Pétanque, Borroka, course sur échasses : les jeux traditionnels sont-ils toujours à la mode dans le Sud-Ouest ?

Il existe une multitude de jeux traditionnels en France. En Nouvelle-Aquitaine, bon nombre d’entre eux se pratiquent parmi toutes les générations. Petit tour d’horizon de quelques jeux anciens souvent issus du monde rural.
Le tir à la corde à Sarlat lors de la fête de la Ringueta en 2018
Le tir à la corde à Sarlat lors de la fête de la Ringueta en 2018 © OT Sarlat

Le tir à la corde, le jeu de quilles ou encore la lutte sont des activités connues de tous, leurs déclinaisons locales sont quant à elles parfois moins visibles du grand public et remontent à des décennies où elles se pratiquaient dans les villages, reflet de la vie quotidienne de ses habitants et souvent seul loisir abordable.

Parmi les nombreux jeux et activités traditionnels qui se pratiquent dans la région, certains sont désormais inscrits au patrimoine immatériel de France, d'autres sont regroupés au sein d’associations ou de groupes folkloriques, enfin certaines sont désormais des sports à part entière.

Si la plupart ne dépassent pas les frontières du département, d’autres se retrouvent dans plusieurs régions de France, même s’il existe parfois quelques variantes et des appellations différentes selon la zone géographique.

Les jeux de boules

Le jeu de boules aurait été créé en Gaule. Les boules étaient d’abord en argile, en pierre, puis en bois et enfin en acier. A la Renaissance, la noblesse s’empare des jeux de boule au même titre que le bilboquet et le jeu de paume, qui deviendra le tennis. Au début du XIXe siècle, le jeu de boules est répandu du nord au sud de la France avec les variantes d’usage. 

La pétanque est la star

C'est la star incontestée des jeux traditionnels du Sud-Ouest. Dans chaque village de Dordogne, il y a plusieurs terrains de pétanque où petits et grands y jouent.

Dans tous les villages, il y a un terrain de pétanque et l'on y joue tout l'été et des tournois sont organisés.

Office du tourisme de Sarlat-la-Canéda

© France 3

D'ailleurs si chaque petit village de France dispose de son terrain de pétanque, ici ce serait plutôt jusqu'à quinze terrains dont disposent les amoureux du cochonnet.

Le jeu provençal appelé aussi “les trois pas” ou “la longue” a donné naissance à la pétanque en 1907.  Le but du jeu est d'approcher ses boules au plus prêt du "but" de celles de son adversaire. La première équipe qui totalise 13 points après plusieurs "mènes" a gagné la partie.

Si l’activité se pratique en loisirs un peu partout, c'est aussi le onzième sport en France par le nombre de licenciés. Il existe de nombreuses fédérations nationales affiliées à la fédération internationale. L’engouement pour ce sport est en hausse dans le département de la Dordogne. Les mondiaux viennent de s'achever à Marseilles et Bergerac va accueillir le championnat de France de pétanque du 7 au 11 juillet prochain. 

La course sur échasses dans les Landes

Les bergers de Seignanx dans les Landes
Les bergers de Seignanx dans les Landes © Bergers de Seignanx

Il s’agit d’une course traditionnelle pratiquée dans les Landes sur des échasses en bois. Elles permettaient au berger de dominer la lande et l'horizon lointain et de surveiller ainsi son troupeau avec plus d'efficacité. L'échasse landaise était donc un instrument adapté à une fonction, celle de berger.

Les Bergers du Seignanx est un groupe folklorique landais d’Ondres qui est spécialisé dans les danses traditionnelles au sol et sur échasses. Ils mettent à l'honneur ce savoir-faire ancestral.

Toutes les générations pratiquent cette activité, plus technique qu'elle n'en a l'air, et s'entraînent pour y parvenir. 

Le groupe folklorique va dès le 9 juillet prochain montrer son talent lors du marché de Seignanx.

La borroka, la lutte dans les Landes

C'est une forme de lutte inspirée de celle qui se pratiquait dans le Pays Basque jusqu’au début du XXe siècle. La lutte traditionnelle basque est inscrite à l’inventaire du patrimoine immatériel en France. Elle se retrouve à Bayonne et ses environs (Saint-Jean-de-Luz, Anglet, Bidache).

La borroka pratiquée depuis début 2000 est une libre interprétation d’une forme de lutte plus ancienne, qui s’inspire également des codes sportifs et festifs du Pays basque français contemporain avec les tenues des lutteurs, l’instrument traditionnel nommé txalaparta en accompagnement musical.

L’association Borroka 64 de Bayonne propose la découverte des luttes traditionnelles et des cultures et traditions qui y sont liées au travers d’une multitude d’animations promotionnelles.

Les quilles à gogo

De nombreux jeux de quilles sont populaires dans les fêtes de village du Sud-Ouest
De nombreux jeux de quilles sont populaires dans les fêtes de village du Sud-Ouest © OT Sarlat

Ce jeu traditionnel gascon remonte à l’Egypte ancienne. Il a été réintroduit dans le Gers dans les années 70 et se pratique désormais dans plusieurs départements dont le Lot-et-Garonne. 

Le jeu est désormais attaché au comité national de quilles au maillet et est affilié à la fédération française de bowling et des sports de quille. Sur une aire de jeu de 11 m2 s'affrontent deux équipes de trois joueurs avec six quilles, le principe étant de laisser une quille debout. Les joueurs jouent sur la terre battue ou le bitume. L’emplacement réservé aux quilles est appelé le pité. Le 24e championnat de France de quilles au maillet se déroule cet été dans le Gers.

Jeu de quilles d’Aquitaine pratiqué au niveau du Bas-Adour (Landes). Il s’agit pour le joueur de faire tomber un alignement de trois quilles à l’aide d’une boule en bois qui pèse entre trois et quatre kilos. Chaque quille a une forme particulière et est longue de 62 centimètres, enfoncée dans un bloc de caoutchouc. 

Le jeu était très répandu dans les années 50 dans les auberges et les cafés ou en famille puis décline avant de revenir à la fin des années 80 et l’ouverture de quilliers à Saint-Jean-de-Marsacq et Saint-Paul-lès-Dax. Ce jeu de quilles de trois est inscrit à l’inventaire du patrimoine immatériel en France.

La rampeau est un jeu traditionnel datant du 19e siècle qui se jouait dans les fêtes de village en Aveyron. Il se pratique avec trois quilles en bois et une boule de fer plus grosse qu’une boule de pétanque. Le jeu a ses variantes selon qu’on le pratique à Sarlat ou Montferrand-du-Périgord.

Le rampeau, jeu de quilles à trois, est populaire dans le Périgord
Le rampeau, jeu de quilles à trois, est populaire dans le Périgord © Ph BS

Le mölkky

Très prisé depuis plusieurs années par les grands et les petits en vacances, c’est un jeu d'adresse inventé par une entreprise finlandaise en 1996 qui s'inspire du kyykkä, jeu traditionnel finlandais de lancer.

Le jeu consiste à marquer 50 points exactement en renversant des quilles numérotées de 1 à 12 sur la partie tronquée. Le joueur lance le mölkky (bâton "neutre" sans numéro) dans l'édifice placé à trois ou quatre mètres. Le score du joueur dépend du nombre de quilles renversées. Il existe une association aquitaine de quilles finlandaises qui organise des compétitions.

Le mât de Cocagne

Jeu traditionnel populaire qui consiste à grimper en haut d’un poteau pour attraper un ou plusieurs objets qui y sont accrochés, généralement une variété de produits du terroir. Le mât est lisse et parfois rendu glissant par de la graisse ou du savon pour compliquer la tâche des grimpeurs. En haut du poteau une roue de charrette ou de bicyclette recueille les fameux trophées.

Son nom fait bien-sûr référence à la contrée imaginaire de Cocagne, où la nourriture serait abondante et gratuite et nul effort nécessaire pour se la procurer. Le jeu est pratiqué dans les fêtes populaires d’Europe, en particulier en France, Espagne et dans les îles britanniques ainsi qu’en Amérique du Sud.

Le mât de Cocagne parmi les jeux traditionnels proposés à Sarlat lors de la Ringueta
Le mât de Cocagne parmi les jeux traditionnels proposés à Sarlat lors de la Ringueta © OT Sarlat

Le tir à la corde 

Sa simplicité en fait un des sports les plus anciens au monde. En Europe, le tir à la corde aurait été popularisé par le milieu naval au XIXe siècle.

Le tir à la corde ou lutte à la corde ou souque à la corde selon les lieux où elle se pratique est un sport qui oppose deux équipes dans une épreuve de force où chacun doit ramener la corde vers soi. Entre 1900 et 1920 l’activité était présente aux jeux olympiques.

Il existe une fédération internationale du tir à la corde, elle organise des championnats internationaux en salle et en plein air. Deux équipes s’alignent à chaque bout d’une corde, chaque équipe doit faire passer l’équipe adverse de l’autre côté de la ligne tracée pour chacune des équipes ou que l’une des équipes tombe à terre.

Au Pays basque, la sokatira ou soka-tira, c’est toujours le principe du tir à la corde avec dans cette épreuve de force populaire deux équipes de huit joueurs qui s’affrontent. Le but est d’amener l’équipe d’en face à dépasser la ligne adverse ou à faire tomber à terre un joueur.

Il était traditionnellement pratiqué dans des places pavées et frontons mais les compétitions entre les clubs se pratiquent actuellement sur l’herbe comme cela est le cas dans d’autres pays.

Le tir à la corde incontournable dans les fêtes de village
Le tir à la corde incontournable dans les fêtes de village © OT Sarlat

Sports ou loisirs ?

C’est un dur labeur que de soulever chaque jour des sacs de blé ou des bottes de paille. Des jeux traditionnels sont nés de ces  pratiques agricoles ancestrales. Restent-ils des jeux traditionnels ou sont-ils des sports à part entière ? Certains ont évolué, d’autres sont restés dans leur jus.

Et la pelote basque dans tout ça ?

Les jeux de balle sont probablement les plus vieux jeux de l'histoire de l'humanité. La pelote basque (en Basque : Euskal pilota) tire ses origines du jeu de paume, jeu sommaire où deux adversaires s'envoient une balle, soit en face à face, soit en frappant dans un mur.

Le jeu consiste, plus précisément, à envoyer de volée ou après un rebond, la pelote contre un mur principal, nommé fronton (le frontis), afin qu’elle retombe sur l’aire de jeu (la cancha). Le point s’achève quand une équipe commet une faute ou si elle ne parvient pas à relancer la pelote après le deuxième rebond.

Si le jeu ancestral exigeant et douloureux qui se pratique à main nue réclame adresse, force, agilité et la “vista” (le coup d'œil vif), les disciplines de la pelote basque sont nombreuses et requièrent des instruments adaptés (en bois et dérivés de la raquette) ; pala, paleta, chistera…Le site de la FFPB (fédération française de la pelote basque recense toutes les spécialités.

La fédération internationale reconnaît douze déclinaisons, tandis que la fédération française de la pelote basque regroupe vingt-deux spécialités.

© Nicolas Mollo / AFP

La Main Nue est arrivée en première et se pratique sur les frontons puis a évolué sur les structures couvertes (trinquet, mur à gauche). Les déclinaisons sont ensuite nombreuses avec des dérivés de la raquette comme le grand chistera (nommée cesta punta quand elle est pratiquée en jaï-alaï) considérée comme la plus spectaculaire, la paleta gomme pleine (appelé pala) est la plus connue de la spécialité, la plus simple à appréhender. Elle se joue à deux contre deux, et se pratique sur toutes les aires de jeux.

On citera aussi la joko garbi (jeu pur), cesta punta, paleta Cuir et pala corta,  paleta gomme creuse… 

Pelote basque : finale du championnat de France main nue

Alors les jeux traditionnels sont-ils toujours à la mode ?

Certains se pratiquent toujours aujourd’hui dans les fêtes de villages ou dans le cercle familial et permettent de conserver à travers eux les traditions ancestrales rurales. D’autres se sont transformés en véritables activités sportives avec des fédérations françaises comme la pelote basque.

L’institut culturel basque détaille les différents jeux traditionnels de la région. Outre le tir à la corde, on y retrouve des jeux issus de la vie rurale et du quotidien des travailleurs locaux. 

Des jeux traditionnels dans les fêtes de village du Sud-Ouest issus du monde agricole.
Des jeux traditionnels dans les fêtes de village du Sud-Ouest issus du monde agricole. © OT Sarlat

Il y a pêle-mêle, Le “lever” de charrette, les scieurs de long Arpana, les bûcherons (Aizkolariak), la course aux sacs (Zakulariak), le lever de bottes de pailles (lasto altxari) ou encore les laboureurs, lever de pierre, tronc d’arbre, lancer de bottes de paille, course des épis de maïs, course des bidons de lait et même lever d’enclume. Des jeux on ne peut plus parlants recensés par l’institut culturel basque.

Une fête du jeu traditionnel

De ces jeux traditionnels est né un rendez-vous régional incontournable, la Ringueta, fête des jeux traditionnels de Sarlat. L’occasion pour les visiteurs de tester les jeux d’autrefois.

La Ringueta est la fête des jeux traditionnels d’antan. Créée en 1985, ce festival est l’occasion de découvrir comment nos aïeuls avaient coutume de s’amuser en Périgord

La Ringueta

La fête des jeux traditionnels à Sarlat pour le bonheur des petits et des grands
La fête des jeux traditionnels à Sarlat pour le bonheur des petits et des grands © OT Sarlat

Pendant deux jours, à la Pentecôte, les années paires uniquement, chacun peut venir essayer près de trente jeux traditionnels occitans sur la Place de la Grande Rigaudie de Sarlat. "Le rampeau est le jeu très prisé car il est très simple avec 3 quille". Un jeu qui a trouvé son public "les anciens agriculteurs jouent et sont présents à chaque rampeau dans les villages'" précise-on à l'Office du tourisme de Sarlat-la-Canéda.

 

Un engouement d'actualité

Si l’on s'éloigne un peu des jeux de “force” qui nécessitent une bonne condition physique, dans les fêtes des écoles, kermesses, anniversaires ou mariages, il est fréquent de retrouver des jeux traditionnels d’adresse et de pouvoir s’y initier. C’est alors l’occasion de tester des échasses, des jeux de lancer d’anneau, de quilles, etc.

L’engouement pour les jeux traditionnels et notamment dans le Sud-Ouest est donc toujours d'actualité car ils sont souvent faciles à pratiquer (pétanque, échasses, boules…) avec un matériel simple et parfois issu de la vie quotidienne (tir à la corde, lancer de bottes de paille…).

Le mât de Cocagne parmi les jeux traditionnels prisés des fêtes de village
Le mât de Cocagne parmi les jeux traditionnels prisés des fêtes de village © OT Sarlat

Si les spécificités de certains jeux échappent au commun des mortels, des spécialistes maîtrisent leur sujet et transmettent leur passion dans des clubs ou associations locales. Une autre raison de leur succès actuel réside peut-être aussi dans l'envie, pour certains puristes, de les garder vivant, comme trace de la vie quotidienne et des loisirs d’antan.

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