Une histoire des femmes ouvrières de Limoges

En Limousin, les femmes ont joué un rôle prépondérant dans les luttes sociales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Une exposition retrace leurs luttes et leur histoire à la Maison du Peuple de Limoges.

Les couturières de la maison Renaud Lingerie à Limoges
Les couturières de la maison Renaud Lingerie à Limoges © Photothèque Paul Colmar

C’était il y a longtemps, bien avant MeToo.

A la fin du XIXe siècle et au début du siècle dernier, Limoges est une grande ville industrielle. Porcelaine, chaussure ou textile, les usines fleurissent dans les faubourgs et assurent la prospérité de la ville. Mais à quel prix ?

Ouvrières dans un atelier de décoration de porcelaine au Dorat en Haute-Vienne
Ouvrières dans un atelier de décoration de porcelaine au Dorat en Haute-Vienne © Photothèque Paul Colmar

Ici comme partout en Europe, la richesse et l’industrie se bâtissent sur le travail des ouvriers, des ouvrières, et même des enfants dont les conditions de travail sont extrêmement pénibles.

Peu à peu le mouvement ouvrier s’organise, les syndicats se développent, et à Limoges, les femmes vont y prendre une part prépondérante.

La plupart viennent de la campagne environnante où, plus que dans d’autres régions, elles ont acquis une place centrale et un pouvoir de décision important dans une région où les hommes sont souvent absents une partie de l’année pour vendre ailleurs leurs bras et leur savoir-faire. Un phénomène que l’ethnologue Marie-France Houdart décrira dans son ouvrage « C’est par les femmes » en 2016 (ed Maîade).

Pour Michèle Baracat, la présidente de l’Intsitut d’Histoire Sociale CGT du Limousin « les femmes ont participé à la richesse ouvrière de la région, aussi bien en termes de productivité, de développement économique, qu’en termes de richesse sociale. Et elles ont apporté leur pierre aux luttes sociales".

A Limoges il y avait plus de femmes syndiquées que sur la moyenne nationale : entre 20% et 30% alors qu’en moyenne nationale elles étaient autour de 10%

Ouvrières dans des carrières de Kaolin à Sainy-Yrieix-la-Perche
Ouvrières dans des carrières de Kaolin à Sainy-Yrieix-la-Perche © Photothèque Paul Colmar

En 1895, dix ans après la loi de 1884 autorisant les syndicats, les corsetières de la maison Clément, sous payées et forcées à la prière trois fois par jour, entament une grève de 108 jours. C’est une quasi-première en France à l’époque. Le patron, inflexible, les remplace par des religieuses et finit par toutes les licencier.

Mais quelques mois plus tard, lors du congrès constitutif de la CGT qui se tient le 23 septembre 1895 à Limoges, elles prendront la parole pour relater leur grève et exposer leurs revendications face à des camarades masculins admiratifs.

Ouvrières dans une usine de Porcelaine Haviland à Limoges
Ouvrières dans une usine de Porcelaine Haviland à Limoges © Photothèque Paul Colmar

Dix ans plus tard, en 1905, les ouvrières de l’usine de porcelaine Haviland protestent contre le droit de cuissage d'un contremaitre. Les hommes les soutiennent et contestent la parcellisation des tâches dans les usines qui annonce le triomphe des petits chefs et la fin des ouvriers qualifiés et autonomes dans leur travail.

Le mouvement fait tache d’huile et embrase toute la ville. Des émeutes éclatent. L’armée intervient et tire : un ouvrier y laissera la vie et Limoges restera longtemps marqué par cet épisode de lutte des ouvrières pour préserver leur travail et leur dignité.

Une volonté de rendre hommage au courage de ces pionnières

Aujourd’hui, les photographies de cette époque témoignent encore de ces luttes.

Sur les images rassemblées dans l’exposition, les ouvrières posent, un peu figées, comme sur une photo de classe. Mais les détails ne trompent pas et révèlent, sur les vêtements ou sur les visages, la détermination de ces femmes aux conditions de travail difficiles. Dans les mines de Kaolin, dans les ateliers textiles, dans les usines de porcelaine ou de chaussures, les ouvrières de Limoges n’ont jamais baissé les yeux.

Ouvrière portant une planche de porcelaine à Limoges
Ouvrière portant une planche de porcelaine à Limoges © Photothèque Paul Colmar

C’est pour rendre compte de cette fierté que des étudiantes en licence de développement culturel de l’université de Limoges ont voulu organiser cette exposition.

Arrière-petites filles pour certaines, des visages inscrits sur les photos sépias, elles veulent rendre hommage à la fierté et à la déterminations exemplaires de leurs aïeules.

Ouvrières dans un atelier de confection à Limoges
Ouvrières dans un atelier de confection à Limoges © Photothèque Paul Colmar

Video : femmes ouvrières en Limousin

Reportage : France Lemaire, Jean-Marie Arnal, Chrystelle Reynard.

Intervenants : Théoxane Moreau : co-organisatrice de l'exposition "Femmes ouvrières; Michèle Baracat : Présidente de l'Institut d'Histoire sociale CGT du Limousin; Laurine Duglué : Co-organisatrice de l'exposition "Femmes ouvrières"

Femmes ouvrières en Limousin ©France 3 Limousin

Exposition « Femmes ouvrières » à la maison du Peuple de Limoges du 15 au 19 mars 2021

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
histoire culture social économie patrimoine photographie art