Vers de terre. On vous explique pourquoi le Haut-Viennois Christophe Gatineau fonde une Ligue de protection

Comme un symbole : c’est en ce 22 avril, journée mondiale de la Terre, qu’est officiellement fondée la Ligue de protection des vers de terre. Pour son président, l’agronome Christophe Gatineau en Haute-Vienne, il s’agit de doter les lombrics d’un statut juridique, afin de mieux les préserver et donc de favoriser la fertilité et durabilité des sols agricoles.

Pour Christophe Gatineau, le ver de terre, c’est beaucoup plus qu’un dada, c’est un combat. Depuis 2016, son association du Jardin Vivant œuvre pour la préservation des lombrics. Mais aujourd’hui, il veut aller plus loin, en fondant la Ligue de protection des vers de terre. 

"Il y a un moment où il faut franchir le pas. Après tout, depuis huit ans, notre principale activité, c'est de s’occuper du ver de terre et de le réhabiliter dans le modèle agricole."

Car pour l'auteur, en 2018, de L'éloge du ver de terre, son protégé est essentiel à notre alimentation. "Notre nourriture vient de l’habitat du ver de terre. Si l’on détruit son habitat, cela va poser des problèmes pour l’alimentation de demain. Donc, on a tout intérêt à le préserver. Car préserver son habitat, c’est préserver notre alimentation, et c’est préserver ceux qui la produisent." 

Et pour ce faire, la Ligue de protection des vers de terre veut les voir dotés d’un véritable statut juridique.

Notre nourriture vient de l’habitat du ver de terre. Si l’on détruit son habitat, cela va poser des problèmes pour l’alimentation de demain.

Christophe Gatineau

Pourquoi un statut juridique

"Quand un animal n’existe pas dans la loi, il n’existe pas en fait. Il faut que la loi le nomme pour le faire exister, et que l’on puisse commencer à agir. Il y a des associations de défense du loup, de l’ours, du hérisson, des oiseaux… Et elles peuvent agir. Justement parce que ces animaux ont un statut juridique. Donc, on veut pouvoir s’appuyer sur quelque chose de concret pour se battre, et faire reconnaître le ver de terre comme un auxiliaire pour l’agriculture."

En 2021, l’État a reconnu, inscrit au Journal Officiel, que les vers de terre étaient indispensables à la fertilité et à la durabilité des sols. Ce que la Ligue demande, et un courrier a été adressé à ce sujet à Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture, c’est de faire rentrer cette reconnaissance dans un cadre législatif. 

"On dit qu’il y aurait un effondrement des populations de ver de terre. Mais le vrai problème, c’est qu’il a lieu dans les sols cultivés. En dehors, dans les prairies, dans les milieux naturels, le ver de terre n’est pas en danger. Or, dans les sols cultivés, le ver de terre est indispensable, parce qu’avec ses galeries, l’air et l’eau peuvent s’infiltrer. Le ver de terre transforme la matière organique en nourriture assimilable par les végétaux (azote, phosphore, potasse, fertilisants), et ses galeries évitent le ruissellement."

Pour Christophe Gatineau, le sol est un écosystème total, dont le ver est la clé de voûte. "L’arrivée de la chimie a marqué l’apparition des sols moins vivants, qui ne se tiennent plus, car elle a entraîné la diminution des vers de terre et la destruction de leur habitat. Les sols ne sont ni renouvelables ni infinis, c’est une ressource qui s’épuise depuis une cinquantaine d’années, avec la multiplication des productions. Au sens de la loi, l’absence de ver de terre dans un sol, c’est une artificialisation. Quand il y a une diminution de l’activité biologique, c’est une artificialisation, comme si on goudronnait le sol." 

Un statut juridique pour lutter également contre l’utilisation de certains intrants

"Le problème majeur, c’est que l’agriculteur va utiliser des pesticides dont il ne connaît pas la toxicité sur les vers de terre. On va lui donner des indications par rapport aux pollinisateurs, par rapport au milieu aquatique, et libre à lui de choisir de les utiliser ou non. Mais comme les vers de terre n’ont pas de statut, il n’y a jamais eu d’étude ou d’évaluation de toxicité à leur encontre. Cela fait plus de onze ans que cette situation est dénoncée, mais il n’y a toujours rien. Est-ce que tous les fongicides, tous les herbicides, tous les pesticides sont toxiques pour les vers de terre ? On n’en sait rien. Or, entre un produit toxique pour la vie du sol et un non toxique, l’agriculteur choisira évidemment le second. Donc, on a besoin que les fabricants étudient et évaluent l’impact de leur produit sur la vie du sol. Ayons au moins les données sur la table, pour pouvoir en discuter, car on ne peut sans doute pas mettre tous ces produits dans le même sac. Peut-être que certains ont des effets plus faibles, alors privilégions-les !"