"La prison ne me fait pas peur" déclare la militante basque Aurore Martin avant son procès à Madrid

Aurore Martin est jugée à partir du 12 janvier à Madrid pour son appartenance au parti indépendantiste basque Batasuna, interdit en Espagne mais pas en France. La jeune femme, âgée de 36 ans encourt 10 ans de prison.

La jeune femme, âgée de 36 ans, encourt 10 ans de prison. Elle comparaîtra devant le tribunal de l'Autorité nationale avec une autre militante basque française, Haizpea Abrisketa, et 33 Basques espagnols pour "faits de participation à une organisation terroriste et terrorisme".
En l'occurence, leur appartenance à Batasuna, qualifié par Madrid de bras politique de l'organisation séparatiste basque ETA, interdit en 2003 en Espagne, mais pas en France et qui s'était dissout en 2013 des deux côtés de la frontière.


"Un tribunal d'exception"

"L'Audience nationale est un tribunal d'exception, insiste Aurore Martin, car une partie des faits pour lesquels je vais être jugée ne sont pas constitutifs d'un délit".
De fait, le 23 novembre 2010, la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Pau avait ordonné la remise d'Aurore Martin à la justice espagnole uniquement pour sa participation aux manifestations publiques de Batasuna sur le territoire espagnol, excluant les faits en France, Batasuna n'étant pas illégal sur le sol français.
Cette décision avait suscité des réactions d'indignation en France bien au-delà du cercle du mouvement nationaliste basque, tant à droite qu'à gauche.

Après être restée clandestine plusieurs mois, la jeune femme avait été remise à l'Espagne le 1er novembre 2012 sur la base d'un Mandat d'arrêt européen (MAE) et incarcérée à Madrid pendant 52 jours avant d'être libérée sous condition. La militante insiste : 

"Dans l'arrêt de renvoi devant l'Audience nationale à Madrid, ma participation à une conférence de presse à Bayonne figure comme un des chefs d'accusation".


Pour Henri Labayle, professeur de droit public (Université des Pays de l'Adour) et spécialiste en droit européen, "l'Espagne commet ainsi une violation de l'article 27 paragraphe 2 de la décision-cadre instituant le Mandat d'arrêt européen et interdisant la poursuite pour une autre infraction que celle ayant motivé la remise".

"Une décision collective" 

Aurore Martin sera face à ses juges le 12 janvier, pour un procès-fleuve jusqu'au 12 juin et un jugement peut-être en 2016, alors qu'en 2010 après la décision de la Cour d'appel de Pau de la remettre à l'Espagne, elle avait choisi la fuite: "A l'époque il s'agissait d'une décision individuelle, là
nous sommes 35 à comparaître, c'est une décision collective
", explique-t-elle.
"Nous avons décidé de nous présenter parce que le contexte a changé. L'ETA a déclaré un cessez-le-feu il y a trois ans et le processus de paix avance malgré l'inertie de l'Espagne et de la France", estime-t-elle.

"Je souhaite que ce procès fasse comprendre à la société internationale que le processus de paix manque d'espaces de discussion avec l'Espagne et la France".


Depuis le 20 octobre 2011, l'ETA a renoncé à la lutte armée, mais Madrid refuse tout dialogue, comme Paris, exigeant la dissolution et le désarmement pur et simple de l'organisation, ce que l'ETA refuse tant qu'une solution n'aura pas été trouvée pour ses détenus (469, dont 97 en France),
principale pierre d'achoppement d'une normalisation.
Le 21 décembre 2014, le gouvernement régional basque, dirigé par des nationalistes modérés, en a appelé directement à l'ETA en vue d'un processus rapide, viable et effectif de désarmement avec un plan par étapes. "Le gouvernement basque essaie de débloquer la situation",
note Aurore Martin.
"Je serai condamnée. L'Espagne m'avait relâchée en 2012 à cause de la pression sociale qu'avait suscitée mon incarcération au sein de la société française. Mais, à Madrid, je ne suis rien et s'il y a une mobilisation qu'autour de mon nom, je la refuserai.

Le problème n'est pas mon cas personnel, mais celui des 34 personnes qui vont être condamnées avec moi pour leur activité politique".


L'ETA est considérée comme responsable de la mort de 829 personnes en plus de 40 ans d'attentats pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre.