Pyrénées : Les gros doutes sur les premières hypothèses de la mort de l'ours Cachou

L'hypothèse d'une chute, c'est ce qu'évoque le premier rapport d'autopsie espagnol. Des éléments qui ne sont pas assez complets pour les organisations de défense de la nature espagnoles et françaises, qui souhaitent que la transparence, sur la mort de Cachou, soit totale.

L'ours Cachou retrouvé mort par les agents ruraux catalans
L'ours Cachou retrouvé mort par les agents ruraux catalans © Agents rurals Catalunya
L'ours Cachou a été retrouvé mort le 9 avril par des agents forestiers sur le territoire de Les, une commune frontalière dans la province de Lleida en Catalogne. Les premiers résultats du rapport d'autopsie soulèvent des doutes en France comme en Espagne.

Un combat et une chute

Les premières conclusions de l'autopsie réalisée à l'Université autonome de Barcelone (UAB) laissent entrevoir l'hypothèse d'une lutte avec un autre ours mâle suivie d'une chute de 40 mètres, pour expliquer la mort de Cachou, un mâle de 6 ans considéré comme l'un des individus les plus agressifs parmi les ours réintroduits dans les Pyrénées. Le Conseil général du Val d'Aran a publié cette information sur son site et son compte Twitter.

Etant donné qu'il s'agit d'un mâle adulte, nous pouvions en déduire que seul un autre ours a pu causer les blessures observées - Conseil général du Val d'Aran

Les analyses biologiques attendues

Dans un rapport publié le mardi 14 avril, le Conseil général du Val d'Aran souligne que "l'autopsie a permis de constater la présence de blessures perforantes avec hémorragies sur la partie gauche du crâne". Repris par le quotidien local Heraldo de Aragon, le rapport préliminaire d'autopsie précise également que l'ours Cachou "présentait un état corporel normal, qu'aucune lésion microscopique n'a été observée et aucun organe vital altéré". Des analyses biologiques et autres examens complémentaires doivent être réalisées dès que possible, les laboratoires espagnols étant, en ce moment, mobilisés par les tests de Covid-19.
 

De sérieux doutes

Dans un communiqué de presse publié sur leur page Facebook, repris dans un article du quotidien el Periódico de Catalunya, quatre associations environnemenatales catalanes (Ipcena-EdC, Seo Birdlife Catalunya, FAPAS et la Federació Ecologistes de Catalunya) expriment leur sceptiscime sur les premières conclusions du rapport préliminaire d'autopsie. Pour elles, "il est peu pensable que Cachou se soit battu avec un autre plantigrade, car ce genre d'affrontement se déroule face à face avec coups de griffes et morsures ce qui provoque des blessures graves au niveau de la gueule, du museau et des oreilles. La photo publiée par les agents ruraux qui ont trouvé le cadavre de Cachou montrent cette partie du corps en bon état". Même doutes pour les défenseurs de la faune catalans sur la chute de 40 mètres. 

Un ours pesant plus de 200 kilos et chutant dans un dénivelé de 40 mètres aurait dû subir, à coup sûr, de nombreuses fractures aux extrémités, ce qui n'est pas le cas lorsqu'on observe le bon état de la dépouille de Cachou sur les photos - Ipcena-EdC, Seo Birdlife Catalunya, FAPAS et la Federació Ecologistes de Catalunya

Empoisonné ?

Pour les associations environnementales catalanes, la mort de Cachou est peut-être à rechercher ailleurs. Dans une interview accordée à Catalunya radio, Joan Vázquez, le porte-parole de l'association Ipcena, met l'accent sur l'expression de la gueule de l'ours Cachou lorsqu'il a été retrouvé mort : "j'ai parlé à des vétérinaires et des biologistes qui m'ont affirmé que cette sorte de sourire sardonique que l'on note sur Cachou est significatif des animaux morts par empoisonnement. Les muscles se crispent, se rétractent vers le haut et laissent apparaître les incisives". Sans être la cause directe de sa mort, ce poison aurait-il affaibli Cachou? Sa chute aurait-elle été provoquée par cet état de faiblesse?
 


Une transparence totale

"Des analyses toxicologiques complètes" c'est également ce que demandent les associations pro-ours. Pour Gérard Caussimont, le président du FIEP (Fonds d'intervention éco-pastoral), "il n'est pas impossible que Cachou ait déroché après une altercation avec un autre ours, mais pour dissiper tous les doutes il faut de la part du gouvernement catalan une transparence totale". Des deux côtés des Pyrénées, les associations environnementales s'accordent à dire que la question essentielle est celle du fongicide utilisé, par le gouvernement catalan,  sur les carcasses d'animaux pour détourner les plantigrades de la viande. Ce fongicide utilisé comme répulsif-vomitif serait également susceptible d'empoisonner la faune sauvage.

Tant que l'on n'aura pas la totalité des analyses toxicologiques détaillées et que l'on ne connaîtra pas le nom précis de la molécule du fongicide utilisé pour cette opération, on ne peut pas véritablement savoir si c'est effectivement une mort suite à un combat entre deux mâles ou un accident survenu après l'affaiblissement de l'organisme de l'ours Cachou - Gérard Caussimont, président du Fiep

 


 
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