Procès du chauffeur de bus tué à Bayonne : le procès de la violence sur un agent public

Trois jeunes hommes comparaissent ce 15 septembre aux assises des Pyrénées-Atlantiques pour leur implication dans la mort de Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne en 2020. Un premier jour sous le signe de l'émotion autour de femme Véronique et ses soutiens.

Sur le visage de Véronique Monguillot, beaucoup d'émotion à son arrivée au Palais de justice de Pau. Elle est accompagnée de son avocat Me Alexandre Novion. Elle porte contre elle un grand portrait de son mari, Philippe Monguillot. Elle murmure que c'était "un mois avant qu'il parte", et dans un sanglot, "la dernière photo. En vie".

La veuve du chauffeur de bus, décédé en service à 59 ans, n'a prononcé que quelques mots pour remercier la quinzaine de personnes rassemblée en soutien sur le parvis. Elle est apparue très affectée, souvent au bord des larmes.

Trois ans après le drame, la tension est palpable en ce début de procès qui sera très médiatisé au vu du nombre de journalistes présents ce vendredi matin 15 septembre.

Etude de personnalités

Pendant cinq jours, la cour d'assises va revenir sur ce qui s'est passé ce 5 juillet 2020. Ce premier jour d'audience est consacré à l'étude de la personnalité des prévenus de 25 ans, Wissem Manai et Maxime Guyennon qui ont reconnu avoir frappé Philippe Montguillot, dont le coup mortel pour le premier. Présent également Mohamed Akrafi, qui comparaît pour "soustraction de criminels à l'arrestation ou aux recherches".

Wissem Manai et Maxime Guyennon sont âgés de 25 ans. Les deux jeunes hommes sont originaires de Nîmes. Ils sont interrogés ce 15 septembre notamment sur leur parcours de délinquants. Ils comparaissent pour "violence commise en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Ils sont en état de récidive pour des faits de violences. Et ils ont agressé un chauffeur de bus, soit un agent chargé d'une mission de service public : ce sont deux facteurs aggravants. C'est pourquoi la présidente, Dominique Coquizart, a précisé qu'ils encourraient jusqu'à 30 ans de réclusion.

Du côté de la partie civile, on retrouve la famille du Chauffeur de bus, Véronique Monguillot et ses filles, mais aussi la société Keolis Côte basque Adour, la Fédération Nationale des Transports et de la logistique FO et le Syndicat des Mobilités Pays basque Adour.

Une "figure d'autorité"

Maître Alexandre Novion qui représente Véronique Monguillot, devrait défendre la thèse de la double altercation : le chauffeur de bus aurait déjà eu une première altercation avec les accusés à 14 heures, qui seraient revenus à 19 heures.

Maître Novion relève que le procès était très attendu par la famille et que l'instruction a été longue. Un homme et une famille, "des gens simples en qui tout le monde peut se reconnaître". Il attend de savoir, notamment lors de l'étude de personnalités, si les accusés vont "conserver cette espèce  d'indifférence à la mort qui est la leur" et surtout "quel a été le mobile de cet acharnement ?" L'avocat indique que la famille "veut savoir ce qui s'est passé" 

On ne peut pas accepter dans notre société que des gens puissent mourir du fait qu'ils remplissent une activité d'intérêt général, de service public.

Me Alexandre Novion, avocat de la famille de Philippe Monguillot

France 3 Aquitaine

Il continue de défendre la thèse de la double altercation exposée précédemment, assurant que le chauffeur de bus est devenu un symbole, "une figure d'autorité" : "Philippe Monguillot ne serait pas mort, s'il était resté dans sa cabine... Il a refusé de se soumettre".

Quant au déroulé de l'altercation, l'avocat répond que "oui" la victime a donné le premier coup, mais que, selon lui, le procès et le visionnage des images de la télésurveillance devraient montrer le contexte dans lequel cela s'est produit.

Pas de "vengeance", "du droit"

Maître Thierry Sagardoytho, avocat de Wissem Manai est visiblement très agacé que le procès ait "déjà commencé" : "j'espère surtout que nous allons faire du droit" martèle-t-il.

J'espère que les passions, la vengeance, qui se sont exprimées ces derniers jours par voie médiatique se lasseront et que, comme la loi l'exige, les deux principaux accusés seront jugés équitablement.

Me Thierry Sagardoytho , avocat de Wissem Manai

France 3 Aquitaine

"J'entends que la justice soit rendue avec sérénité". Et le conseil d'ajouter que la chambre d'instruction de la cour d'appel a écarté la qualification d'"homicide volontaire" pour "coups et blessures volontaires entraînant la mort sans intention de la donner".

Quant à la thèse de la double altercation ? "Je l'ai contestée en son temps et la chambre d'instruction m'a donné raison. Parler de préméditation et de rencontre recherchée était un mensonge". 

Des images attendues

Dès lundi 18 septembre, le procès rentrera un peu plus dans le détail sur le déroulé des faits, témoignages des différentes parties et surtout le visionnage des images de vidéosurveillance qui viendront peut-être accréditer l'une ou l'autre des hypothèses.

Rappel des faits

Le 5 juillet 2020, Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne, a perdu la vie après une altercation mortelle avec deux usagers. Le drame a ému la France entière, pour la violence mais aussi sans doute car il fait écho à d'autres situations récurrentes auxquelles doivent faire face chauffeurs et usagers des transports. À la veille du procès, sa femme, Véronique, a livré dans la presse son témoignage sur les trois années de souffrances qu'elle et ses filles ont vécu depuis la disparition de son mari.

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