Les guetteurs de vent

Entre les artisans pour lesquels le patrimoine c'est du travail avec un savoir-faire qui doit conjuguer tradition et innovation, les historiens et archéologues qui veulent témoigner du passé, pouvoir l'étudier, la conservation d'un lieu historique n'est pas une mince affaire...

Tout est arrivé grâce à un héritage... Une ferme du nord du Poitou à Marmande, pas Marmande dans le Lot et Garonne mais Marmande de la frontière médiévale de la Touraine, du Poitou et de l'Anjou.

Vue de près, cette ferme était juste accolée à un donjon et à une tour de guet, enclose dans une enceinte dotée de tours, d'archères et de chemin de ronde, bordée d'un large fossé, creusée de souterrains. Du patrimoine lourd, les restes d'un château féodal soigneusement non entretenu. Les curieux ou les amoureux avaient le droit de monter dans la tour de guet pour y graver leurs noms... Et c'est tout.

Grace au loto du patrimoine, au soutien de plusieurs mécènes et surtout de la Drac Nouvelle Aquitaine, des travaux de restauration ont été entrepris. Du jamais vu depuis des siècles sur ce site. A travers ce programme de travaux, nous pouvons découvrir le partager la passion et le savoir-faire des tailleurs de pierre, des charpentiers, des ardoisiers, des couvreurs, des archéologues, des historiens, des architectes et autres "guetteurs de vent".

Une formidable aventure pour sauver quelque chose de complètement inutile : une tour de guet, une guette, construite en 1300, haute de plus de 30 mètres, un vrai phare au milieu de nulle part, l'emblème du site et la tour maitresse. 

 

Contrairement aux idées reçues, les bois étaient taillés verts et mis en place peu de temps après l'abattage. A Marmande, il a été décidé d'abattre les chênes nécessaires dans la forêt voisine. Pour les utiliser, il va falloir refaire les gestes des charpentiers qui ont construit la charpente d'origine, ôter le minimum d'aubier, oublier la scie et utiliser une hache, la doloire.
L'abatage doit se faire selon la tradition : à la lune descendante, en hiver avant la reprise de la sève. En opérant de cette façon, le bois pourra être travaillé de suite.

C’est simple, dans ce film j’ai plusieurs casquettes: réalisatrice, auteure et maître d’ouvrage, puisque cette tour c’est le cadeau empoisonné de l’héritage de ma mère. Après 6 ans d’efforts continus pour faire classer le site, faire venir des étudiants et archéologues pour en commencer l’étude scientifique, trouver des sous pour les énormes programmes de travaux d’urgence, (nous en sommes à 800 000€) et comme intermittente, sans fortune personnelle, je n’avais pas d’apport. C’est là que la pratique de la production aide! Enfin nous avons pu commencer ce programme de restauration et étant sur place au jour le jour, j’ai découvert ces métiers du patrimoine. Les regarder travailler, réfléchir, comprendre l’histoire d’un bâtiment à partir d'un mortier ou d’une pierre de travers, c’est passionnant. Et comme nous étions partis dans cette restauration à travailler au plus près de la pratique originelle: des bois locaux, des pierres, sable et ardoises locales, j’ai voulu raconter cette histoire sans trop savoir évidemment comment le chantier allait se passer. Il y a eu le covid, des contre-temps, mais au final, ils ont réussi ! On nous donne à voir des monuments emblématiques, Notre Dame en particulier. Mais il y a sur notre territoire énormément de petits sites comme le nôtre avec des gens passionnés sans trop de moyens qui donnent beaucoup pour sauvegarder ces tours, moulins, murailles. Comme le dit V. Hugo, le patrimoine, c’est la propriété d’un seul mais la possession de tous!

Véronique Kleiner

La charpente une fois achevée sera recouverte d'ardoises. Autrefois, les premières toitures couvertes en ardoises provenaient de l'Anjou, approvisionnées par bateau via la Loire et La Vienne. Aujourd'hui, à Marmande, le choix s'est porté sur Travassac, une carrière corrézienne ré-ouverte depuis peu et qui offre des schistes d'un magnifique bleu-gris veiné d'ocre parfois, aux tons variés.

 

Les guetteurs de vent

Documentaire de 52'
réalisé par Véronique Kleiner et Didier Deleskiewicz
Coproduction : France télévisions / Picta Productions
Diffusion sur France 3 Nouvelle-Aquitaine
Lundi 20 Septembre à 23.00
 

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