Trop de paperasse, pas assez de temps pour soigner, des patients agressifs... les médecins béarnais interpellent Emmanuel Macron

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Écrit par C.A. avec A. Irosbehere et B. Bracot

Une cinquantaine de médecins béarnais a envoyé une lettre à Emmanuel Macron comme une bouteille à la mer. Contraints de refuser des patients tous les jours, ils alertent sur la dégradation de la santé de leurs concitoyens.

"On a à peu près 6 à 8 heures d'administratif à faire chaque semaine. On veut soigner les gens à la place" explique simplement Gaël Corvest, médecin généraliste à Bizanos, dans la banlieue paloise.

Guillaume Sennes, son confrère, montre une liasse de papiers du côté de son imprimante.

Ce sont des ordonnances, des renouvellements de séances de kiné, des bons de transport, des arrêts de travail que les gens demandent et parfois ne récupèrent même pas. On nous demande sans arrêt des duplicatas de vaccination... c'est énormément de temps passé au détriment des patients

Guillaume Sennes - médecin généraliste

France 3 Aquitaine

Les deux généralistes évoquent une "pression croissante" et des "heures impossibles passées au cabinet".

Des demandes exagérées

"Aujourd'hui tout le monde cherche à se couvrir, tout le monde veut passer par le médecin pour avoir son autorisation" déplore Guillaume Sennes qui aimerait que les patients comme les pouvoirs publics agissent de façon plus responsable.

Est-ce que je peux courir ? est-ce que je peux faire du sport à l'école ? est-ce que je peux m'arrêter ? est-ce que je peux avoir mon macaron pour les places handicapées ? Cette pression, c'est sans arrêt, sans arrêt, sans arrêt.

Guillaume Sennes - médecin généraliste

France 3 Aquitaine

Le généraliste estime que sa profession est devenue le réceptacle de l'absence de responsabilité générale. "On renvoie tout chez le médecin en disant débrouillez-vous, votre médecin va gérer, il va vous faire le papier".

Eduquer et décharger

  Pour Gaël Corvest il devient urgent de faire passer un message éducatif, exactement comme pour le covid. "Par exemple, vous vous faites piquer par un moustique, n'allez pas voir votre médecin, vous avez besoin de renouveler vos lunettes, n'allez pas voir votre médecin...Et il faut supprimer ces renouvellements qui ne veulent rien dire. On gagnera du temps et on pourra se consacrer aux soins".

Dans la lettre au Président de la République qu'il a co-signée avec une cinquantaine d'autres généralistes béarnais il alerte et prévient : "il faut agir avant que notre système ne s'effondre". 

L'état de santé générale se dégrade

"Les patients commencent à devenir agressifs" affirme Guillaume Sennes, qui, débordé comme ses confrères, doit refuser chaque jour plusieurs malades.

"On se retrouve avec des consultations de plus en plus complexes, des retards de diagnostics parce que les patients n'ont pas pu aller voir le spécialiste en temps et en heure tellement les délais de rendez-vous sont longs". 

Ainsi les généralistes deviennent tour à tour dermatologues, psychiatres, médecins du travail, ORL, gynécologues, assistants sociaux .... "On essaie de trouver des solutions mais parfois on ne trouve pas, ça attend, on patine, on n'est pas experts dans toutes les pathologies".

La santé des français se détériore, c'est ce qu'ils observent et dénoncent dans leur lettre à Emmanuel Macron. 

Plutôt que de traiter les choses au départ qui pourraient être simples d'emblée, on se retrouve avec des pathologies complexes, chroniques et potentiellement graves

Guillaume Sennes - médecin généraliste

France 3 Aquitaine

Les médecins demandent l'ouverture de discussions avec les pouvoirs publics. En tant qu'acteurs de terrain, ils disent avoir des solutions à proposer.

Ils voient d'un très mauvais œil l'arrivée les CPTS, les communautés professionnelles territoriales de santé. Ils redoutent un nouvel alourdissement de leur charge de travail avec toujours plus de réunions, contraintes et contrôles. "C'est une réponse administrative au problème, ça ne nous convient absolument pas" martèle le Dr Sennes.

Voir le reportage d'Andde Irosbehere et Benoît Bracot :

Trop de paperasse, pas assez de temps pour soigner, des patients agressifs... les médecins béarnais interpellent Emmanuel Macron ©A.Irosbehere - B. Bracot