Psychologues scolaires en Haute Vienne : mobilisés… à distance

Avec l’anxiété générée par la Covid-19, le contexte de travail des psychologues a évolué et pris une nouvelle dimension. Entretien avec Martine Frugier, psychologue scolaire en Haute Vienne.
 
Martine FRUGIER   Psychologue scolaire en Haute-Vienne
Martine FRUGIER Psychologue scolaire en Haute-Vienne

Depuis 20 ans, Martine sillonne les établissements scolaires du Limousin. Cette ancienne enseignante spécialisée est rattachée au groupe scolaire Léon Berland à Limoges, elle intervient dans 14 établissements. C’est une situation classique, identique pour ses 17 collègues du département. Cela représente environ pour chacun entre 1 500 à 2 000 élèves de primaire.

Le rapport à la mort

D’ordinaire, Martine réalise un bilan de visu avec l’enfant et sa famille, une étude globale qui permet d’évaluer la situation (dyslexie, troubles cognitifs ou autistiques par exemple). Depuis trois semaines, elle intervient pour l’essentiel par téléphone. Martine ne rencontre aujourd’hui que les enfants des personnels soignants dans le cadre de l’accueil scolaire.

Avec le Covid-19, de nouvelles difficultés sont apparues 

L’actualité de l’évolution du virus au quotidien entraîne une anxiété aussi bien chez les enfants que chez les parents. « Il est important de ne pas entendre ou parler seulement de cela, explique Martine

il faut « couper », les enfants sont des « éponges », ils captent les émotions de leurs parents


Et la psychologue d’ajouter :

Ce sont des sujets liés à la mort. Selon leur âge, les enfants en ont une approche différente. Ils peuvent être inquiets pour les proches, pour eux-mêmes et dans le cas du Covid-19, pour les grands-parents. Cela peut résonner avec des évènements du passé et réactiver des moments d’angoisse. Cela renvoie à une impuissance des adultes, c’est donc inquiétant


Trouver les mots pour rassurer

Dans ce contexte, il est nécessaire pour les parents de communiquer, d’expliquer aux enfants « directement, avec des mots choisis. Ils doivent parler, exprimer leurs sentiments, consentir leur inquiétude mais aussi relativiser. Cela démontre une certaine maîtrise et autorise l’enfant à accepter ses propres émotions. Il peut les exprimer par les jeux, les dessins. Il ne faut pas hésiter à faire des projets pour le futur ».

La situation de confinement

Nous ne sommes pas tous égaux devant le confinement : il est parfois très difficile en terme d’espace de vie mais aussi de moyens (informatiques notamment) pour le suivi des cours et des devoirs. « Beaucoup n’ont que leur téléphone portable pour travailler », constate Martine.
Le travail à la maison peut être source de conflit, de sentiment d’incompétence autant chez l’enfant que chez les parents.
Et de préciser :

Cela peut exacerber certains sentiments qui débouchent sur des crises de colère ou d’opposition face à l’autorité et peut même aller jusqu’à la maltraitance

La psychologue donne des clés pour limiter ces dérives

bien structurer les journées, se lever, laver, petit-déjeuner comme pour aller à l’école, identifier les temps de travail comme ceux de repos et de jeux et instaurer des horaires


Martine souligne également la nécessité de  limiter le temps devant les écrans, de laisser une part d’autonomie mais aussi un partage des tâches pour responsabiliser chacun, selon l’âge. Et ne pas oublier l’exercice physique. Enfin, face à l’ennui, l’idée d’introduire de la légèreté, de l’humour, du jeu, du plaisir partagé demeure essentielle.

La crainte de s’exprimer

La psychologue a conscience qu’un certain nombre d’enfants est en situation précaire. Malheureusement, elle n’intervient qu’à la demande des familles. Mais beaucoup n’osent pas requérir à de l’aide par peur d’être juger, par crainte d’être confrontées à leur « incompétence ».
Martine, pourtant, le rappelle :

les parents ne sont pas là pour remplacer l’enseignant, ils ne sont pas formés à cela. Il faut éviter les conflits à propos du scolaire, privilégier les jeux, le partage et garder confiance dans l’enfant et ses capacités à apprendre


Dans les prochains jours, Martine envisage une communication auprès des enseignants pour refréner certains : « ils peuvent donner trop de devoirs à faire. Ainsi, ils se rassurent eux-mêmes, pour bien faire, sur le principe de « mieux vaut plus que pas assez ».

Pour les enseignants aussi, il faut appréhender cette nouvelle situation, nouvelle méthode d’enseignement à distance, nouveaux outils dans un contexte déstabilisant.

Si vous connaissez des problèmes avec votre ou vos enfants, n’hésitez pas contacter son école. Chaque établissement scolaire possède un ou une psychologue référent.


 
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