masque obligatoire (14 mars en intérieur, 16 mai dans les transports)
  • la perte progressive de l'immunité vaccinale

"Cette nouvelle vague nous montre qu'on est encore loin de vivre avec le virus, comme on a voulu le croire. Plus de cas, cela signifiera forcément plus de cas graves, plus de personnes hospitalisées, et plus de morts, c'est mathématique", assène l'épidémiologiste qui regrette la levée, bien trop précoce selon lui, des gestes barrière. "Mettre le masque dans des lieux clos réduit de 20% le risque de transmission, ce n'est pas négligeable".

Une inconnue : la période de canicule a-t-elle accéléré la reprise de l'épidémie ? L'arrivée des beaux jours est normalement synonyme de recul des virus car les fenêtres sont davantage ouvertes et les événements se font à l'extérieur. Mais les très fortes chaleurs connues il y a 10 jours ont inversé la tendance : fenêtres fermées et climatisation ont pu favoriser la transmission du Covid.

Des hospitalisations en hausse...

"Les taux d'incidence sont aujourd'hui supérieurs à ceux que l'on avait pu observer lors des 4 premières vagues, donc, oui, on peut parler d'une 7ème vague". Pour Laurent Filleul, épidémiologiste à Santé Publique France pour la Nouvelle-Aquitaine, le constat est le même. "Mais à la différence des premières vagues, les cas graves sont beaucoup plus limités. Les hospitalisations augmentent légèrement, mais elles concernent surtout des personnes âgées ou immunodéprimées, et les cas graves sont très peu nombreux".

Le nombre de personnes hospitalisées avec Covid-19 est à ce jour de 44 en Haute-Vienne, 43 en Corrèze et 27 en Creuse. Des chiffres en augmentation depuis début juin mais qui, là aussi, restent très éloignés des records atteints cet hiver (243 personnes hospitalisées en Haute-Vienne fin novembre 2021). On recense un seul patient hospitalisé en réanimation en Haute-Vienne, idem en Creuse, et aucun en Corrèze.

"A l'hôpital de Brive, il faut noter que sur les 21 personnes hospitalisées avec Covid, 16 le sont pour d'autres raisons et ont été diagnostiquées positives à l'hôpital. Seuls 5 patients présentent des formes graves avec déficience respiratoire", précise Michel Da Cunha, le directeur-adjoint du Centre hospitalier de Brive.

... dans un contexte de tension à l'hôpital avant l'été

Mais cette hausse des hospitalisations Covid arrive dans un contexte de tension extrême à l'hôpital.
Dans le service des maladies infectieuses au CHU de Limoges, qui accueille généralement les patients contaminés, tous les lits sont occupés : "Notre service a été amputé de 6 lits, sur 16 au total, en raison de départs non remplacés ou d'arrêts maladie. Les lits qui restent sont tous occupés, mais nous avons un seul patient Covid. S'il devait y avoir une arrivée massive, on ne pourrait absolument pas gérer ! Nous n'avons pas le personnel nécessaire, ou alors il faudrait réquisitionner", explique l'un des médecins du service.

"Cet été, ça va être très compliqué", renchérit Sylvain Palat, médecin au CHU et membre du collectif inter-hôpitaux, "Au dernier décompte, on est à 150 lits fermés. Les soignants du CHU de Limoges n'ont pas de visibilité sur leur planning au delà du 14 juillet. Ils ne peuvent pas planifier leurs vacances, ce n'est pas humain !"

Priorité à la vaccination

Comment enrayer cette épidémie de Covid-19, dont on a l'impression de ne jamais voir la fin ?
Le Portugal et l'Afrique du Sud ont déjà connu - et surmonté - la vague liée aux variants BA.4 et BA.5. "Elle n'a pas duré très longtemps, un mois environ, et les formes graves ont été limitées", affirme Laurent Filleul, tout en précisant que "les dynamiques peuvent être très différentes selon les territoires, tout dépend des mesures, et la France a ouvert les vannes..."

Si le retour du masque ne semble pas encore être d'actualité, le gouvernement souhaite intensifier la campagne de vaccination pour la 2e dose de rappel. Brigitte Bourguignon, qui est toujours ministre de la Santé en attendant que son remplaçant soit nommé, s'est elle-même fait vacciner la semaine dernière (elle a 64 ans).


Alain Fischer, le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale incite dans le JDD "tous les Français de plus de 60 ans à recevoir leur 2e rappel de vaccin", estimant qu'aujourd'hui "malgré l'effet cumulatif des injections et des infections, leur niveau de protection n'est plus optimal".

A ce jour, en Nouvelle-Aquitaine, seulement 22,6% des plus de 80 ans et 11,3% des 60-69 ans ont reçu une 4e dose de vaccin. La marge de manoeuvre est encore donc importante...