Prix de la consultation : 110 médecins menacent de se déconventionner, malgré "l'impact très lourd" pour les patients

Face au bras de fer avec la sécurité sociale sur le tarif de la consultation, de nombreux médecins généralistes des Pyrénées-Atlantiques ont décidé de sauter le pas et de se déconventionner au 1er janvier 2025. Ils manifestaient, ce mardi 12 mars, à la mi-journée devant la CPAM de Pau pour faire entendre les raisons de leur colère.

Ce mardi devant la CPAM des Pyrénées-Atlantiques à Pau, ils n'étaient qu'une trentaine de médecins à exprimer leur colère, mais la fronde est bien plus importante dans le département. Sur les pancartes ou sur leurs blouses blanches, les slogans dénoncent l'incompréhension entre la Sécurité sociale et leur profession. "Je ne suis pas paperassologue !", "Je suis Hippocrate, ils sont hypocrites" ou encore "sans moyens, pas de soins". Bref, des "Médecins en colère".

Consultation à 40 euros

Parmi eux, le docteur Vonick Corvest.  Médecin généraliste, il est installé à Bizanos près de Pau depuis 2009 dans "un cabinet de groupe" avec trois autres confrères. Dernièrement, le quatrième médecin qui complétait l'effectif a jeté l'éponge. "Un de nos confrères a déplaqué, c'est-à-dire que là, en novembre, il a quitté la médecine générale parce qu'il n'en pouvait plus. Donc, il est parti faire médecin du travail".

Dans un article précédent, il s'était confié sur le contexte difficile de sa profession. Ce 12 mars, il nous explique pourquoi, comme pour les 109 autres médecins généralistes, il a choisi le déconventionnement. "Nous sommes, 110 médecins généralistes du 64, ça fait à peu près 17 % des médecins généralistes du 64, prêts à nous déconventionner le 2 janvier 2025. Se déconventionner, en fait, ça aura un impact très lourd pour les patients. Et nous espérons du coup que la Sécurité sociale sera obligée de s'adapter pour rembourser". Dans ce cas la consultation serait envisageable selon lui à 40 euros, sachant que "la moyenne européenne, c'est 47 euros, en médecine générale".

"Nous, on n'a pas le droit d'être en déficit"

Cette décision grave, c'est le résultat d'une lente dégradation des conditions de soins et de travail. "Depuis un an et demi, nous avons des honoraires qui, malgré tout, restent bloqués. Cela impacte directement la qualité de réception de nos patients dans nos cabinets médicaux". La situation financière également des cabinets en est impactée, selon, lui. "Nous, contrairement aux centres gérés par des municipalités ou des collectivités, on n'a pas le droit d'être en déficit".

L'inflation, elle touche tout le monde, même les médecins généralistes !

Dr Vonick Corvest

Médecin généraliste à Bizanos

Des négociations vont reprendre jeudi 14 mars entre les syndicats de médecins et la sécurité sociale. Il s'agit, pour eux aussi,d'expliquer qu'il ne s'agit pas pour eux de s'enrichir, mais de maintenir simplement la qualité des soins. " Vous avez probablement compris que la consultation revalorisée à 30 euros était actée ? Mais ça n'est absolument pas le cas. En fait de revalorisation, c'est juste un rattrapage de l'inflation. Donc si jamais on passe à 30 euros, ça reviendrait à l'équivalent de la consultation de 2017, à cause de l'inflation".

Et le médecin d'ajouter qu'il y a des contreparties. "Ces 30 euros seront tenus à contrainte. Nous serons obligés de prendre plus de patients, de prendre plus de gardes, d'accepter des installations dans des déserts médicaux. Et tout ça, tout ça avec une contrainte impossible à tenir, il va falloir moins prescrire !"

Se déconventionner

 Leur intention est donc de se déconventionner au premier janvier 2025. Le Dr Corvest dénonce l'évolution de la Sécurité sociale qui veut "faire de l'économie dans les coûts". "L'impact direct, c'est ça : on va moins payer les infirmières, les kinés, les médecins généralistes, pour qu'ils augmentent leurs soins, pour qu'ils voient plus de gens". 

 

Ca coûtera moins cher. C'est une ineptie que nous dénonçons !

Dr Vonick Corvest

Médecin généraliste à Bizanos

54 heures de travail par semaine

Il n'est pas très optimiste sur les conséquences d'une signature et s'inquiète d'une augmentation de son temps de travail.  "Si jamais nos syndicats signent la convention avec la Sécurité sociale, on sera donc obligés de prendre plus de patients. Donc, indirectement, les délais vont encore plus s'allonger. À moins qu'on augmente notre temps de travail. Nous sommes à 54 heures par semaine de temps de travail en médecine générale. Vous imaginez l'impact que ça va avoir ! Dans la loi, les cadres, c'est 48 heures par semaine maximum, et dans certaines conditions".

Il souhaite également rappeler, s'il le fallait, la dimension humaine et sociale de sa profession. "On ne traite pas des fichiers, des dossiers Excel, des tableurs, comme les technocrates de la Sécurité sociale. Nous, on gère de l'humain, du soin", rappelle-t-il. 

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