Quel avenir pour les forêts publiques de Nouvelle-Aquitaine ?

Entre déficit budgétaire et réchauffement climatique, l’Office national des forêts (ONF) négocie actuellement avec l’Etat ses objectifs pour les 5 prochaines années. Les défis sont importants, les inquiétudes également.
 
L'ONF négocie actuellement avec l’Etat ses objectifs pour les 5 prochaines années.
L'ONF négocie actuellement avec l’Etat ses objectifs pour les 5 prochaines années. © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
La Nouvelle-Aquitaine est la région la plus boisée de France. 10% de ses forêts sont gérées par l’ONF.

Cet établissement public est en train de négocier son contrat avec l’Etat pour les 5 ans à venir. Il s’agit de définir des objectifs et des moyens d’action.

Selon Yves Ducos, directeur territorial Centre-Ouest-Aquitaine, "c’est un moment important car des choix fondamentaux sont faits ; et c’est un contexte où le changement climatique a des effets importants dans les forêts..."
 

Un coup de hache dans l’eau ?

Mais ce contexte est aussi propice aux inquiétudes.

Dernier évènement en date, un article du journal  Libération : "Bercy taille à la hache dans l’ONF".
Selon nos confrères, le ministère des Finances voudrait imposer à l’ONF une filialisation des missions d’intérêt général, et le transfert à la sous-traitance travaux forestiers. Par exemple, l’entretien du littoral ou la surveillance contre les incendies deviendraient des activités privatisées, avec un objectif de rentabilité.

La direction de l’ONF nous assure aujourd’hui que "le projet de contrat Etat-ONF ne fait pas du tout mention de ça". Côté syndical, on n’a pas non plus de confirmation.  

Mais pour Philippe Canal, secrétaire général du Snupfen, principal syndicat de l’ONF, l’inquiétude est bien réelle : "Il y a eu 400 suppressions de poste en 2019 et 200 suppressions en 2020. Quand vous perdez autant d’effectif, les missions peuvent exister sur le papier, mais sur le terrain elles existent de moins en moins."
 

Baisse d’effectif

En Limousin, on compte selon le syndicat une quarantaine d’agents de l’ONF. Un poste a été supprimé cette année en Corrèze, et cette évolution à la baisse est régulière selon Jérôme Vany, secrétaire sectionnaire du Snupfen.
Avec des conséquences concrètes selon lui : "Des collègues vont se retrouver sur des secteurs vastes avec des routes qui ne sont pas bonnes. Cela veut dire moins de temps en forêt."

Yves Ducos déplore également ces baisses d’effectif : son territoire est passé de 971 équivalents temps plein en  2017 à 898 en 2020.
Mais il relativise, car selon lui les missions les plus techniques sont conservées par les agents de l’ONF : "On développe la sous-traitance sur des travaux qui se font plus en masse, sur le volume. On souhaite garder la technicité des ouvriers forestiers par exemple pour les travaux sur les dunes, face à l’érosion éolienne et l’érosion marine."

Un constat relativisé par Philippe Canal, pour qui la plus grande partie des plantations est aujourd’hui réalisée par des entreprises privées, avec des effets pervers : "Quand vous plantez 800 plans dans la journée au lieu d’en planter 400, vous avez plus d’échecs techniques, une plus grande mortalité des plans. La plantation, c’est pourtant la base, c’est la forêt de demain."
 

"Accélération et simplification de l’action publique"

Cet article de presse n’est pas le seul sujet d’inquiétude pour les syndicats.

Le projet de loi dit d’Accélération et simplification de l’action publique (ASAP) vise selon le gouvernement à rapprocher l’administration du citoyen, à simplifier les démarches des particuliers et à faciliter le développement des entreprises en accélérant les procédures administratives.

Son article 33 concerne directement l’ONF : il permet à des agents contractuels de droit privé de se voir attribuer des pouvoirs de police, pour l’instant réservés aux agents de l’ONF. Les fonctionnaires assermentés seraient remplacés par des salariés de droit privé. 

Le directeur territorial comprend la crainte des syndicats, mais pour lui, cela s’inscrit dans une évolution : "De fait, les personnels privés sont là avec les mêmes formations."

Mais ces CDI qui remplacent le statut de fonctionnaire ont un autre inconvénient selon Jérôme Vany : ils fragilisent les agents qui travaillent sur le terrain.
Il explique : "Aujourd’hui, on nous impose des sylvicultures très productivistes. Nous devons défendre nos positions face à la direction. Les jeunes collègues en CDI ne peuvent pas tenir tête. Pour pouvoir peser, il faut être fonctionnaire."
 

Enjeu d’avenir

L’arrivée sur le devant de la scène de ces débats illustre l’importance qu’occupera la forêt dans les années à venir.  

Selon Yves Ducos, l’ONF est là pour accompagner la foret publique face au réchauffement climatique : "On va vers une sylviculture assez fine, une forêt « mosaïque », avec différentes essences, différentes structures. Face au changement climatique, il faudra trouver des solutions innovantes."

Dans son plan de relance, le gouvernement a déjà prévu 200 millions d’euros pour les forêts.


 
Les missions  de l’ONF
Valoriser la ressource en bois : l’ONF commercialise près de 35% des volumes de bois sur le marché français.

Agir pour l’environnement : l'ONF protège la richesse écologique de milieux qui abritent près de 80% de la biodiversité terrestre.

Accueillir le public en forêt : chaque année, les forêts françaises accueillent 700 millions de visites. L’ONF aménage et entretient des sentiers pédestres, des pistes cyclables et cavalières, des agrès sportifs, des parcours thématiques.

Prévenir les risques naturels : restauration des terrains en montagne, maintien de l'espace boisé des forêts et lutte contre les avalanches, défense des forêts contre les incendies, protection du littoral.

Prestations et services sur-mesure : l'ONF propose des prestations à destination des collectivités, des entreprises et des particuliers souhaitant valoriser leurs espaces naturels. 
 
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