Épuisé, sursollicité, un maire jette l'éponge et redoute une crise des vocations

Figure de la vie publique lot-et-garonnaise, élu et réélu à la tête de la bastide de Puymirol depuis 2001, Jean-Louis Coureau a décidé de démissionner de l'ensemble de ses mandats publics à la fin du mois. Epuisé par une fonction chronophage.

"De toutes les actions que j'ai pu mener ces cinquante dernières années, le mandat de maire a été le plus beau" affirme Jean-Louis Coureau, premier magistrat de la bastide de Puymirol, cité du XIIIe siècle, située à une vingtaine de kilomètres à l'ouest d'Agen.

La "colonne vertébrale de la collectivité"

 "Nous sommes des investisseurs, nous réalisons, nous construisons pour le bien-être et l'amélioration des conditions de vie de nos concitoyens.
Nous sommes aussi des médiateurs, des facilitateurs, nous devons apaiser les tensions en cette période troublée. Nous faisons face aux problèmes de perte d'emploi, de santé de nos administrés... Rien n'échappe à un maire. Il est, avec son équipe, la colonne vertébrale de la collectivité".

Pourtant, malgré une troisième réélection en 2020, l'élu a pris une décision radicale. Il arrête.  A aujourd'hui  67 ans, Jean-Louis Coureau s'avoue épuisé.

Une avalanche de sollicitations

Il explique recevoir "cinquante à soixante mails et autant de sms par jour". Une "avalanche de sollicitations", intensifiée avec le développement des smartphones et des réseaux sociaux. "Comment pouvons-nous y répondre, avec uniquement une ou deux collaboratrices ?

"C'est cet épuisement qui m'amène à tirer ma révérence aujourd'hui. Et je ne suis pas le seul malheureusement." 

"Vous verrez que beaucoup de collectivités auront du mal à trouver une équipe pour reprendre le flambeau aux prochaines municipales en 2026"

Jean-Louis Coureau - maire de Puymirol

à France 3 Aquitaine

Démissions en série

Romain Labrousse, le directeur adjoint de l'antenne lot-et-garonnaise de l'association des maires de France, reconnaît que la fonction de maire a considérablement changé depuis les années 1990/2000. 

 "Il n'est pas évident d'être maire en 2022, ce n'est pas du tout le même engagement qu'il y a vingt ans" explique celui qui accompagne les élus du département au quotidien. "Il y a de plus en plus de règles, de nouvelles lois qu'il faut maîtriser, de contraintes administratives, de responsabilités". Il évoque les exigences demandées dans la gestion des budgets, la course aux subventions, les rapports parfois compliqués avec les intercommunalités.

Plus de huit cents maires, de petites communes rurales pour la plupart, ont quitté leurs fonctions depuis 2020 en France.

Soit presque deux fois plus que durant la précédente mandature."La crise du covid a aussi usé beaucoup d'élus" reconnaît Romain Labrousse. Il souligne qu''être maire aujourd'hui, c'est du 18 heures sur 24".

C'est une présence permanente pour 600 à 800 euros d'indemnité par mois dans les plus petites communes, et autour de mille euros pour celles de mille habitants.

Romain Labrousse - directeur adjoint association des maires de France 47

à France 3 Aquitaine

Une grande souffrance

Jean-Louis Coureau affirme avoir observé "une grande souffrance chez ses collègues". Il évoque les agressions, verbales et physiques, parfois violentes. 

La mairie est le seul réceptacle de l'ensemble des doléances aujourd'hui

Jean-Louis Coureau - maire de Puymirol

à France 3 Aquitaine

"Le maire est sur tous les fronts, appelé du lundi au dimanche, pour le coq qui chante, des chevaux sur la route, des problèmes de voisinage, de mobilier urbain détruit, de maisons insalubres... c'est très lourd".

Et cela l'est d'autant plus avec la disparition des services publics en milieu rural. "Dans les communes rurales, soit la grande majorité, le maire ne peut compter que sur son adjoint, son bon sens et sa capacité à surmonter les difficultés" confie l'édile de Puymirol. "Depuis que je suis élu, je n'ai jamais vu autant de déceptions par rapport à la difficulté d'exercer au quotidien".

Conseillers municipaux et secrétaires de mairie en voie de disparition...

L'autre constat, inquiétant, est la désaffection des conseillers municipaux.

On constate que certains ne viennent plus aux réunions

Romain Labrousse - directeur adjoint association des maires de France 47

à France 3 Aquitaine

"Ça commence à poser problème, car chacun s'occupe d'un domaine bien précis. Parfois, ils se retrouvent à cinq ou six alors qu'ils devraient être onze dans les petites communes".

Autre phénomène, le problème de recrutement des secrétaires de mairie. La moitié des secrétaires actuelles devraient partir à la retraite d'ici à 2030. "Aujourd'hui, plusieurs communes n'en ont plus et n'arrivent pas à en trouver".  Là encore, la fonction n'attire plus. "La secrétaire est le premier rempart. On entre rarement dans une mairie pour remercier ou féliciter. C'est toujours réclamer, contester, dénoncer des situations dégradées. Elles sont en première ligne".

Une revalorisation de leur statut s'avère nécessaire. "Elles sont de véritables assistantes de direction. Elles aident le maire sur absolument tous les sujets et elles sont au plus bas dans la catégorie des agents territoriaux". Romain Labrousse souligne l'importance d'avoir des maires soutenus et accompagnés. Au sein de l'AMF, "on essaie d'être à leur chevet, on organise des formations, de la prévention".

Il ne faut pas qu'un maire se sente seul

Romain Labrousse - directeur adjoint association des maires de France, antenne du 47

à France 3 Aquitaine

Jean-Louis Coureau est le premier vice-président de cette association des maires de France en Lot-et-Garonne. Jusqu'à sa démission fin janvier. "Il va nous manquer" regrette Romain Labrousse. "Ses cinquante ans d'investissement dans la vie publique lui permettait d'aider ses collègues sur de nombreux dossiers".

Voir le reportage à Puymirol d'Ingrid Gallou et José Souza : 

durée de la vidéo : 00h01mn41s
Figure de la vie publique lot-et-garonnaise, elu et réélu à la tête de la bastide de Puymirol depuis 2001, Jean-Louis Coureau a décidé de démissionner de l'ensemble de ses mandats publics à la fin du mois. Epuisé par une fonction chronophage. ©I. Gallou - J. Souza

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