PARIS 2024. L'histoire de Joseph Guillemot, premier médaillé d'or olympique du Limousin

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Le 17 août 1920, à Anvers, Joseph Guillemot, né au Dorat en Haute-Vienne, entre au panthéon olympique. Il est toujours l'unique français à avoir remporté l'or des JO. Un livre revient sur cette histoire méconnue. Un reportage de France Lemaire, Margaux Blanloeil et Marion Haranger ©France Télévisions

Unique champion olympique français du 5000 mètres, Joseph Guillemot est le premier Limousin, avant le lutteur Henri Deglane en 1924 et le judoka Cyril Jonard en 2004, à avoir décroché l'or des J.O. C'était en 1920, à Anvers. Les Ardents éditeurs viennent de publier un livre sur l'histoire de cette gloire, tombée dans l'oubli.

Qui connaît encore Joseph Guillemot ? Né au Dorat en 1899, il est le premier Limousin à avoir décroché un titre olympique. C'était le 17 août 1920, à Anvers, en Belgique, sur le 5 000 mètres. 

Mémoires

Un exploit et l'histoire d'un homme retracés dans un livre "Joseph Guillemot - Mémoires", écrit par Christophe Laguzet.

Lui aussi est un enfant du Dorat. Passionné de sport, il s'est bercé des victoires du champion olympique et, pour son livre, il a fait des recherches, interrogé des habitants, la famille du héros de son enfance, mené un véritable travail d'enquête. 

Il m'a guidé toute ma vie

Christophe Laguzet

"Au-delà de me plaire, il m'a guidé toute ma vie, raconte Christophe Laguzet pour expliquer son attachement à Joseph Guillemot. Comment peut-on en arriver à ce niveau-là, à cette période-là ?", s'émerveille-t-il. 

Christophe Laguzet se souvient quand son oncle Jean Villette lui parlait du jeune Joseph, autrefois en apprentissage dans la pâtisserie familiale. On parlait alors du petit Joseph (J.Guillemot mesurait 1m60) et du grand Joseph, le maître des lieux. 

Victoire !

Mais pour Joseph Guillemot, la pâtisserie, ce n'est pas vraiment une vocation, analyse Christophe Laguzet, plutôt une obligation. Ses parents vendent du poisson, le milieu social est assez modeste. Aîné d'une fratrie de huit enfants, il quitte l'école pour entrer en apprentissage. 

En 1918, il est appelé sous les drapeaux et, dans le bataillon de Joinville, ses capacités physiques sont rapidement remarquées. Il dispute ses premières courses. En 1919, il est champion militaire de cross country, puis champion de France du 5 000 mètres l'année suivante. Il multiplie les titres nationaux, mais le plus glorieux reste le titre olympique.

L'or olympique

Le 17 août 1920, Joseph Guillemot remporte l'or sur le 5 000 mètres. À la surprise générale, il devance le favori finlandais Paavo Nurmi. Celui-ci fait la course en tête, mais sur les derniers mètres, Joseph Guillemot, dossard 329, accélère, et surgit. Il franchit la ligne d'arrivée en tête. Un exploit. Qui aurait pu être réitéré le lendemain, mais le destin s'en est mêlé. 

Il fête sa victoire du 5 000 mètres au restaurant pour le déjeuner. Sa prochaine course est à 17 heures, c'est la finale du 10 000 mètres, mais à 13 heures 30, en plein banquet, on vient le prévenir que la course est avancée. Il n'a pas encore fini son repas, quand on lui annonce que le départ est un quart d'heure plus tard. 

En 1974, dans une émission de télévision, Joseph Guillemot raconte : 

Arrivé sur le stade, j'ai constaté qu'on m'avait soulagé d'une paire de pointes. On n'a pas pu trouver dans le clan français une paire de pointes m'allant.

Joseph Guillemot

Deux pointures au-dessus

Puis "J'ai pris ma valise et arrivé sur le stade, j'ai constaté qu'on m'avait soulagé d'une paire de pointes. On n'a pas pu trouver dans le clan français une paire de pointes m'allant. On m'a prêté une paire avec deux pointures supplémentaires. Obligé de chercher des chaussettes que je me suis mis au pied, chose que je ne faisais jamais d'ailleurs. En plus de ceci, du chatterton pour tenir mes chaussures. Et en plus de ceci, des grosses épingles doubles américaines pour tenir ma culotte, parce que j'avais l'estomac gonflé."

La course est difficile, mais le petit Limousin s'accroche "Nurmi m'avait mis 20 mètres, et je finis à même pas 50 cm de lui". 

S'il y avait eu 1 mètre de plus, je gagnais l'épreuve

Joseph Guillemot

La même année, Joseph Guillemot est donc champion olympique du 5 000 mètres et vice-champion olympique du 10 000 mètres. 

Un caractère de battant

Des prouesses physiques, mais Joseph Guillemot marque aussi les esprits par son caractère, on dit de lui qu'il a un caractère de cochon. 

Il s'en défend : "je n'ai jamais eu mauvais caractère, bien loin de là. Mais j'étais un monsieur à force d'entendre parler les uns et les autres, je disais "vous me racontez des boniments", c'est pour ça qu'on m'a dit que j'avais une tête de cochon."

Une force de caractère qui lui permet de remporter ses courses, admire Christophe Laguzet "Il n'en fait qu'à sa manière. Il s'entraîne comme il veut. Travailler pour l'équipe, c'est bien, mais il est libre dans sa manière de penser les choses, et on voit bien qu'il est très opiniâtre, un battant."

Un caractère qui lui vaut de ne pas se faire que des amis dans l'athlétisme. Peu à peu, il quitte la discipline, d'autant qu'il est amateur, il a donc besoin de travailler. 

Durant sa carrière, il vit à Lyon, ou à Paris, où il ouvre un café, l'Olympe. Il revient régulièrement au Dorat, sa ville natale, pour retrouver ses frères et sœurs.

Un stade à son nom

Une commune qui ne l'oubliera jamais. Le 4 juin 1967, il donne le coup d'envoi du match de football entre l'équipe de France militaire et le LFC, une rencontre pour inaugurer le stade à son nom.

En 1974, enfin retraité, il occupe sa maison d'Oradour-Saint-Genest. Un an plus tard, il y meurt, "à 5 000 mètres de sa commune de naissance", constate Christophe Laguzet. Il y est enterré. Sur sa tombe ont été déposés une palme et des anneaux olympiques, ultime hommage à un champion de légende. 

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