Mosquée de Bayonne : l'avocat des victimes évoque une mascarade et réclame la requalification en acte terroriste

Deux hommes âgés de 74 et 78 ans ont été blessés par les tirs de Claude Sinké dans l'attaque de la mosquée de Bayonne le 28 octobre 2019 / © F3Euskal Herri
Deux hommes âgés de 74 et 78 ans ont été blessés par les tirs de Claude Sinké dans l'attaque de la mosquée de Bayonne le 28 octobre 2019 / © F3Euskal Herri

Alors que Claude Sinké a été mis en examen hier soir et écroué pour tentative d'assassinat et encourt la réclusion criminelle à perpétuité, l'avocat des deux victimes blessées par arme à feu réclame une requalification en acte terroriste. 

Par CA

Les deux hommes blessés par Claude Sinké lundi après-midi devant la mosquée de Bayonne ont vu leur état de santé de stabiliser.

L'un d'entre eux, âgé de 74 ans, est blessé au niveau du cou alors que le deuxième, 78 ans, a été touché au thorax et au bras droit. 

Ils ne sont plus en danger a révélé leur avocat Maître Méhana Mouhou.

Pour lui, aucun doute, il s'agit là d'un acte terroriste. Il demande au parquet national antiterroriste de se saisir de l'affaire alors qu'il n'en est pour l'heure pas question.
 
L' avocat des victimes de l'attaque de la mosquée de Bayonne évoque un acte terroriste
Pour Maître Méhana Mouhou, le caractère terroriste de l'attaque ne fait aucun doute.


Il souhaite également que les deux hommes et leurs familles soient reçus par le président de la République.

"Une mascarade"

"C'est un acte terroriste, c'est la définition du code pénal" affirme Méhanna Mouhou qui compte demander  une audience au procureur général antiterroriste.

"Pour l'instant, on refuse de se constituer parties civiles pour ne pas participer à cette mascarade"

Maître Mouhou, spécialisé dans la défense des victimes de terrorisme, explique que "l'acte de terrorisme, c'est un acte portant atteinte ou tentant de porter atteinte à la vie, ce qui est le cas. Cette tentative d'assassinat porte gravement atteinte à l'ordre public".

L' actuelle mise en examen pour des chefs de tentatives d'assassinat, dégradation et destruction aggravées, violence avec arme sur personne dépositaire de l'autorité publique et violence avec arme "est une ineptie judiciaire, elle ne correspond absolument pas à la réalité des faits" affirme Méhanna Mouhou.
 

Conscience parfaite des faits


Il estime que l'altération partielle de discernement décelée par l'expertise psychiatrique, est "un écran de fumée".

C'est "parce qu'on n'a pas voulu ouvrir pour acte de terrorisme alors qu'il a un discernement parfait" ajoute l'avocat qui rappelle que Claude Sinké est venu faire des repérages à plusieurs reprises et qu'il est connu pour être islamophobe et raciste.

"Il a une bonbonne de gaz, il a des armes, il y a un ciblage. Donc, il avait une conscience parfaite de ce qu'il a fait" résume t-il.

   

Claude Sinké en prison jusqu'au procès


Le suspect landais de 84 ans a été mis en examen et écroué mercredi soir après avoir été présenté à un juge d'instruction.

Il devrait rester en prison jusqu'à la tenue de son procès à l'issu duquel il risque la réclusion criminelle à perpétuité. 

Selon les experts psychiatres, il souffre d'une "altération partielle de son discernement", mais sa responsabilité pénale reste engagée.

Cependant le parquet de Bayonne a annoncé que le Parquet national antiterroriste n'entendait pas se saisir du dossier.

Claude Sinké avait déclaré avoir voulu incendier la mosquée de Bayonne pour "venger la destruction de la cathédrale de Paris", qu'il attribue aux musulmans.

"L'ensemble de son audition interroge sur son état de santé psychique" explique le procureur de Bayonne Marc Mariée.

Lors de sa garde à vue, l'octogénaire a démenti avoir voulu tuer en mettant le feu à la porte de la mosquée, expliquant avoir procédé à des repérages pour être sûr de n'intervenir "qu'à un moment où elle était très peu occupée".

Ces affirmations cadrent mal avec le récit de l'attaque, reconstituée notamment grâce à des témoignages et des caméras de surveillance.

Une attaque filmée par des caméras de vidéo surveillance


Le suspect a ainsi tiré une première fois sur un homme assis près de la mosquée, puis à deux reprises sur un conducteur avant de mettre le feu à son véhicule. Il avait aussi braqué son arme face aux forces de l'ordre venues l'interpeller.

A Saint-Martin-de-Seignanx où il vit, les voisins du suspect le présentent comme un homme "avec des obsessions", au verbe "parfois assez violent".

Un veuf qui vivait seul dans son pavillon à la porte d'entrée surmontée d'un drapeau tricolore. 

Il avait récemment adressé un courrier rageur à l'ordre des avocats de Bayonne et au procureur de Dax disant vouloir porter plainte contre Emmanuel Macron et tenant des propos déocusus.

"Chirac, De Gaulle, Macron, Moscovici, Hollande, Fabius, Juppé, Larcher, Delors, le Vel d'Hiv, les retraités, les gilets jaunes, les grèves...Tout y passe", écrit le journal Sud-Ouest qui a également reçu le courrier dans lequel "les théories complotistes se mêlent aux propos racistes et discriminatoires" dans des "mots mal orthographiés, dactylographiés en rouge, en noir et dans des polices de tailles différentes" explique le journal.


Il se présentait comme un artiste sur les réseaux sociaux


Le parquet, mais aussi son avocat, sont restés très discrets jusqu'ici sur la biographie de cet homme de 84 ans qui se présentait sur les réseaux sociaux comme un artiste, un sculpteur, auteur d'un livre "La France à coeur ouvert ou la misère humaine".

Né à Meknès au Maroc en septembre 1935, avec un père légionnaire à Aubagne, il aurait été appelé du contingent de la guerre d'Algérie.

Sa carrière politique, avec une candidature sous l'étiquette Front national aux élections départementales de 2015, ne semble pas avoir fait long feu. "C'était une liste de farfelus qu'on n'a jamais vus faire campagne", affirme Claude Paucton, ancien correspondant pour le journal Sud Ouest à Saint-Martin de Seignanx, qui l'a beaucoup côtoyé.
  

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